Uùl. part, de la lUi: fr., 1. U, p. il
D,g,t7„lb,.GOOgIC
252 LA CHUTS DE l'aNCIEN RÉGIUB
furent obligés de rester dehors, exposés à une pluie battante. On les fit attendre si longtemps que l'impatience les prit et que Bailly, malgré son flegme, avertit M. de Dreux-Brézé que, ei ce scandale se prolongeait davantage, les députés allaient se retirer tout à fait. A cette mise en demeure, le maître des cérémonies accourut, s'excusa et rejeta la faute sur le trouble apporté dans le cérémonial par la mort subite d'un secrétaire du roi. Mais, quand enfin les communes furent admises dans la salle, elles y trouvèrent la noblesse et le clergé installés paisiblement sur les sièges qu'on leur avait retenus. On les avait fait entrer, sans le moindre retard, par la grande porte de l'avenue de Paris. « J'ai toujours été persuadé, dit Bailly, qu'on nous avait fait attendre ainsi pour laisser aux ordres supérieurs le temps de prendre leur rang, dans la crainte que les communes, constituées en Assemblée nationale, ne voulussent prendre les premières places. »
Quelle qu'ait été la raison secrète de cette nouvelle taquinerie, il faut reconnaître que les conseillers de Louis XVI n'ont négligé aucune occasion de commettre envers lea représentants de la France un de ces manques d'égards qui, en se renouvelant, finissent par dénoter une hostilité sérieusement humiliante, et provo- ■quent de justes représailles. Parmi ceux qui ont assumé la responsabilité principale de cette maladresse, il est permis de ranger le maître des cérémonies, dont le nom revient trop souvent dans les plaintes de l'époque, M. le marquis de Dreux-Brézé était jeune encore, beaucoup trop jeune pour les fonctions presque diplomatiques dont les circonstances l'avaient investi. Il n'était âgé que de dix-neuf ans lorsqu'en 1781 il avait hérité de sod père une dignité devenue presque héréditaire dans leur famille. Depuis cette époque il était resté ce qu'il était alors, un de ces courtisans aux yeux desquels le dédain
D,g,t7„lb,.GOOgIC
pour le tiers état semblait une des qualités essentielles du vrai gentilhomme.
Quand vint le cortège du roi, c'est entre une double haie de soldats qu'il dut traverser la foule, devenue de plus en plus compacte, f II fut accueilli par un silence auquel il n'était pas accoutumé. > De même, en entrant dans la salle, Louis XVI dut remarquer que la majeure partie de l'Assemblée gardait une réserve significative, qu'interrompirent seulement quelques murmures, dès qu'on s'aperçut que le siège du ministre des finances restait vide. Le roi ouvrit la séance par un discours d'introduction, celui que Necker avait préparé, et auquel les nouveaux rédacteurs n'avaient fait subir que fort peu de changements. Ensuite, un secrétaire d'État lut la première déclaration, relative à la présente tenue des États généraux. Puis le roi lut un second discours, également préparé par Necker, et un autre secrétaire d'État donna connaissance de la seconde déclaration, relative aux intentions du roi. Pendant la lecture de ces deux actes, les communes restèrent mornes et silencieuses. Elles témoignèrent par leur attitude • les impressions funestes > que produisait sur leur esprit « le plein triomphe ménagé aux ordres supérieurs * ». Ceux-ci, au contraire, saluèrent « par des applaudissements réitérés » une victoire qu'ils n'avaient pas osé espérer si complète. L'article sur le maintien du régime féodal excita surtout les transports des privilégiés, notamment ceux de la noblesse. Les gentilshommes de France, dit à ce sujet Mirabeau *, ont aussi prouvé « qu'ils ont
1. Ces mois Boni empruntés textuelle ment à la lettre qu'en vofèrenl, ea Borlant de la séance, les dëputés de la ville de Slraabourg aux commissaires de ta bourgeoisie de cette ville. MM. Turckeim et Schwendl étaient des hommes modârâe, auxquels on peut avoir confiance pour apprécier l'opinioD moyenne de l'Assemblée. Revue d'Abaee, IS79, Iroi- Bième trimealre, p. 3i2-346.
i. Leltresà tes eomntetlanb, p. 300.
iSi LA CHUTE DE L'aNCIEN RÉGiUE
trop d'orgueil pour leur avarice ou trop d'avarice pour leur orgueil. Ce n'est qu'à force de ;jai.r-/à/ qu'on a pu les engager à se contenir. »
Après la lecture de la seconde déclaration, Louis XVI termina la séance par un troisième discours, discours de clôture , préparé comme les autres par Necker. Il contenait notamment un passage que celui-ci avait cru possible après une séance pleine de concessions bienveillantes, et qui devenait une espèce de défi à la suite d'un véritable lit de justice. < Voua venez, Messieurs, d'entendre le résultat de mes dispositions et de mes vues ; elles sont conformes au vif désir que j'ai d'opérer le bien public; et si, par une fatalité loin de ma pensée, vous m'abandonniez dans une si belle entreprise, seul, je ferai le bien de mes peuples; seul, je me considérerai comme leur véritable représentant, eti connaissant vos cahiers,... je marcherai vers le but auquel je veux atteindre, avec tout le courage et la fermeté qu'il doit m'inspirer. » Enfm ses nouveaux conseillers avaient couronné leur œuvre par une phrase qu'ils avaient ajoutée à celle de Necker. i Messieurs, dit Louis XVI en terminant, je vous ordonne de vous séparer tout de suite, et de vous rendre demain chacun dans les chambres affectées à votre ordre, pour y reprendre vos séances. J'ordonne en conséquence au maître des cérémonies de faire préparer les salles. »
A ces mots, le roi se retira, suivi de son cortège. La minorité du clergé et la majorité de la noblesse obéirent aussitôt à l'ordre qu'il venait de leur adresser, tandis que la majorité du clergé, quelques membres de la noblesse et la totalité des communes restèrent immobiles sur leurs bancs, ce qui constituait de leur part une muette protestation. Ici se place un incident fameux, dont il importe de rétablir, autant que possible, l'exactitude absolue. On sait que quand M. de Brézé
D,g,t7„lb,.GOOgIC
LE SERMENT DU JEU DB PAtJHE Z55
s'aperçut de l'intention des membres restés dans la salle, il se crut permis de leur rappeler les ordres du roi, et qu'il s'attira successivement l'apostrophe à jamais célèbre de Mirabeau , et la réponse moins éclatante mais non moins ferme de Bailly. Chose étrange! le procès -verbal ne constate que la réponse présidentielle. Inversement, Mirabeau, dans son journal, ne parle que de son apostrophe. Il est vrai que Bailly, dans ses Mémoires, est plus complet. Il cite à la fois sa réponse et les paroles de Mirabeau, mais sans indiquer dans quel ordre elles ont été prononcées. Enfin l'apostrophe de Mirabeau est devenue le sujet d'une légende. Od a fini par prêter au grand orateur des paroles qu'il n'a pas dites, qu'il était incapable de dire. Quelle est ici la vérité, sinon la vérité vraie, si difficile à découvrir, du moins la vérité historique, celle qu'un écrivain scrupuleux peut sans crainte accepter comme telle?
Voici d'abord, pour nous servir de guide, un document i>eu connu, mais qui, par la nature de la source dont il émane et par celle des circonstances qui lui servent de garanties, paraît mériter notre confiance. Il s'agit d'un récit que fit un jour à la tribune de la chambre des pairs M. le marquis de Dreux-Brézé, âls du maître des cérémonies de Louis XVI. « Mon père, dit-il S fut envoyé par Louis XVI pour ordonner à l'As-semblée nationale de se séparer; il entra couvert, tel était son devoir, puisqu'il parlait au nom du roi. De grandes clameurs se firent entendre à sa vue; on lui cria de se découvrir. Mon père s'y refusa en répondant par une expression si énergique que je ne pourrais convenablement la reproduire. Alors Mirabeau se leva et ne
I. Oîseourâ prononcé par M. le marquis de Dreui-Brëzë à la sénnce de la Cbambre des pairs, le 9 mars 1S33, dans la discussion du projet de loi tendent à accorder des récompenaea aux vainqueurs de la Bastille. Moniteur uiiiventl, séances des 9etl9 mars 1S33.
D,g,t7„lb,.GOOgIC
2tî6 LA CHUTE DB l'aNCIEH RÉGIME
lui dit point : Allez dire à votre maître.. .. On n'en était point arrivé à traiter avec un tel mépris les têtes couronnées, mais : < Nous sommes ici par le vœu de la « nation, la force matérielle seule pourrait nous faire
• déguerpir ». Moa père prit alors la parole, et, s'adressant à M. Bailly, qui présidait l'Assemblée : ■ Je ne puis
* reconnaître, dit-il, en M. de Mirabeau que le député du « bailliage d'Aix et non l'organe de l'Assemblée «. Puis, comme cinq cents hommes sont plus forts qu'un seul, il se retira quelques minutes après, et alla rendre compte au roi de cet incident. Voilà exactement, Messieurs, comment les choses se passèrent : j'en appelle aux souvenirs des membres de cette Cbambre qui siégeaient alors dans l'Assemblée nationale, nommément à ceux de M. le comte de Montlosier, que j'aperçois devant moi '. (M. de Montlosier fait des signes d'assentiment et répond ; c'est la vérité). *
Rien de plus naturel, de plus vraisemblable et de plus clair que la scène ainsi rapportée. En rentrant dans la salle, le premier mouvement du maître des cérémonies est de s'adresser à tous les membres, qu'il voit immobiles en face de lui. Comme il va parler au nom du roi, i! a conservé son chapeau sur la tête : seulement l'Assemblée, composée d'hommes plus habitués aux règles de la politesse vulgaire qu'aux vaines distinctions du cérémonial des cours, ne voit là qu'une impertinence ajoutée à tant d'autres. Elle s'indigne, elle crie, elle tempête. M, de Dreux-Brézé résiste, et même, d'après son fils, il répond par une grossièreté : nouvelle preuve qu'il était trop jeune et trop inconsidéré pour
1. M. de Monlloaier ne siégeait pas, à vrai dire, dana l'As9emblé« aationole. U n'était encore que députa suppléant de la noblesse. Mais à ce titre il suivait exactement les sëancea, et put assister à celle du 23 Juin. Cette rectiflcstion n'enlève rien à l'autorité du récit de N. de Dreux-Brézé, ni i celle de l'attestation donnée par H. de Montlosier lui-même.
D,g,t7„lb,.GOOgIC
remplir des fonctions aussi délicates. C'est alors que Mirabeau se lève et lance sa fameuse apostrophe, sans 3e donner.je pense, la peined'en peser chaque mot. De toutes parts les applaudissements éclatent. Néanmoins M. de Dreux-Brézé ne se déconcerte pas, et il finit par où il aurait dû commencer; il s'approche de Bailly, qu'il interpelle comme président de l'Assemblée. » Monsieur, lui dit-il, vous avez entendu l'ordre du roi? — Monsieur, répond froidement Bailly, l'Assemblée s'est ajournée après la séance royale : je ne puis la séparer sans qu'elle ait délibéré. — Est-ce bien là votre réponse, reprend M. de Dreux-Brézé, et puis-je en faire part au roi? — Oui, monsieur », réplique Bailly, et, se tournant vers le groupe de ses collègues placés le plus près de lui, il ajoute d'une voix ferme : < Je crois que la nation assemblée ne peut pas recevoir d'ordres >. Devant cette dernière observation, M. de Dreux-Brézé n'avait plus qu'à se retirer, et c'est ce qu'il fit. Se montra-t-il plus poli en sortant qu'en entrant '? Peu importe : c'est un détail qui ne change rien au caractère général delà scène, et que nous croyons inutile d'approfondir.
Quant au texte de l'apostrophe lancée par Mirabeau, malgré les altérations qu'on lui a fait subir, il semble qu'il soit facile de l'avoir à peu près exact, en tout cas conforme à la pensée de l'auteur : Mirabeau lui-même s'est chargé de nous le conserver. Dès le lendemain de la séance, quand sa mémoire était fraîche, quand il écrivait sous le contrôle de tous ses collègues, qui venaient de l'entendre, il l'a reproduite en ces termes, dans sa Troisième lettre à ses commettants ' : A l'interpellation
1. « Brézé hit déconcerlé, atlerré : il. sentit la royauté nouvelle, el, rendant i celle-ci ce que l'étiquette ordonDail pour l'autre, il sortit à reculons, comme on faisait devant le roi. • Hicbelel, Hiit. de la Bév. fr., 1. 1, p. lil, d'aprËs le tëmoiguage de FVocbot, recueilli par Lucas- Hooljgny.
D,g,t7„lb,.GOOgIC
258 LA CHUTE DB L'aNCIEN RÉGIME
de M. de Brézê, disant : « Messieurs, vous connaissez les intentions du roi? » Mirabeau répondit : « Oui, monsieur, nous avons entendu les intentions qu'on a suggérées au roi : mais vous qui ne sauriez être son organe auprès des États généraux, vous qui n'avez ni place, ni voix, ni droit de parler, vous n'êtes pas fait pour nous rappeler son discours. Cependant, pour éviter toute équivoque et tout délai, je vous déclare que, si l'on vous a chargé de nous faire sortir d'ici, vous devez demander des ordres pour employer la force, car nous ne quitterons nos places que par la puissance de la baïonnette. » On voit en effet que la phrase contestée par le fils de M. de Dreux-Brézé ne se rencontre pas ici. Mirabeau était trop monarchique pour traiter le roi de France avec le sans-façon que quelques écrivains lui prêtent. La dernière phrase n'est pas non plus tout à fait conforme à la tradition. Elle est un peu moins oratoire. Mais il faut en prendre son parti. 31 Mirabeau avait réellement prononcéjla phrase traditionnelle, si même, après la séance, l'idée lui en était venue à l'esprit, it n'aurait certainement pas manqué de la reproduire dans son journal.
Maintenant, pour se rendre compte de l'efiet produit, il faudrait ajouter au texte l'accent et le geste de l'orateur '. Cet effet fut immense, foudroyant. Tous les contemporains sont d'accord, et le retentissement de la scène ne s'est pas affaibli en se propageant jusqu'à nous. On serait même tenté de croire que le succès de Mirabeau lui a valu quelques jalousies de la part de ceux de ses collègues qui aspiraient à devenir ses ri-
1. 1> 11 est bon de Taire obserrer que Mirabeau ne s'emporta point et qu'il parla avec beaucoup do noblesse et de calme. ■ Droz, l. II, p. ISS. C'était là, du reste, sa manière accoutumée, c. Eu géairei il se powédaiL Sa chaleur n'était poiel cette chaleur vulgaire qui se manifeste par l'agitation de l'orateur. Souvent il disait des paroles menaçantes d'un ton grare avec lequel on donne un aTertissement salutaire. Mirabeau était surtout imposant. » Eodem, p. 333 en note. Ajoutez que Orot ne hit que reproduire les souvenirs des contemporains.
D,g,t7„lb,.GOOgIC
vaux '. Bailly s'est montré plus juste et plus exact lorsqu'il a dit : < On ne peut se dissimuler que Mirabeau a été le principe de la force dans l'Assemblée nationale.... La qualité principale de Mirabeau était l'audace; elle fortifiait son talent.... Quel que fût son caractère moral, quand il était porté par les circonstances il s'agrandissait, il s'épurait avec elles, et alors son génie s'élevait à la hauteur du courage et de la vertu '. » Eh bien! le 23 juin compte et ne cessera jamais de compter parmi les jours dans lesquels Mirabeau sut communiquer à l'Assemblée une partie de la force dont elle avait besoin pour faire tête à I orage qui venait de l'assaillir.
Il est bien facile de répéter aujourd'hui que, sous un gouvernement dirigé par Louis XVI, l'Assemblée ne courait aucun danger sérieux, et que les apostrophes de Mirabeau n'étaient que de vaines amplifications de rhétorique. Assurément le caractère personnel du roi offrait quelques garanties contre les passions de son entourage. La suite a prouvé qu'avec lui les représentants de la nation n'avaient pas grand'chose à craindre. Mais à ces premiers débuts pouvait-on savoir qui l'emporterait, de la molle bonté du prince ou de la violence des courtisans? Il suffisait qu'un jour, une heure seulement, il les laissât libres d'agir à leur guise; avec les forces dont ils disposaient, ils auraient culbuté les États généraux, et leur victoire aurait été aussi complète que prompte. < Nous étions seuls, dit avec raison Bailly ', sans défense, au milieu d'une ville séjour ordinaire du roi, et peuplée de gens afQdés au gouvernement et vivant d'abus, entourés de la garde du roi, environnés d'une ceinture de troupes qui enveloppait Paris et Ver-
1. Voyez les critiques que lui adresse Baiily, Mémoires, t. 1, p. Ï14aiS, el surtout les eipressioas, d'une Tiolence regrettable, dont se sert Monnier- Recherche* tur les eauats, etc., t. I, p. 302.
a, Eodem, p. 303.
D,g,t7„lb,.GOOgIC
sailles, exposés aux coups d'un ministère effrayé, qui sentait tout le danger dont il était menacé, et qui pouvait essayer de le parer à tous risques; qui aurait sans doute été plus qu'imprudent de le hasarder; mais ce n'était pas sa prudence qui pouvait nous rassurer; nous pouvions devenir individuellement les victimes de sa témérité. » Il paraît qu'entre autres le 23 juin, à l'issue de la séance royale, le parti de l'ancien régime était disposé à employer la force. Les gardés du corps reçurent l'ordre de se former en bataille dans l'avenue qui conduit de leur caserne à la salle des États. Déjà ils s'y étaient rendus, quand ils reçurent contre-ordre et se retirèrent aussitôt '. Que s'était-il donc passé? Quand M. de Dreux-Brèzé eut rendu compte à Louis XVI de l'incident qu'il venait de subir, ce prince, déjà las du rdle qu'on lui avait fait jouer, et à qui tout cela dans le fond était très indifTérent, répondit que, si Messieurs du « Tiers ne voulaient pas quitter la salle, il n'y avait qu'à les laisser faire * ». En face de cette réponse plus que décourageante, ceux qui disposaient de la force publique renoncèrent à s'en servir, et, pour se débarrasser de l'Assemblée, ils furent réduits à envoyer dans la salle une trentaine d'ouvriers armés de marteaux, avec ordre de remettre immédiatement les lieux dans leur état accoutumé. C'est la seule invasion à laquelle flirent exposés les membres de l'Assemblée nationale. Encore ils en furent bientôt délivrés. Bailly défendit aux ouvriers de troubler le cours des délibérations, et ceux-ci, plus respectueux de l'autorité parlementaire que des ordres de la cour, suspendirent aussitôt leurs travaux.
Les communes étaient au complet : personne ne manquait à l'appel. Près d'elles siégeait la majorité du
D,g,t7„lb,.GOOgIC
clergé. Ceux des membres de cet ordre qui avaient déjà fait Vérifier leurs pouvoirs réclamèrent le droit et l'honneur de participer au vote : les membres nouvellement réunis demandèrent que le procès-verbal fit mention de leur présence. Un certain nombre de membres de la noblesse étaient aussi restés dans la salle, retenus par la sympathie encore plus que par la curiosité. C'est dans ces conditions que la délibération commença. Pison du Galland proposa d'abord de s'ajourner au lendemain, afin d'avoir le temps de se procurer le texte authentique des déclarations royales, et de les soumettre à un examen réfléchi. Camus repartit vivement qu'avant tout examen l'Assemblée nationale avait une première mesure à prendre, une première résolution à proclamer sans retard, à savoir qu'elle persistait purement et simplement dans ses précédents arrêtés. A l'appui de cette opinion, Barnave fit observer que certains arrêtés ne dépendaient que d'elle : « Celui du 17, s'écria-t-il, a déclaré ce que vous croyez être. L'autre du même jour a statué sur des impôts que vous seuls pouvez consentir. Le troisième, celui du 20, est un serment que vous impose votre devoir. Aucun n'a besoin de sanction. Le roi ne saurait annuler ce qu'il n'a pas te droit de confirmer. » Après Bamave, Sîeyès prend la parole, et de sa voix tranchante, dogmatique, il développe ]a même thèse *. « Messieurs, dit-il en finissant, vous êtes aujourd'hui ce que vous étiez hier! » A ces mots, qui résumaient la pensée commune, des applaudissements enthousiastes retentirent dans toute la salle. ■ La discussion ne fut pas longue, dit Bailly '. L'Assemblée, dans un ordre admirable et dans un silence majestueux, déclara à l'unanimité qu'elle persistait dans ses précédents arrêtés.
1 , Hiat. pari., t. il, p. 2t. Je ne sois d'où les auteurs ont tiré ce diseonra, qui n'est pas au Moniteur.