‹ La chute de l'ancien régimeChapitre 78 sur 126 · iltmoiret, p · texte numérisé non relu

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262 LA CHUTE DE L'aNCIEN fiÉGlUE

Elle ne fut jaraaîs si grande, celte Assemblée, que dans ce moment et par cette déclaration si simple, si précise et en même temps si ferme relativement aux circonstances. Voilà ce que gagna le ministère à cette étrange séance : c'est de faire faire à la nation un nouvel acte de souveraineté ; c'est de faire décider par un acte solennel, et à l'avantage de la nation, le conflit de pouvoirs qui existait alors entre la nation et le roi. »

Notez que cette résolution fut prise, comme le dit Bailly, à Cunanîmité. Cette fois, pas la moindre protestation. Qu'était donc devenue la minorité du 17 juin, cette minorité d'une centaine de voix sur laquelle Malouet et Necker avaient fondé tant d'illusions? Demandez-le à Malouet lui-même. « Je n'approuvai, dit-il dans une lettre à ses commettants *, ni la séance royale, ni son objet, ni ses formes impératives. J'y ai vu les droits de la nation et l'autorité royale compromis. Je fus d'avis de ne point accepter la déclaration du 23 juin. » Dans ses Mémoires il est encore plus explicite '. « Après la séance royale, nous n'avions, dit-il, d'autre parti à prendre que celui auquel on s'était arrêté dans la séance du Jeu de Paume; c'est dans ces grandes circonstances qu'il n'y a plus de danger à calculer. Soit que les autres ordres se réunissent à nous ou restassent séparés, nous devions à la France une constitution. » Les mêmes sentiments entraînèrent les amis de Malouet, tous ceux qui avaient coutume de voter avec lui. En quelques jours, l'aveuglement des ultras de l'ancien régime avait fait disparaître de l'Assemblée nationale les nuances qui, naguère encore, les divisaient, et y avaient fait régner l'unanimité la plus sincère, la plus absolue.

Comment être surpris de ce résultat? Môme au sein

1. Reproduite au premier volume des Mémoijef, p. i22, prem. édil. 3. Eodem, p. i23.

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de la noblesse, quiconque conservait un peu de modération ne dissimulait pas son mécontentement. Les hommes comme le marquis de Ferrières voyaient avec chagrin la politique réactionnaire dans laquelle la cour se jetait sans en calculer les conséquences. « La séance royale, dit-il ', offrit l'odieux appareil d'un lit de justice. Des soldats et des gardes du corps environnaient la salle des États : tout, autour du trône, fut morne et silencieux. La déclaration ne contenta personne. Le roi parla plutôt en despote qui commande, qu'en monarque qui discute avec les représentants du peuple les intérêts d'une grande nation. Des je veux souvent répétés choquèrent des hommes fatigués de la servitude, impatients de conquérir la liberté. ■ Ces derniers niots résument exactement la situation. La cour venait de risquer une folle tentative pour ramener la France sous le joug d'une servitude dont tout le monde était fatigué. Sous prétexte d'empêcher la nation de conquérir sa liberté, elle n'avait fait que la pousser à la révolte.

Quand l'Assemblée eut fait connaître qu'elle persistait dans ses arrêtés précédents, Mirabeau lui proposa de déclarer inviolable la personne de chacun de ses membres. Cette motion souleva des objections assez nombreuses. < Moi-même, dit Bailly, je m'y opposai, dans l'idée que l'iaviolabihté était suffisamment établie par le fait, et que toute précaution pouvant amener de l'inquiétude et marquer du doute n'était propre qu'à l'affaiblir. Mirabeau me répliqua : « Vous ne savez à quoi vous vous « exposez. Si vous ne portez le décret, soixante députés, < et vous le premier, serez arrêtés cette nuit >... Je finis par me ranger de cet avis, parce que je sentis que, si l'inviolabilité n'avait pas besoin d'être déclarée, il était bon cependant de faire une loi qui pût devenir une arme

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