Mémoires, t. I, p. 19M
D,g,t7„lb,.GOOgIC
LE SERMENT DU JBU DE PAUUE 209
une porte de derrière pour le dérober à une indignation bien plus redoutable, celle du peuple, à qui la nouvelle était déjà parvenue. » Dans le premier moment d'effervescence, quelques membres demandèrent que le nom et le mot fussent rayés des registres. Mais, dès que le calme fut rétabli, l'Assemblée revint à des sentiments plus dignes d'elle. Elle maintint à la fois le nom et l'épithète, et tous deux figurent encore sur le procès-verbal, au 117" rang de la liste des signatures.
Telle est, résumée dans ses traits principaux, la fa> meuse séance du 20 juin, Tune des plus émouvantes de nos annales parlementaires. Ce qu'il faudrait pouvoir ajouter à la sécheresse de ce récit, c'est la vie, c'est le mouvement, c'est le souflle, c'est tout ce qui donne à la scène un caractère saisissant de grandeur et d'originalité. Heureusement, peintres et poètes se sont chargés de suppléer aux lacunes de l'histoire. David, il est vrai, nous est suspect par l'ardeur de ses entraînements révolutionnaires. Son tableau mêle à la réalité une exagération théâtrale qui nous la gâte un peu. Pour ma part, je crois que l'impression vraie est mieux traduite par les beaux vers dans lesquels André Ghénier, le modéré, nous montre les membres de la grande Assemblée :
Tous amis, tous pareota, S'embrassant au hasard dans cette longue enceinte; Tous jurant de périr ou vaincre les tyrans,
De ranimer la France éteinte.
De ne se point quitter que nous eussions des lois,
Qui nous feraient libres et justes....
Tout un peuple, inondact jusqu'au faite des toits.
De larmes, de silence ou de confuses voix.
Applaudissant ces voix augustes....
D,g,t7„lb,.GOOgIC
LA CHUTE DE L'ANCIEN RfiCIHE
Pendant que l'Assemblée donnait ce rare exemple d'une touchante unanimité, la discorde éclatait dans lès conseils du roi Louis XVI. D'un côté, Necker s'eSorçait d'obtenir l'exécution prompte et complète de son projet de séance royale, tel qu'il l'avait conçu et préparé. De l'autre, le parti de l'ancien régime, se sentant de plus en plus appuyé, rêvait d'autres combinaisons, et s'apprêtait à les faire prévaloir. Depuis la mort du Dauphin, la cour vivait à Marly, où elle subissait plus que jamais l'influence de son entourage. € C'est à Marly ' que se rendirent le cardinal de Larochefoucauld et l'archevêque de Paris, aussitôt après avoir vu la majorité du clergé décidée à porter ses pouvoirs aux communes. Les deux prélats cherchèrent, par de vives supplications, à exciter en faveur de leur opinion politique les scrupules religieux du monarque. D'Éprémesnil ne pouvait paraître à la cour, où il était en horreur; mais il réunit les membres du Parlement, et une députation secrète fut envoyée au roi. Les magistrats, présentés par le garde des sceaux, insistèrent pour la dissolution des Étals généraux; ils prononcèrent leur entière adhésion aux mesures de finance que le malheur des temps rendait nécessaires, et aux édits par lesquels le roi jugerait convenable d'accorder des bienfaits à ses peuples. Entouré de conseils violents, Louis XVI fit voir la droiture de ses intentions. 11 n'abdiquait pas le droit de dissoudre les États généraux, mais il lui répugnait d'en user lorsqu'il pouvait employer des moyens plus conformes à ses vues paternelles.... Les courtisans, après de vaines tentatives, reconnurent qu'il fallait suspendre tout