LA CONSTITUTION EN ASSEMBLEE NATIONALE
L'influence personnelle du Roi, qui aurait pu être si grande sur le tiers-état, et beaucoup fortifier l'action du gouvernement, allait diminuant tous les jours. Le défaut d'initiative, propre au caractère de Louis XVI, fut encore augmenté, dans ces jours décisifs, par deux causes profondément regrettables : la manie déjà signalée des formalités et des distinctions d'étiquette, qui accumula les obstacles et les lenteurs au sujet des rapports directs à établir entre la
personne royale et le bureau provisoire des com* munes, et dont s'irrita au plus haut point la vanité bourgeoise des représentants du tiers; en second lieu, la nsaladie et la mort du jeune dauphin, qui accrurent encore ces obstacles et ces lenteurs, et eurent en outre pour résultat de jeter Louis XVI, dont le cœur fut déchiré, dans une torpeur douloureuse, durant laquelle les sentiments du père obscurcirent un peu dans son âme la claire notion des exigences de son cruel métier de roi. Il fut profondément blessé de Tinsistance que mit le doyen des communes à lui présenter en personne, à la tête d'une députation de vingt membres, l'adresse votée le 29 mai. Il consentit pourtant le 6 juin, le surlen* demain de la mort de son âls, à recevoir la députation du tiers, mais il ne put s^empécher, devant son entourage le plus intime, de laisser échapper cette plainte : < Il n'y a donc pas de pères dans Tassem* blée du tiers-état 1 »
Le doyen qui accomplit auprès de Louis XVI, sur l'ordre exprès des communes, ce rôle fâcheux de trouble-douleur, était Bailly, député de Paris, qui venait d'être placé, le 3 juin, à la tête de son ordre. Sans se départir de son attitude systématique d'assemblée non constituée, le tiers-état avait peu à peu amélioré son règlement provisoire et le mode de ses délibérations, et, sous le nom de doyen, Bailly n^allait pas tarder à prendre l'importance d'un véritable président.
Jean-Sylvain Bailly était né, le 15 septembre 1736,
dans une demeure royale. Son père, Jacques Bailly; en sa qualité de garde des tableaux du Roi, était, en effet, logé aux galeries du Louvre. Jean-Sylvain ne fit point d'éludés classiques. On le destinait à la peinture. Toutefois, il ne devint même pas, comme son père, un artiste médiocre. Il ne sut jamais manier ni le pinceau ni le crayon. Cela ne Tempécha pas d'obtenir, à son tour, la charge de garde des tableaux, qui était depuis cent cinquante ans dans sa famille. La continuation de cette faveur parut assez justifiée par l'opinion promptement répandue et très facilement admise, que le nouveau garde possédait, comme disent ses biographes, < la théorie générale des arts » et qu'il était même un excellent < peintre théoricien » . Son ambition toutefois aspirait à mieux qu'à parler < bien et pertinemment » des tableaux du Louvre. Il s'était cru d'abord une vocation de poète, dont l'éveil se manifesta par deux tragédies, auxquelles un comédien, nommé Lanoue, lui conseilla de borner sa carrière dramatique. Il eut la sagesse de se rendre à ce bon avis, et tout en conservant le goût de la versification et l'habitude de rimer avec lourdeur des poésies légères^ il tourna son activité vers un autre champ. Il se trouvait avoir pour les mathématiques de réelles et belles aptitudes, que cultiva le savant abbé de la Caille, qui se fit son protecteur. A l'âge de vingt-sept ans, il s'était acquis déjà, par ses calculs astronomiques, une suffisante renommée pour être élu membre de l^Âcadémie des sciences. Sur le conseil de d'Alem-
bert, qui lui fit entrevoir ]a succession de Foucby, secrétaire perpétuel de cette académie, il se mit à cultiver le genre des éloges et prit part, plusieurs fois, aux concours de rAcadémie française, où il n'obtint jamais que des accessits. La place de Foucby lui écbappa d'ailleurs, d'Alembert s'étant empressé d'y faire élire son ami Condorcet. Mais ses travaux littéraires, quoique remarquablement médiocres et remplis, selon l'expression du même Condorcet, < de toutes les beautés qu'il faut éviter en écrivant » , n'en firent pas moins peu à peu à Bailly, d'accessit en accessit, une renommée d'écrivain, qu'affermit à plus juste titre la publication de son Histoire de ïastronomie ancienne et moderne. Toutefois, tant que vécut d'Alembert, qui avait la mécbanceté tenace, sa candidature à l'Académie française fut impitoyablement repoussée. Mais d'Alembert étant mort, la porte enfin s'ouvrit en 1783, et Bailly put s'asseoir dans le fauteuil du comte de Tressan. Il n'avait pas encore épuisé sa fortune académique. Quoiqu'il n'eût d'autres litres à être regardé comme un érudit qu'une théorie extravagante sur les Hyperboréens, qu'il présentait comme les inventeurs de toutes les sciences, <c un des rêves les plus creux qu'on ait jamais eus », disait d'Alembert, l'Académie des inscriptions et belles-lettres crut devoir l'admettre dans son sein en 1785, et dès lors il eut la joie de s'entendre appeler < M. Bailly, des trois Académies. » Il était^ de plus, en excellents termes avec le ministère et fort bien vu k la cour.
M. d'ÂDgiviller, il est vrai, directeur général des bâtiments, s'était avisé tout-à-coup que la qualité de « peintre théoricien » ne suffisait pas pour un garde des tableaux du Roi et on avait retiré à Bailly cette charge, mais en lui conservant le logement au Louvre et, sous forme de pension, les appointements entiers. Cette pension, semble-t-il, n'était pas la seule. De 1785 à 1788, M. de Breteui], ministre de la maison du Roi, l'avait, c'est Bailly qui le dit lui* même, fait plusieurs fois honorer des faveurs royales. Il confessa loyalement devant les électeurs de Paris, en 1789, « qu'il tenait la plus grande partie de sa fortune des grâces et des pensions du gouver* nement. » Bien plus, depuis 1787, il était officiellement attaché à la cour, par la charge honorifique de secrétaire du cabinet de Madame, comtesse de Provence. C'est dans cette agréable situation qu'il préparait, de concert avec ses amis, les philanthropes et les encyclopédistes, mais sans se tourmenter ni se compromettre, d^une façon très vertueuse et très platonique, Tavènement du règne de la raison et des lumières. Deux rapports rédigés par lui au nom de l'Académie des sciences, l'un sur les hôpitaux (1785), l'autre sur les abattoirs (1788), lui avaient acquis de la popularité dans la capitale et avaient en même temps établi, aux yeux de la bourgeoisie parisienne, son aptitude à l'administration et aux affaires. Aux élections pour les États généraux, il fut successivement choisi, par le district des Feuillants, comme premier électeur, et par l'assemblée des élec-
teurs, comme premier secrétaire, puis comme premier député da tiers-état de Paris. Le 3 juin, nous Tavons dit, il devint doyen des communes de France. II fut dés lors l'un des personnages politiques les plus influents et les plus en vue. M°*® Bailly, bonne et prudente ménagère, ne voyait pas sans regrets son époux enlevé ainsi aux fructueuses douceurs de la vie académique et placé brusquement sur les sommets où frappent les orages. Mais lui, plein d'une estime de sa personne et de ses qualités intellec'^ tnelles et morales, que la vanité même de Necker ne dépassait pas, ni la cime périlleuse où il se trouvait haussé par les circonstances, ni la redoutable res-^ ponsabilité qui pesait sur sa tête, ne lui paraissaient supérieures à ses lumières et à sa vertu.
A mesure que décroissaient sur le tiers-état rinfluence du gouvernement et celle même de la personne royale, d'autres influences naissaient ou grandissaient, qui allaient peu à peu dominer et diriger les représentants des communes. Dès le commencement de juin la force impulsive, qu'avait laissée échapper le ministère, fut saisie par une réunion connue alors sous le nom de club breton. Le cahier du tiers-état de la sénéchaussée de Saint- Brieuc contenait l'article suivant : « Les députés aux États généraux, sitôt leur arrivée à Versailles, se réuniront à leurs codéputés de Bretagne, pour se communiquer leurs cahiers et concerter ensemble les moyens à employer pour opérer sûrement le bien du royaume en général et celui de cette pro-
U U CHUTE DE l'ancienne t'RÀNdS
viDce en particulier. » Cette instraction fat exécutée « Les députés de Bretagne fondèrent, dans un local qu'ils louèrent avenue de Saint-Gloud, une réuaion permanente sous le titre de cbanobre de la province de Bretagne. Les événements de l'année 1788 avaient donné un grand relief au tiers-état breton. Ses députés étaient naturellement fort considérés et fort écoutés par leurs collègues des autres provinces. Un grand nombre de ceux-ci demandèrent et obtinrent d'être admis dans la réunion, qui prit dès lors un caractère nouveau et une importance considérable. On y discuta par avance les points à résoudre par les communes, on y prépara les motions à présenter et la conduite à suivre pour les soutenir. L'esprit dominant au club breton fut celui du tiers-état de Bretagne, c'est-à-dire une hostilité très prononcée contre la noblesse et aussi la volonté d'opérer une transformation assez radicale dans les institutions civiles, administratives et politiques de la France. Cependant, par rapport au pouvoir royal, on y était encore, du moins tout à fait à l'origine, assez timide, assez perplexe, assez disposé à se concerter avec le gouvernement. Bertrand de Molleville, l'ancien intendant de la généralité de Rennes, fut consulté par plusieurs membres du club sur la conduite à tenir. Il leur conseilla de s'entendre avec Necker et se chargea de leur servir d'intermédiaire. Mais Necker repoussa majestueusement cette ouverture au nom de la morale et des principes. Il craignait d'ailleurs vraisemblablement de se compromettre par des
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pourparlers de ce genre, car il sentait sa situation fortement attaquée auprès du Roi. Le club breton, d'autre part, entra, sans aucun doute, de très bonne heure en relations avec les divers cercles et associations politiques parisiennes, qui avaient déjà joué un rôle actif dans la manipulation de l'opinion publique, avant et pendant les élections, et qui étaient, à divers degrés, pénétrés de l'esprit maçonnique. Il subit aussi Tinfluence, de jour en jourplus puissante, des foyers d'agitation révolutionnaire qui se multipliaient dans la capitale et d'où se répandait sur Paris, et de là sur Versailles, un esprit d'audace et de révolte.
Le même jour (6 juin) où la grande députation des communes fut reçue par le Roi, le clergé fit une tentative pour attirer le tiers hors du système calculé d'inertieoù il s'était retranché depuis l'ouverture des États. Une députation, conduite par Tévéque de Nîmes, vint communiquer la décision prise par le premier ordre de nommer une commission pour s'occuper de la misère des peuples, vérifier les différentes causes de la cherté du pain et aviser aux remèdes les plus prompts qu'on y pourrait apporter. Il invitait les deux autres ordres à s'occuper du même objet. Cette proposition fut assez mal reçue. Le tiers finalement y répondit par la contre-invitalion suivante, dont les termes furent proposés par Bailly : a Pénétrés des mêmes idées que vous, touchés jusqu'aux larmes des malheurs publics, nous vous prions^ nous vous conjurons de vous réunir à
nous, à l'instant niéme> dans la salle commune, pour aviser aux moyens de remédier à ces malheurs. »
Bien loin de se départir des prétentions émises dés sa première séance, le tiers-état allait prendre résolument l'offensive. Les conférences étant closes, la discussion s'ouvrit dans la séance du 10 juin sur le plan de Necker. Mais ce n'est pas de ce plan qu'il fut en réalité question. Conformément à une ligne de conduite arrêtée au club breton, Mirabeau demanda l'attention toute spéciale de ses collègues pour une motion qui allait être présentée par l'un des membres de la députalion de Paris, récemment entré aux États. Il s'agissait de l'abbé Sieyès, célèbre par sa brochure de l'année précédente, et en qui l'on était disposé à reconnaître rautorité de la raison même. Il prit solennellement place à côlé du bureau et promulgua, au milieu d'un silence religieux, l'oracle que l'on attendait. Après avoir constaté que les restrictions de la noblesse au plan de conciliation équivalaient à un refus, il proposa d'adresser aux deux premiers ordres une dernière sommation de venir se soumettre à la vérification commune des pouvoirs, en les avertissailt que l'appel général de tous les bailliages se ferait dans une heure, et que, quelle que fût l'issue de la démarche tentée auprès d'eux, il serait procédé à la vérification et donné défaut contre les non-comparants. La discussion qui suivit mit en relief le terrain perdu par le parti le plus modéré^ au profit du club
breton. Toutefois, la majorité des commuDes û'allait pas encore aussi loin que l'abbé Sieyès. La motion de celui-ci ne fut définitivement adoptée qu'à la séance du soir et avec des adoucissements. Le mot invitation fut substitué au mot sommation. Il fut décidé qu'une nouvelle adresse serait présentée au Roi pour justifier la conduite des communes. Enfin, par suite même de la prolongation de la discussion, il n'y eut plus lieu de procéder à l'appel immédiat des bailliages.
Le 11 juin était le jour delà Fête-Dieu. Le respect extérieur de la religion nationale n'avait encore souffert aucune atteinte. Il n'y eut point de séance. Le 12, l'arrêté du 10 fut communiqué au clergé et à la noblesse. La noblesse répondit qu'elle en délibérerait. Une discussion très vive s'^engagea dans la chambre du clergé. Parmi les partisans de la résistance au tiers-état, on remarqua l'abbé Maury, député du bailliage de Péronne, déjà célèbre comme prédicateur et comme écrivain. 11 était né en 1746, à Valréas, dans le Gomtat-Venaissin, de parents pauvres. Après de brillantes études, commencées au collège de sa ville natale, achevées au séminaire de Saint-Charles à Avignon, il vint, à l'âge de dix-neuf ans, chercher à Paris la situation brillante qu'il espérait conquérir par sa belle intelligence et sa vigueur au travail. Il cultiva d'abord le genre académique et composa des élogesi dont l'un, Véloge deFénelon, obtint un accessit à l'Académie française et fut goûté du public. Il reçut les ordres sacrés à
Sens et, bientôt après, en 1772, fut désigné par TAcadémie pour prononcer devant elle, dans la chapelle du Louvre^ le panégyrique de saint Louis. Son discours obtint un très vif succès.- Un panégyrique de saint Augustin, prononcé en 1775, devant l'assemblée générale du clergé de France, redoubla sa renommée. Il occupa les principales chaires de la capitale, devint l'un des prédicateurs de la cour et fut pourvu de riches bénéfices. En 1784, il fut élu membre de l'Académie française, à la place de Lefranc de Pompignan. L'abbé Maury était un orateur et un écrivain de grand mérite, mais son éloquence et ses habitudes n'avaient rien d'apostolique. Son esprit n'était pas exempt de la tendance philosophique de son époque, ni ses sermons des défauts à la mode, qu'il devait si justement censurer lui-même dans son Essai sur Véloquence de la chaire. On rapporte qu'en 1781, dans l'un des sermons du carême qu'il prêcha devant le Roi, ayant touché à l'administration, à la politique, aux finances, Louis XVI, choqué de ce mélange, dit en sortant de la chapelle: « C'est dommage! si l'abbé Maury nous avait parlé un peu de religion, il nous aurait parlé de tout. » — Il se sentait attiré vers la politique et fut, durant le ministère Brienne, l'un des principaux conseillers du garde des sceaux Lamoignon, qui se servit de sa plume pour la rédaction des préambules des fameux édits du 8 mai. Dès Torigine de la crise annoncée par la convocation des Etats généraux, il se détermina courageusement pour le parti de la résistance:
< Il n'est que trop vrai, disait-il à Marmontel, que dans leurs spécalations ils ne se trompent guère et que, pour trouver peu d'obstacles, la faction a bien pris son temps. J'ai observé les deux partis. Ma résolution est prise de périr sur la brèche ; mais je D'en ai pas moins la triste certitude qu'ils prendront la place d^assaut et qu'elle sera mise au pillage. » Il devait servir en vaillant et vigoureux champion, plutôt qu'en homme d'État véritable et surtout qu*en confesseur de la foi, la cansequ'il avait embrassée(l). Le 12 au soir, on procéda dans l'assemblée du tiers-état à l'appel des bailliages, depuis la sénéchaussée d'Âgen jusqu'à celle d'Hennebont. Il ne se présenta aucun député du clergé ni de la noblesse. Ceux du tiers seuls remirent leurs pouvoirs, qui furent distribués aux vingt bureaux (2) qu'avait institués l'assemblée. L'appel continua le lendemain et le surlendemain. Le 13, quand arriva le tour de la sénéchaussée du Poitou, trois curés se présentèrent et déposèrent leurs pouvoirs. Ils furent naturellement accueillis par de vifs applaudissements. Le 14, six autres ecclésiastiques, parmi lesquels Grégoire, curé d'Embermesnil en Lorraine, vinrent prendre séance dans la salle commune. La vérification des pouvoirs par les bureaux s'opéra avec le plus de célérité que Ton y put mettre et, dès le 15 juin, l'assemblée était en mesure de se constituer.
(!) Cf. ^ainte-Benve, Causerie» du lundi, t. IV. (2) Le nombre en fut porté à trente après la réunion du clergé et de la noblesse au tiers-état.
42 LA CHOTE DE L'ANCIENNE FRAÎ^CK
Sous quel titre allait-elle le faire ? Question capitale, dont la discussion occupa les journées du 15 et du 16, c'est-à-dire quatre séances. Sieyès, qui ouyrit le débat, proposa la dénomination d'Assemblée des représentants connus et vérifiés de la nation française, en indiquant formellement l'intention de concentrer dans cette assemblée tous les pouvoirs des États. Mirabeau proposa et soutint avec une énergie obstinée le nom d'Assemblée des représentants du peuple. Sous une apparence plus démagogique, sa proposition était, au fond, beaucoup plus modérée que celle de Sieyès. Tout en revendiquant, lui aussi, pour les représentants des communes, l'autorité nationale et en refusant aux deux premiers ordres tout droit de veto sur les résolutions à prendre, il s'abstenait pourtant d'abroger formellement la constitution traditionnelle des États. Il s'attacha surtout, en dépit de certaines violences calculées de langage, à réserver de la façon la plus catégorique les droits de la Royauté. Il s'écria même dans la séance du 15 au soir : a Je crois le veto du Roi tellement nécessaire que j'aimerais mieux vivre à Gonstantinople qu'en France s'il n'existait pas. Oui, je le déclare, je ne connaîtrais rien de plus terrible que l'aristocratie souveraine de six cents personnes qui, demain, pourraient se rendre inamovibles, après demain héréditaires, et finiraient, comme les aristocraties de tous les pays du monde, par tout envahir. » Mais il joignit à sa motion une proposition redoutable, celle de déclarer nuls tous
les impôts existants, comme n'ayant pas été légalement consentis ; il invitait, il est yrai, l'assemblée à prononcer leur rétablissement immédiat, « mais seulement durant le cours delà présente session des États généraux et non au delà. »
Pour s'expliquer l'attitude complexe de Mirabeau en celte circonstance, il faut se rendre compte de sa véritable ambition, qui n'était point celle d'un tribun avant tout avide de la faveur populaire. Il ne prenait ce rôle que comme un moyen, mais son rêve était de devenir le ministre dirigeant de la Royauté renouvelée. Gomme il sentait bien que le gouvernement n'était pas disposé à lui demander son concours, il n'avait pas hésité à l'offrir lui-même. Vers la fin de mai, il avait fait demander à Maloùet une entrevue particulière, où il lui tint ce langage : « Monsieur, je viens à vous sur votre réputation ; « et vos opinions, qui se rapprochent plus des « mieiines que vous ne pensez, déterminent ma « démarche. Vous êtes, je le sais, un des amis sages « de la liberté et moi aussi ; vous êtes effrayé des f orages qui s'amoncellent, je ne le suis pas moins, t II y a parmi nous plus d'une tête ardente, plus « d'un homme dangereux. Dans les deux premiers « ordres, dans l'aristocratie, tout ce qui a de l'es- ( prit n'a pas le sens commun ; et, parmi les sots, I j'en connais plusieurs capable de mettre le feu « aux poudres. Il s'agit donc de savoir si la monarf chie et le monarque survivront à la tempête qui « se prépare, ou si les fautes faites et celles qu'on