‹ La chute de l'empire de RabahChapitre 15 sur 101 · LE POSTE DE KKEBEDJE · texte numérisé non relu

LE POSTE DE KKEBEDJE

des ruisseaux que nous traversons. Le soir, nous sommes au village d'Ernago. Il se compose d'une centaine de cases espacées sur les flancs d'une colline rocailleuse. A part quelques notables vêtus d'une espèce de robe en étoffe de coton grossièrement tissée dans le pays, tout le monde est couvert d'un pagne d'écorce tannée, serré à la taille, laissant le torse et les jambes nus. Les femmes n'ont pour tout vêtement que quelques feuilles qui cachent leur nudité. Quelques-unes portent des colliers de perles autour du cou, des bracelets de cuivre grossiers aux poignets et des anneaux au-dessus des chevilles. Les élégantes ont le nez et la lèvre inférieure percés pour y introduire de petites tiges d'étain. Les hommes n'ont pour armes que des lances ou des sagaies et presque pas de flèches, alors que les G'Baggas, au contraire, s'en servent principalement. Ernago nous fait les honneurs de son village avec la plus grande amabilité, et, bien que son visage ne respire qu'à moitié la franchise, nous sommes tout à fait en confiance.

Nous y passons la nuit, autant pour nous approvisionner que

L'EMPIRE DE RABAII.

S^ÉïiPÉïllliPl LA ROUTE DE KREBEDJÉ À GRIBINGUI-

pour laisser le temps à Ernago de régler une affaire de ménage très grave.

L'une de ses femmes, la plus jeune et la plus aimée (naturellement), était soupçonnée d'avoir accordé en l'absence du mari quelques (( menus suffraiges » à un galant du village. Il n'y avait pas flagrant délit. Aaissi les deux protagonistes niaient-ils à qui mieux mieux. On décida donc de s'en rapporter au jugement de Dieu. Ernago, qui cumulait avec les fonctions de chef celles de féticheur, s'en alla planter sur une termitière une douzaine de petits morceaux de bois. Ils devaient y rester trois jours. Si au bout de ce temps les termites avaient laissé les piquets intacts, la femme était innocente. Sinon elle était coupable...

Décidément l'histoire de tous les peuples est un éternel recommencement. C'était là une épreuve analogue à celles en usage chez nous aux débuts du Moyen âge. Combien d'innocents ces grossières superstitions ont-elles sacrifiés !...

Ernago tenait beaucoup à rester pour vérifier lui-même ses

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