‹ La chute de l'ancien régimeChapitre 61 sur 126 · Droz, Hùt. de LmU XVI. l. Il, p · texte numérisé non relu

Droz, Hùt. de LmU XVI. l. Il, p

D,g,t7„lb,.GOOgIC

autre projet que celui d'exercer de l'influence aur la déclaration qui serait faite dans la séance royale. Des voix chères à Louis. XVI lui parlèrent du plan rédigé par Necker comme d'une œuvre de démagogie; elles en appelèrent à sa bonté, à sa justice. » A partir de ce moment, la lutte, lengagée aur un terrain favorable, devint plus vive, plus ardente, plus opiniâtre, et l'issue menaça de tourner contre le ministre qui jusqu'alors dirigeait seul et sans obstacles la marche des affaires publiques.

Ce n'est pas, on le conçoit bien, que son plan méritât en quoi que ce fût les reproches excessifs que lui adressaient ses adversaires. Jamais Necker n'a été suspect de démagogie, sinon dans l'imagination passionnée dea ultras de l'ancien régime. Mais il est certain qu'un revirement sensible venait de a'opérer dans son esprit. A la nouvelle de la proclamation de l'Aasemblée nationale, un premier mouvement de déconvenue lui avait inspiré contre lea communes une profonde irritation; il ne songeait qu'à sévir contre elles. C'est aoua cet aspect qu'il a' était montré à Malouet, dont il avait choqué le ferme bon sens et lassé le dévouement. Bientôt le sang-froid lui revint. La situation lui apparut sous un nouveau jour, et, sans s'opiniâtrer dana une résistance impossible, il étudia les concessions que la néceasité des circonstances imposait à la sagesse d'un homme d'État. Au lieu de se rejeter en arrière, il se décida à faire quelques pas en avant. C'en était assez pour déchaîner contre lui les fureurs du parti rétrograde, aux yeux duquel la moindre velléité libérale semblait être la pire des hérésies révolutionnaires.

D'abord Necker reconnut que la politique d'inaction, de laissez-faire et de laissez-passer, dans laquelle il avait trop longtemps maintenu la royauté, n'avait abouti qu'à des désastres; l'expérience était trop concluante pour

21â LA CHUTE DE l'ANCIEN RËGIHE

être prolongée davantage : il en fallait sortir à tout prix. € Le monarque, pensait-il *, devait absolument se montrer et marquer sa volonté; il le devait, pour sa propre dignité, et pour arrêter les suites de la discorde établie entre les trois ordres, et pour mettre obstacle à la résolution prise par le tiers état de former à lui seul, s'il était nécessaire, une assemblée législative. > Or Necker n'était pas de ceux qui crussent possible de dissoudre les États généraux. Malgré reffervescence des courtisans, il était convaincu que personne en France ne comprendrait le brusque renvoi d'une assemblée dont on n'avait pas encore essayé sérieusement d'utiliser les services. D'ailleurs les motifs qui avaient décidé leur convocation n'avaient pas disparu. Le déficit existait encore, et, malgré les promesses tardives des parlementaires, les États seuls étaient investis des pouvoirs suffisants pour apporter un remède à ce mal intolérable. < Il fallait donc continuer les États généraux, il le fallait, au nom de la nécessité '. >

Ce premier point admis, Necker se demandait comment utiliser les États généraux, comment les mettre à même de remplir leur mission. A quoi sa réponse était courte et péremptoire ' : « Le roi, disait-il, ne pouvait pas ordonner aux trois ordres de délibérer séparément dans toutes les affaires : c'eût été le chaos ». Chose remarquable, et qu'on ne saurait trop répéterl Au fond, et malgré tant de clameurs discordantes, tout le monde avait la même pensée : nous en trouverons à chaque pas la preuve irrécusable. Le seul tort de Necker était ici d'avoir trop attendu pour reconnaître une vérité évidente, et surtout pour la proclamer, pour mettre à son service les forces du gouvernement. Rendu, bien qu'un

Page 1