Uicbelel, BUl. de la /Mu. fr., t 1, p
D,g,t7„lb,.GOOgIC
LE SBRHENT DO JEU DE PADMB 2s9
n'avaient jamais cessé de regarder comme des maximes invariables et constitutionnelles la distinction des ordres, l'indépendance des ordres, la forme de voter par ordre. Tout dans cet acte, les motifs et le dispositif, était également regrettable '. Au lieu d'une tentative de conciliation, c'était un nouveau cri de guerre, lancé, au milieu de l'effervescence générale, contre l'opinion publique, contre les idées modernes, contre les progrès les plus justes de l'époque.
Dans ces conditions, la prétendue réunion des ordres ne pouvait être et ne fut pour l'Assemblée nationale ■qu'une cause d'embarras et de difficultés. Si peu inquiétantes que fussent ces protestations et ces réserves, qui «e succédaient sans relâche, il fallait y répondre, décider ce que l'on en ferait, les écarter sans faiblesse, mais aussi sans manquer à aucune convenance. Quelquefois la discussion se prolongeait, absorbait ta plus grande partie d'une séance, faisait perdre un temps précieux. Il n'en aurait pas fallu davantage pour absorber les instants d'une assemblée moins active. Celle-ci parut à peine s'apercevoir du surcroît d'occupations et de tracas qui lui était survenu. Ses commissions étaient aussi laborieuses qu'elle. Grâce au zèle qu'elles déployèrent, la vérification des pouvoirs de tous les membres nouvellement réunis put être achevée dès le 2 juillet. Aussitôt l'Assemblée nationale considéra que jusqu'alorselle avait vécu sous un régime d'organisation provisoire, et que le moment était venu de procéder à quelque chose de définitif. Elle reprit l'examen de ce projet de règlement 'qu'elle avait toujours laissé suspendu. Son premier soin fut d'arrêter que désormais elle nommerait un préaident et six secrétaires, le président pour quinze jours et à la
1. Jliral)«au, dans eea Leilret, donne nue version de cet arrfiU qui Ti'eit pu loul à Ikil exacte. On en irouve le texle complet dans le nu* méro du Mercure de France du U juillet, p. Ut.
D,g,t7„lb,.GOOgIC
majorité, les secrétaires pour un mois et à la simple pluralité. Sur ce, les bureaux se réunirent presque sans désemparer et procédèrent aux nominations ainsi fixées. Pour la présidence on sait que les suffrages se portèrent d'abord sur le duc d'Orléans '. Mais ce prince avait déclaré d'avance qu'il n'accepterait pas cet honneur, en sorte que sa nomination n'était qu'une marque de déférence réservée à sa qualité de membre de la maison royale. A son refus, c'est l'archevêque de Vienne . qui fut chargé de remplacer Bailly. Les secrétaires furent choisis ensuite ', et le 3 juillet, pour la première fois, l'Assemblée se trouva dotée d'un bureau régulier. Le même jour elle entama la grande question des mandats impératifs. Aujourd'hui, ce ne. serait pas là matière à des difficultés sérieuses : il n'en était pas de même en 1789. D'après les idées et les moeurs de l'époque, les représentants devaient se conformer de tous points aux intentions de ceux qu'ils représentaient. Les députés excipaient sans cesse de leurs cahiers des instructions ou des pouvoirs qui s'y trouvaient joints. Ce n'étaient pas seulement les membres dissidents de la noblesse et du clergé qui abusaient de ce prétexte pour se refuser à la délibération commune : à chaque instant, sur une foule de sujets, des membres du tiers état se disaient liés par la volonté de leurs électeurs. Quelques-
1. i> Plusieurs personnes proposèrent d'élire M. le duc d'Orléans et disaient avec raison que la dignilË mfme du trdne exigeait qu'un prince du sang membre de l'Aseemblèc en t&l nommé le premier président. Mais depuis quelque temps le bruit s'accréditait que la populariU de ce prince causait des alarmes à la cour. Cea fut assez pour que la majorité se montrât peu disposée en sa tareur, el l'on ne parvint à lui procurer le plus grand nombre de sufTrages qu'en afllroiant par parole d'honneur que M. le duc d'Orléans renoncerait à ta présidence au moment même oCi elle lui serait déférée. Cet engagement fut lenUt et une nouvelle élection donna cette place à. M. l'archevêque de Vienne-» Mounier, Recherches sur les causes..., t. Il, p. 13.14.
2. L'abbé Grégoire, .Mounier, comte de Lally-Tollenda), Le Chapelier, l'abbé Sieyès, comte de Qermont-Tonnerre.
D,g,t7„lb,.GOOgIC
uns avaient eu Timprudeoce de contracter des engagements spéciaux, de prêter des serments. Les clioses en étaient venues à ce point que, si l'on n'eût pris soin d'y pourvoir, l'Assemblée nationale aurait perdu la liberté d'action dont elle avait besoin pour parer aux événements subits qui menaçaient de l'assaillir. A la rigueur elle aurait pu mettre sa responsabilité à couvert derrière celle du gouvernement. La déclaration du 23 et l'arrêt du conseil du 27 n'avaient-ils pas annulé les mandats impératifs? a'avaient-ils pas fourni à tous les députés un moyen aussi simple que sûr de faire taire les scrupules de leur conscience? Mais l'Assemblée ne reconnaissait pas la légalité de ces actes. Ce fut l'évéque d'Autun, devenu plus tard le prince de Talleyrand, qui lui proposa le premier de statuer elle-même sur l'obstacle qui gênait ses mouvements. Sa motion parut si importante qu'elle suffit pour recommander à l'attention publique sa personne, jusqu'alors à peu près inconnue. Dans les courtes notices que Malouet a consacrées aux principaux membres de l'Assemblée nationale, il commence évidemment par Mirabeau : puis il parle de Tidleyrand et il ajoute ' ; « On est peut-être étonné qu'après Mirabeau je place M. de Talleyrand, évêque d'Autun, non seulement comme un homme d'un esprit distingué, mais comme celui qui, par une seule motion, a eu la plus grande influence sur toutes les opérations de l'Assemblée. J'ignore si le projet d'annuler les mandats impératifs lui appartient exclusivement; mais l'auteur de ce projet, quel qu'il soit, a fait faire un grand pas à la Révolution. » Cependant l'Assemblée nationale ne crut pas devoir adopter sans réserves la motion radicale de i'évêque d'Autun. Après quelques jours de discussion elle se contenta de consacrer une doctrine analogue par