‹ La chute de l'ancien régimeChapitre 56 sur 126 · Exposé de ma conduite da/u l'An, nat., p · texte numérisé non relu

Exposé de ma conduite da/u l'An, nat., p

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LE SERUBNT DU JEU PE PAUUE 203

tioD. Il était prudent de rendre impossible l'exécution d'un pareil projet. L'Assemblée ayant été obligée de se rendre dans la salle du Jeu de Paume, je proposai le serment de ne pas se séparer avant que la constitution fût établie. > Et la meilleure preuve que sa proposition était juste en soi, c'est qu'elle réunit immédiatement l'unanimité des VOIT. Les objections qui se présentèrent ne portaient que sur un vice de forme, facile à corriger si l'imminence du danger avait permis un examen plus calme et plus approfondi.

Cependant Mounier ne s'était pas contenté d'émettre un avis pur et simple. Il y avait joint un projet d'arrêté qui en résumait les dispositions principales. On prétend que sa rédaction primitive fut un peu modifiée par l'abbé Sieyès. Je ne vois pas qu'il se soit plaint nulle part de ce changement, et je déduis de son silence qu'en tout cas il s'y est prêté volontiers. Quoi qu'il en soit, le texte qui fut soumis au vote de l'Assemblée et qu'elle adopta était ainsi conçu : • L'Assemblée nationale, considérant qu'appelée à fixer la constitution du royaume, opérer la régénération de Tordre public et maintenir les vrais principes de la monarchie, rien ne peut empêcher qu'elle ne continue ses délibérations, dans quelque lieu qu'elle soit forcée de s'établir, et qu'enfin, partout où ses membres sont réunis, là est l'Assemblée nationale, — arrête que tous les membres de cette Assemblée prêteront à l'instant le serment de ne jamais se séparer et de se rassembler partout où les circonstances l'exigeront jusqu'à ce que la constitution du royaume soit établie et atTermie sur des bases solides, et que, ledit serment étant prêté, tous les membres, et chacun d'eux en particulier, confirmeront par leur signature cette résolution inébranlable. »

Présentée sous cette forme, la motion de Mounier ne provoqua de la part des hommes sages et modérés

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204 LA CHUTE DE L'aNCIBN RéClUB

aucune contradictioQ fondamentale. Ils acceptèrent tous, remarquez-le bien, le principe et le but du serment. Seulement ils trouvaient que la formule choisie ne réservait pas assez nettement les prérogatives essentielles de ta royauté. Il est vrai que les considérants de l'arrêté parlaient de < maintenir les vrais principes de la monarchie ». Mais quelques-uns auraient voulu qu'au nombre de ces principes fût inscrit d'une manière expresse : la nécessité de la sanction royale, aussi bien en matière constitutive que législative. Encore ce n'était là, pour la plupart, qu'une question de convenance et de forme, car personne ne soupçonnait les usurpations auxquelles l'Assemblée nationale devait un jour se laisser entraîner. En ce moment, loin d'empiéter sur les droits d'autrui, elle ne songeait qu'à défendre les siens, et la tâche lui semblait assez lourde. Sous l'empire de ces idées, Malouet s'approcha du bureau et demanda de glisser dans l'arrêté ou dans la formule du serment un membre de phrase attestant que les prétentions de l'Assemblée se bornaient à < faire la constitution de concert avec le roi ». Plusieurs députés se joignirent à lui pour réclamer quelque amendement analogue. « Cela est juste, leur répondit Bailly, mais je me garderai bien de mettre aux voix votre proposition pour qu'elle ne soit pas rejetée '. > Si bizarre que cette réponse nous paraisse au premier atwrd.'elle décida pourtant Malouet et ses amis à ne pas insister, et, ce qui est encore plus signiÛcatif, ils finirent tous par voter la motion pure et simple, à l'exception de Martin d'Auch. Malouet nous a donné dans ses Mémoires l'explication de leur conduite. « L'opinion générale, nous dit-il », était alors que le roi, la cour et les deux premiers ordres voulaient anéantir les États, faire enlever les députés patriotes, et

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