‹ La chute de l'ancien régimeChapitre 90 sur 126 · Mémoire autographe, p. !iQ-3tl · texte numérisé non relu

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comptait d'ailleurs avoir pourvu à tout par les lois publiées à la séance royale. Elle ne vit donc dans les instances pour la réunion des ordres que le désir de cimenter entre eux la bonne intelligence et d'y faire régner la concorde. Aussi, sans donner au roi le temps de mûrir davantage cette démarche, sans lui laisser le temps de peser les raisons des ministres qui l'en détournaient, M. Necker hâta la décision, sous le spécieux prétexte qu'il n'y avait pas un instant à perdre pour prévenir une division prête à éclater. Il proposa de se borner au terme d'invitation, afin de repousser toute idée de contrainte, n'étant pas douteux qu'on ne prendrait pas le change sur cette expression. » Nous admettons sans peine que Necker ne négligea aucune précaution pour obtenir l'assentiment du roi. Il alla jusqu'à lui persuader que cette nouvelle mesure était en tout conforme au système consacré par les déclarations du 23, et le bon Louis XVI, comptant que ces déclarations pourvoyaient à tout, heureux de les voir acceptées par le ministre qui les repoussait naguère avec le plus d'énergie, n'hésita pas à faire ce qu'on lui demandait.

Est-ce bien là toute la vérité? Un historien dont les informations, puisées aux meilleures sources, méritent toujours d'être examinées avec soin, M. Droz, raconte * que Necker invoquait d'autres motifs à l'appui de sa demande. Il la présentait comme le seul moyen de calmer une effervescence dont les proportions devenaient sans cesse plus inquiétantes. Il profitait de ce que la reine et la plupart des personnes de sa société s'alarmaient de l'agitation qui régnait à Paris et à Versailles, pour soutenir « que la réunion était devenue momentanément nécessaire ». Déjà quelques voix murmuraient « qu'une plus longue hésitation mettrait en

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péril la pereonne du roi ' ». D'après M. Droz, « c'était UDe illusion. Les factieux n'étaient pas assez aguerris, et les vertus de Louis XVI étaient trop respectées pour qu'il courût alors un danger personnel ». Mais il suffisait que le propos pût être tenu, que l'hypothèse parût acceptable, pour que la cour n'osât pas détourner le roi de déférer aux conseils de Necker et se crût obligée à plus de circonspection que d'habitude. C'est ainsi qu'il faudrait expliquer son attitude de neutralité. Livré à lui-même, « Louis XVI, sans autre volonté que celle de faire tout ce qu'exigerait le bonheur public, consentit à se prononcer contre la déclaration aussi facilement qu'il avait abandonné les idées de Necker pour celles des courtisans ' ».

Ce n'est pas tout encore : et l'histoire a le droit, elle a le devoir de tout dire. Or il est permis de penser que la cour, en s'abstenant de combattre ici l'influence de Necker, ou même en paraissant approuver ses combinaisons, cédait à des arrière-pensées, qui expliquent mieux un changement si subit. Nous avons vu que dans la soirée du 23 elle ne s'était décidée à reprendre la démission de Necker que pour se débarrasser d'une émeute qu'elle n'était pas prête à repousser par la force. Bientôt nous verrons qu'avant la fin du mois elle avait résolu d'expulser ce ministre, soit pour se venger de l'humiliation qu'il lui avait fait subir, soit pour se livrer plus librement à l'exécution des projets qu'elle avait conçus. Comment admettre que dans ce court intervalle elle soit revenue à des idées de prudence et de modération qui contrastent avec sa conduite passée et sa conduite ultérieure? Peut-on croire qu'un instant.

3< 11 y a là une légère erreur de H. Droz. Comme nous l'avons Tait observer, lea lettres du roi et l'arrËl du conseil n'étaient, du moina en apparence, que l'application rationnelle et logique des déciarelions du 23.

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ne fût-ce qu'un instant, elle ait consenti à déserter la politique de réaction à laquelle elle s'était inféodée? Si elle a laissé le roi céder aux instances de Necker, apparemment elle avait aussi ses projets à elle, et la demande du ministre, loin de la contrarier, lui permettait ' au contraire, en donnant le change à l'opinion publique, d'en poursuivre l'accomplissement avec plus de chances de succès. C'est un royaliste, le marquis de Ferrières, qui s'est chargé, dans ses Mémoires \ de soulever un coin de ce voile, du reste fort transparent. Il raconte qu'au moment où la noblesse, surprise par l'invitation qu'elle venait de recevoir, hésitait à s'y conformer, < le vicomte de Noailles assurait les nobles de province que la réunion ne serait que momentanée, qu'ils ne devaient pas s'en alarmer, que l'on faisait avancer des troupes, et que dans quinze jours les choses changeraient!. Ferrières ajoute qu'après la réunion opérée, plusieurs députés nobles qui ne s'y étaient décidés qu'avec une extrême répugnance voulaient quitter l'Assemblée et retourner dans leurs bailliages pour soumettre leur conduite au jugement de leurs électeurs. La cour ût tout ce qu'elle put afin de les retenir et de ne pas affaiblir la majorité de la noblesse, dont elle pouvait avoir besoin d'un jour à l'autre. « On dit à ceux qui parlaient de s'en aller que les choses changeraient, que l'on faisait avancer des troupes, qu'il fallait dissimuler encore quelque temps, et, pour montrer que l'on était loin d'approuver ce qui s'était passé, on convenait de l'illégalité de la réunion : on louait en particulier chaque député de sa fidélité à ses mandats, on vantait la résistance courageuse et fière qu'il avait opposée aux entreprises du tiers. » Tel paraît être le véritable motif pour lequel Necker, placé entre deux disgrâces , celle qu'il avait

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