CHAPITRE XVII
I. U procession des Étala généraux. — 11, U salle. — III. U séance d'ouverture. — IV. La liberté de la presse. — V. Proposition de conférences par le clergé. — VI. Acceptatioa de k noblesse et du tiers état. — VU. Conférences entre les commissaires des trois ordres. — VIII. Intervention du gouvernement. — IX. Courérencee tenues à la chancellerie. — X. Préliminaires de lutte.
« Je n'oublierai jamais, dit Mme de Staël ', le moment où l'on vit passer les douze cents députés de la France, se rendant en procession à l'église, pour entendre la messe la veille de l'ouverture des États généraux. « Jamais non plus l'histoire n'oubliera cette heure mémorable, où, pour la première fois, apparut aux yeux de nos pères l'image enfin vivante de l'assemblée qu'ils attendaient depuis si longtemps. C'était le 4 mai 1789. La veille, une proclamation royale avait fait connaître le programme de la cérémonie *. Le cortège
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2 LA CHUTE DE l'aNCIEN HÉfilHE
devait partir de l'église Notre-Dame, et de là se rendre processionnellemeût à l'église Saint-Louis. Tous les députés étaient appelés à y prendre part, sauf à s'y présenter revêtus des différents costumes que leur avait prescrits la note officielle du 27 avril'. Chaque ordre avait sa place marquée, son rôle tracé d'avance. On ne leur avait même pas laissé la liberté de se réunir à leur guise, pour se préparer au défilé public. Une maison contiguë à Notre-Dame avait été désignée comme lieu de rendez-vous aux membres du clergé. Le bas côté droit de celte église était réservé à la noblesse, celui de gauche au tiers état. D'un bout à l'autre du règlement perce la pensée dominante qui a dirigé les organisateurs : séparer les ordres et maintenir entre eux une distinction matérielle, symbole visible de la distinction politique et sociale, qu'on entendait conserver à tout prix. Il semble aussi que la cour n'ait pas craint de montrer dès ce début son manque d'égards envers une assemblée qui l'offusquait comme une usurpation. Les députés étaient convoqués pour sept heures du matin, et la plupart s'étaient fait un devoir d'une rigoureuse exactitude, tandis que le roi, suivi d'une brillante escorte de princes et de courtisans, ne sortit de son palais qu'à dix heures, sans souci de la longue et pénible attente qu'il infligeait à ses invités. Son arrivée à Notre-Dame n'en fut pas moins saluée par de vives acclamations. On entonna aussitôt les chants du Vent Creator. Après quoi la procession commença de se former. Onze heures étaient déjà passées quand elle se mit en marche.
de) séances desdtputés des communes, Paris, Imprimerie nationale, 1791, în-4>. Nous aurons souvent recours à c& curieux volume, publié par l'ABScniblèe nationale ei par les soins de ses commissaires, I>aur plus de ciimmodilé, nous nous permettrons de ne le citer que par les premiers mots de son titre, ou par ceui de : lUcil officiel des teances. 1. Voyez au chapitre précédent.
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OOVeRTURB DES ÉTATS GÉNÉRAUX 3
Elle s'ouvrait, dit un procès-verbal dressé le jour même ', « par les récollets, seul corps de religieux qui fût à Versailles. Venait ensuite le clergé des deux paroisses de la ville, ensuite les députés du tiers état marchant à la file sur deux lignes parallèles. On remarqua le plus, dans cet ordre, les laboureurs basbretons, du diocèse de Vannes, qui avaient consen'é leur veste et leur culotte de bure. La noblesse suivait le tiers état ', et l'ordre de l'Église celui de !a noblesse. La musique du roi sépara les évoques du clergé du second ordre {encore une séparation !). Ils furent alors placés immédiatement avant le dais du saintsacrement, porté par M. l'archevêque de Paris. Il n'y avait que trente-deux évêques, quoiqu'on en compte au moins cinquante de députés aux États généraux. M. l'archevêque de Rouen •, en grande chape de cardinal, avait la place d'honneur. Le dais était porté par les grands officiers et les gentilshommes d'honneur des princes frères du roi, qui se relevaient successivement. Les cordons du dais étaient tenus par Monsieur, M. le comte d'Artois, M. le duc d'Angoulême et M. le duc de Berry. Le roi marchait immédiatement après : les princes du sang, les ducs et pairs et autres seigneurs étaient, à droite, à la suite du roi. La reine était à la gauche de Sa Majesté. Elle était suivie par Madame, Mme Elisabeth, Mme la duchesse d'Orléans et Mme le princesse de Lamballe; les autres princesses étaient absentes ou indisposées {!). *