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assemblée de représentants chargés de faire la consUtulion, mais seulement de la proposer; et ce titre nous suffisait pour justifier notre démarche, sans porter la moindre atteinte à des droits qu'il nous importe de respecter. Quelques jours après, le grand orateur trouva l'occasion de préciser sa pensée d'une manière encore plus nette. C'était dans sa fameuse adresse au roi pour le renvoi des troupes. Il refit en quelque sorte le serment du Jeu de Paume, en corrigeant ce qu'il y trouvait de défectueux. Sire, disait-il ', c la France ne souffrira pas qu'on abuse le meilleur des rois et qu'on l'écarté, par des vues sinistres, du noble plan qu'il a lui-même tracé. Vous nous avez appelés pour fixer, de concert avec vous, la constitution, pour opérer la régénération du royaume. L'Assemblée nationale vient vous déclarer solennellement que vos vœux seront accomplis, que vos promesses ne seront point vaines, que les pièges, les difficultés, les terreurs ne retarderont point sa marche, n'intimideront point son courage. > C'est ici la même idée que celle de Mounier, parfois les mêmes expressions. Mirabeau n'a fait qu'y ajouter le membre de phrase proposé par Matouet ; et cette fois l'Assemblée, plus calme, plus réfléchie, accepta cette version corrigée : nouvelle preuve qu'elle n'attachait pas autant d'importance qu'on le suppose aux lacunes de son arrêté du 20 juin.
Avant tout, le serment du Jeu de Paume fut un acte de légitime défense. < Il faisait, dit Bailly ', la sûreté de l'Assemblée nationale, il mettait à couvert les intérêts de la France, et il assurait la constitution à faire et non encore commencée. » A qui la faute si la cour, par sa maladresse et sa mauvaise volonté, avait déjà convaincu tout le monde qu'elle ne voulait plus ni constitution, ni réformes, ni États généraux, et qu'elle cherchait
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LE SBRUENT DU JED DE PAUHB 207
dans un coup d'État le moyen d'échapper à tant de promesses. Sous le coup de telles menaces, l'Assemblée nationale saisit la première planche de salut qui lui fut tendue. Il n'y eut qu'une proposition, une seule. A vrai dire, elle ne fut pas discutée. Modérés ou violents, tous raccueillirent comme une nécessité dont les circonstances leur faisaient une loi inévitable. Qu'on épilogue si l'on veut sur les expressions dont ils se sont servis, ou plutôt sur celles dont ils ont négligé de se servir. Aujourd'hui, dans le silence du cabinet, le rigorisme nous est facile. Jadis, en face du danger, dans l'ardeur de la lutte, qui pourrait se flatter d'avoir montré plus de prévoyance avec autant d'énergie?
Lorsque tout le monde parut d'accord, le président et les secrétaires demandèrent à jurer les premiers. Ensuite Bailly invita l'Assemblée à prêter le même serment entre ses mains. « J'en prononçai, dit-il ', la formule à voix si haute et si intelligible que mes paroles furent entendues de tout le peuple qui était dans la rue; et sur-le-champ, au milieu des applaudissements, il partit de l'Assemblée et de la foule des citoyens qui étaient dehors, des cris réitérés et universels de Vive le roi ■' L'Assemblée, dans sa conduite ferme et courageuse, si elle prenait des précautions contre le ministère, si elle s'armait contre son despotisme, restait donc unie de cceur et d'esprit avec le roi. » Jusque-là, pas la moindre division, pas le moindre dissentiment n'apparaît dans cette masse de cinq ou six cents députés. L'unanimité semble complète, absolue, véritable phénomène dont l'histoire de nos assemblées délibérantes offre bien peu d'exemples. C'est seulement à la fin, quand les secrétaires passèrent en revue les signatures déposées sur le bureau pour confirmer le serment col-