‹ La chute de l'ancien régimeChapitre 98 sur 126 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

PBÉLIMINAIBES DE LA RÉVOLDTION DE JUILLET

[. Nouvelle phase de la Hévolulion. — 11. Résielance de l'Astemblie coDtre les entreprises de la cour. — I1L Parallèle entre les forces de la cour et celles de l'Assemblée. — IV. AITaire de la prison de l'Abbaye. — V. Etat de l'administratioD parisienne.

A dater du 17 juin, et surtout du 23, la Révolution €iitre décidément dans une nouvelle phase. En quelques jours elle change de caractère. Au début, à l'ouverture des États généraux, la lutte, une lutte inévitable, s'était engagée entre le tiers état et les ordres privilégiés. Il fallait être bien aveugle ou bien fou pour admettre que le tiers renoncerait sans combat à tant de revendications séculaires, et négligerait le seul moyen qu'il eût d'en rendre le succès possible, c'est-à-dire le vote par tète. La résistance des ordres supérieurB à ses préten- Uons les plus justes, l'exagération de leurs doctrines, l'imprudence de leurs démarches, ne tardèrent pas d'attirer sur eux un débordement de colères et de haines, que bientôt rien ne put apaiser. Durant cette première période, la royauté, dirigée par Necker, dissimulait ses sympathies. Elle semblait résolue à garder la neutra-

D,g,t7„lb,.GOOgIC

296 LA CHUTE DE L'aNCIEN RâGlUE

lité entre les deux partis aux prises, peut-être même à se prononcer en faveur du parti populaire. Ne savait-oo pas qu'après les édits de mai la cour avait laissé éclater son irritation contre les parlements, contre la noblesse et contre le clergé? Pouvait-on croire que le principal ministre commettrait la faute invraisemblable de soutenir les intérêts de classes qui le traitaient en ennemi juré, au détriment de celles dont l'appui faisait toute sa force? Déjà pourtant quelques symptômes avertissaient le tiers état qu'il avait interprété dans un sens trop favorable le Résultat du conseil du 27 décembre 1788, et qu'un revirement soudain s'était of>éré dans les hautes régions du pouvoir, au profit de l'aristocratie. Déjà la confiance qu'on avait mise dans la bonté du roi et dans le bon sens de Necker commençait à s'ébranler. Malgré tout, la royauté restait à peu près en dehors du conflit. A chaque occasion le tiers état s'empressait de lui prodiguer les témoignages de »on affection et de son dévouement. Personne ne conteste que, pour s'assurer la protection du gouvernement, pour rallier à sa cause l'autorité royale, il se fût résigné aux plus larges sacrifices. Gomme le disait Mirabeau, l'Assemblée « n'était venue que pour capituler, non pour vaincre' ». Mais encore fallait-il qu'on lui offrit une capitulation acceptable. Fatiguée d'attendre, poussée dans ses derniers retranchements, elle se décida à faire ses affaires elle-même et à briser d'un seut coup la résistance des ordres par ses fameux arrêtés du 17 juin.

C'est alors que dans un moment de dépit personnel Necker lui-même conseille à la royauté d'intervenir. Il se figure qu'il est encore assez écouté par elle pour lui imposer les idées de conciliation et de prudence, qu'il

1. CorreifMtndanef avec le eomU de La Mmck, pubiiée ptttt. ûetitcovrl, t. n, p. 318.

D,g,t7„lb,.GOOgIC

Page 1