‹ La chute de l'ancien régimeChapitre 75 sur 126 · Mémoirei, t. I, p · texte numérisé non relu

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munes ou le tiers état, c'était la nation; mats ceux qui voulaient envisager les choses autrement... pouvaient dire : De temps immémorial il y a eu trois ordres; je n'en vois qu'un, où sont les deux autres? El depuis quand, et par quelle loi les trois volontés qui ont décidé dans les assemblées sont-elles réduites à une? La raison répond qu'elle ne connaît pas trois volontés dans les représentants de la nation, et qu'il y a autant de volontés que de représentants. Mais il y avait de l'avantage à une forme qui repoussait même cette objection. C'est ce qu'opérait la réunion. La majorité du clergé, en arrivant à l'Assemblée, y amenait Tordre du clergé, car ce n'est pas l'unanimité, mais la majorité, qui constitue la détermination de l'ordre entier.... On pouvait répondre aux défenseurs des ordres : « Ici sont deux ordres, « ici est la pluralité des États généraux, et la volonté de « cette Assemblée est la volonté nationale. » Et la preuve, c'est qu'aussitôt après cette importante réunion nous vimes entrer M. le marquis de Blacons et le comte Antoine d'Agoust... Ces messieurs, les premiers de tous les nobles réunis, étaient une conquête précieuse : ils ont reçu de grands applaudissements, et ils ont pris séance aux places de la noblesse. » On conçoit sans peine l'impression que cette démarche produisit, bien qu'elle fût encore isolée. A la veille d'un danger menaçant, le moindre appui, le moindre secours, sont toujours reçus avec joie, et, cette fois il n'y avait plus de doute, on touchait à l'heure du danger.

Dans la soirée, vers dix heures environ, Bailty, fidèle à ses habitudes de vie bourgeoise, venait de se coucher, quand il reçut du garde des sceaux une invitation à passer chez lui. La forme était peu convenable : et le premier mouvement de Bailly fut de répondre, avec le même sans-gêne, qu'il s'y rendrait le lendemain matin. Réflexion faite, il se ravisa. Quand il fut arrivé à la

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LE SERMENT DU lEU DE PAUUE 249

«hancellerie, M. de Barentin lui annonça que le roi désirait qu'aucun discours ne lui fût adressé, et lui demanda -quelles étaient les intentions de l'Assemblée des communes. A quoi Baitty s'empressa de repartir que les intentions des communes étaient parfaitement conformes aux désira du roi, et qu'elles avaient décidé de recevoir < dans un profond silence > les déclarations qui leur seraient faites. La cour pouvait donc être satisfaite. Rien ne manquerait à la séance du 23 pour ressembler de tous points à un lit de justice. Dans le «ours de la nuit, Bailly fut réveillé une seconde fois par des voix qui l'appelaient de la rue. Trois personnes se «jisant membres des États généraux demandaient à lui parler « pour affaire de conséquence <>. Ces trois personnes étaient le baron de Menou, le duc d'Aiguillon et le comte Mathieu de Montmorency. Quand ils furent introduits dans son appartement, ils lui racontèrent le résultat du conseil tenu le soir même à Versailles, le rejet définitif du plan proposé par Necker et la résolution de celui-ci de ne prendre aucune part â la séance royale. Aussi, dès la matinée du 23, BaiJIy put avertir les membres de l'Assemblée qu'il eut occasion de voir, et leur faire connaître quelques-uns des incidents auxquels ils allaient assister.

Cependant l'une des nouvelles qu'on lui avait transmises était un peu prématurée. Au moment où on la lui donnait comme certaine, Necker flottait encore indécis sur le parti qu'il devait prendre. De nos jours, et avec nos idées, personne ne saurait comprendre qu'un ministre atteint d'un aussi grave échec consentit à garder son portefeuille. Personne n'admet que Necker ait hésité un seul instant à donner sa démission à la suite du conseil dans lequel ses adversaires venaient de faire triompher un système qu'il avait raison de trouver funeste. Telle était aussi l'opinion généralement reçue

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iÔO LA CHUTE DE L'ANCIEN RËGIUE

jadis. Cela est si vrai que Barentin s'était préoccupé de l'éclat que devait produire un acte qu'il considérait comme inévitable '. H avait pris soin d'en prévenir le roi et d'obtenir de lui qu'il y répondit par un refus opiniâtre. Par surcroît de précaution il en avait parlé à la reine, au comte d'Artois, et il les avait décidés à se prononcer dans le même sens. Connaissant Necker, il conservait l'espoir de le conservera titre de directeur général, eous !e nouveau régime, et d'utiliser ses services financiers, sauf à le tenir soigneusement à l'écart de toute action politique. Ce qu'il y a de certain, c'est que Necker se cramponnait à des fonctions qu'il avait si longtemps regrettées. Après le conseil du 21, dans lequel sa défaite n'était plus douteuse, il continua de prendre part à la rédaction définitive, sous prétexte d'en corriger certaines paKies. S'il manifesta son mécontentement, il n'alla pas jusqu'à menacer d'une rupture complète. Il laissa ses collègues espérer qu'il assisterait à la séance, et lui faire préparer le siège qu'il devait y occuper. Le matin même, il hésitait toujours. Sa voiture était attelée, prête à l'y conduire et l'attendit longtemps dans sa cour. Au dernier moment, sa femme et sa fille se jetèrent à ses genoux et le dissuadèrent d'une démarche qui leur semblait indigne de lui '. Il finit par céder à leurs instances. Mme Necker congédia la voiture et le ministre des finances ne parut pas à la cérémonie. Le parti de l'ancien régime s'est servi de ce nouveau motif pour l'accabler des plus incroyables reproches. Oui, certainement, Necker a eu tort, mais entendons-nous. Il a eu

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