‹ La chute de l'ancien régimeChapitre 82 sur 126 · But. de la Riv. ft-., t. Il, p · texte numérisé non relu

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incertain si le roi m'avait rattaché sans regret au timon des affaires, je lui dis que, si mes services cessaient de lui convenir ou de lui être agréables, je le priais de me le faire connattre, et que je lui donnerais aussitôt ma démission. J'ajoutai même que je me retirerais dans ma terre hors de France et avec tous les ménagements propres à diminuer la sensation dont il pouvait être inquiet. Il me répondit : Je prends votre parole. Je remarquai cette réponse : mais l'air d'aisance ou le ton de bonté dont le roi l'accompagna, et, par-dessus tout, le torrent des affaires qui m'entraînaient loin de moi, m'empêchèrent de réfléchir longtemps sur un mot dont tout autre peut-être aurait été fort occupé. » Il est certain que ce mot était significatif, et que, rapproché des autres circonstances que nous avons déjà relevées, il ne permet guère d'hésiter sur le véritable caractère de l'incident qui termina la journée du 23 juin.

Rassuré par l'attitude du roi et de la reine, peut-être même par les confidences de l'un ou de l'autre *, et profondément convaincu que le maintien de Necker à la direction des finances n'impliquait aucun changement dans la marche des affaires politiques, le parti de l'ancien régime s'empressa de constater publiquement qu'il persistait dans l'exécution de ses desseins. Avant la séance du 24 il eut soin de faire transmettre à Bailly une expédition en due forme des déclarations et des discours prononcés la veille, comme si ces actes n'avaient rien perdu de leur valeur. Lorsque à son tour Bailly les

I. C'est là du noins ce que laisse entrevoir H. de Barentin, Mémoire autographe, p. 335.

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LE SERMBNT DU JEU DE PAUHB 371

communiqua à l'Assemblée, quelques membres proposèrent de les annexer au . procès-verbal avec la note € pour mémoire », d'autres avec celle « pour y recourir en cas de besoin ». Bailly ajoute que t l'Assemblée, plus sage, arrêta purement et simplement qu'ils seraient annexés au procès-verbal ' ». Elle aussi ne se croyait pas assez forte pour provoquer un conflit dont l'issue lui paraissait douteuse. A la vérité, la mention qu'elle adopta laissait subsister intactes les protestations énergiques et péremptoires qu'elle avait formulées dans la séance du 23. Mais elle avait l'inconvénient de réserver les droits que la cour fondait sur ces mêmes actes, droits auxquels évidemment elle ne renonçait point.

Presque en même temps Bailly reçut deux lettres, l'une du garde des sceaux, l'autre du maître des cérémonies. Toutes deux lui annonçaient que des ordres venaient d'être donnés « pour que tous messieurs les députés du tiers se rendissent à l'avenir à leur chambre par la rue des Chantiers, afin de faciliter les moyens d'empêcber le public d'entrer dans ladite chambre, conformément aux intentions de Sa Majesté », c'est-à-dire conformément à l'article XV de la première déclaration du roi. Personne ne pouvait savoir que l'interdiction - prononcée par cet article était due à l'initiative de Necker et faisait partie de son projet primitif. On n'y voyait donc, et l'on ne pouvait y voir qu'une disposition insérée dans l'ceuvre de ses adversaires et imbue de leur esprit. Si le gouvernement l'avait choisie entre toutes pour l'appliquer sans retard, c'est qu'elle se prêtait le mieux à une expérience immédiate.

Sous ce prétexte, l'hêtel où siégeaient les États généraux fut de bonne heure investi par des troupes en armes. Un grand appareil militaire fut déployé. Non

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