Uémoire autographe, p
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LE SBRHBNT DU JEU DE PAOHE 219
Necker. On se rappelle que celui-ci avait divisé en deux catégories les afTaires soumises à la décision des États généraux : celles d'intérêt général, pour lesquelles il prescrivait la délibération commune, et celles qui intéressaient spécialement les ordres supérieurs, pour lesquelles il réservait la délibération par ordres. Bien entendu, parmi les premières il avait compris l'organisation des futurs États. N'était-ce pas l'un des objets qui touchaient le plus à l'intérêt public? Mais les partisans de l'ancien régime prétendaient que la matière touchait encore davantage aux intérêts ou aux prétentions des ordres supérieurs. Si, grâce au système de Necker, on parvenait à faire décider par la majorité des chambres réunies que désormais la noblesse et le clei^é n'auraient plus le droit de statuer séparément, que deviendraient les garanties qu'on leur promettait et qu'on leur présentait comme un palladium au moyen duquel ils étaient sûrs de conserver tous leurs vieux privilèges. Il y avait là pour eux un danger qu'ils ne pouvaient laisser . passer sans d'énergiques protestations. Une fois le conseil en séance, M. de la Galaisière signala ce point comme un de ceux qui devaient être rectifiés, quand même on croirait devoir adopter l'ensemble du projet. Aussitôt la discussion s'engagea. On alla jusqu'à prétendre que, si Necker était de lionne foi, il devait s'empresser de reconnaître qu'il avait commis une erreur et consentir à reporter dans la seconde catégorie l'objet mal à propos inscrit par lui dans la première. Necker défendit à la fois la loyauté de ses intentions et l'application logique qu'il avait faite des principes sur lesquels reposait tout son plan. « Cette insistance, dit M. de Bareotin *, déplut au roi. Il prit avec vivacité le papier des mains du rapporteur, raya
1. Uémoàt autographe, p. 119. Comparez le récit de Necker, nût. de la Rév.fr., t. 1, p. 237.
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S30 LA CRUTB HB L'aNCIBN RÉGIME
l'article, et le transcrivit lui-même au rang de ceux relatifs à l'opinion par ordre. >
Encouragés par ce premier échec de Necker, les adversaires de ses plans redoublèrent d'ardeur et de ténacité. Ils ne se contentèrent plus de chercher à y introduire quelques rectiUcations subsidiaires. Ils en attaquèrent les dispositions principales. Aussi toute l'économie de son projet reposait sur cette clause, que, s pour cette fois et sans tirer à conséquence », la délibération par tête devait être admise comme règle générale, et sauf quelques cas exceptionnels. < Je soutins », dit M. de Barentin ', toujours le premier sur la brèche, < qu'une telle disposition, quoique pour une fois et sans tirer à conséquence, violait les formes introduites dès le berceau de la monarchie, s'écartait des principes et compromettait le roi par l'exercice d'un acte d'autorité au delà de sa puissance. Il peut permettre aux ordres réunis, si tous le demandent, d'opiner en commun sur tous ou sur certains objets seulement; mais il ne peut l'ordonner et les forcer à l'adoption d'une mesure qui, pour être licite, doit être fondée sur une confiance réciproque, impossible à présumer d'après l'inaction où étaient depuis deux mois les ordres toujours inquiets, toujours environnés de soupçons sur la loyauté de leurs démarches respectives. » Après M. de Barentin, deux autres ministres, MM. de Villedeuil et de Puységur, et les quatre magistrats parlèrent dans le môme sens. Il devenait évident qu'une opposition redoutable s'était formée dans l'ombre contre les projets de Necker '.