‹ La chute de l'empire de RabahChapitre 23 sur 101 · CHEFS N GAOS · texte numérisé non relu

CHEFS N GAOS

machine et de la chaudière, et enfin monter à côté la deuxième baleinière en acier.

Grâce au dévouement et à l'activité de Mostuejouls, nous pûmes rapidement commencer ces travaux, et en avril, le Léon- Blot faisait ses essais. Mais de nouveau, la faiblesse des moyens mis à notre disposition se faisait sentir. Installés au poste de Nana B, nous manquions de tout. Il fallut encore organiser un convoi et renvoyer M. Prins à Ouadda dans l'espérance que les subsides promis par M. de Brazza étaient arrivés.

Notre agent exécuta promptement sa mission ; il eut le bonheur de trouver à Ouadda M. Fredon, qui nous amenait 30 Sénégalais et en annonçait 30 autres par prochain vapeur. Il avait de plus une quantité appréciable de perles, du vin et une bonne partie de notre matériel laissé en souffrance sur la route de Loango.

Le capitaine Marchand, avec qui Prins se rencontra également

à Ouadda, sachant nos besoins, mit spontanément à ma disposition 800 thalers de Marie-Thérèse.

C'est à ce brillant officier que nous devions également de rentrer en possession de nos charges. On sait en effet qu'avant d'accomplir sa splendide traversée de l'Afrique, il avait passé plusieurs mois à pacifier la région de Gomba à Brazzaville et avait réussi à retrouver près de 12000 colis en souffrance qui, sans lui, auraient été perdus.

Tout le monde en France a apprécié la belle œuvre de Marchand. — Il m'appartient à moi, qui suis son obligé, de lui apporter, en plus de mon admiration, le tribut de ma profonde reconnaissance.

Pendant l'absence de Prins, nous fûmes informés par les N'Gaos, nouvelle peuplade avec laquelle nous venions d'entrer en relation, que les musulmans de Senoussi se préparaient à nous attaquer. On dut fortifier le camp et prendre toutes les précautions pour éviter une surprise.

L'arrivée de Prins et de Fredon nous tira d'inquiétude, et nous pûmes choisir la place d'une station définitive. L'endroit le plus convenable était situé à 7 kilomètres dans le Nord-Est de Nana B, au pied d'une colline rocheuse, haute de 86 mètres presque à pic.

On se mit avec ardeur au travail : on fortifia; on construisit des maisons d'habitation, un camp pour les soldats ; un jardin potager fut tracé.

En juillet, nouvelle alerte qui nous immobilisa encore plus d'un mois. Mais cette perte de temps nous permit de prendre enfin contact avec les musulmans de Senoussi.

Ayant appris notre présence dans le pays, ils s'étaient avancés jusqu'à deux jours et demi de marche de la station Gribingui, et, ignorant nos intentions, se méfiant de représailles au sujet du meurtre de Grampel, ils s'étaient, eux aussi, solidement retranchés au village de Yani Mandji.

C'est de cet endroit, qu'ils nous envoyèrent deux émissaires escortés d'une trentaine de soldats. L'un, nommé El Hadj

RELATIONS AVEC SENOUSSf.

Tekour, était un Haoussa ayant accompli plusieurs pèlerinages à la Mecque, et l'autre un Tripolitain presque blanc nommé Salah. Ils étaient porteurs d'une lettre exprimant, au milieu des compliments de bienvenue, l'appréhension d'hostilités de notre part. De l'affaire Grampel pas un mot. Ils nous amenaient quelques chevaux, des ânes et des boeufs porteurs, moitié en cadeaux, moitié pour les vendre.

Je répondis à ce message par une lettre dans laquelle j'exprimais nos intentions pacifiques, et notre désir d'entrer en relations commerciales avec les musulmans. Dans ces circonstances, il fallait nous armer de patience et nous résigner à ne pas bouger.

La faiblesse de nos effectifs ne nous permettait pas en effet de nous lancer sur le Ghari en laissant derrière nous des agents et des troupes en trop petit nombre pour être en sécurité, et si l'on songe que le poste du Gribingui était situé à 300 kilomètres de tout autre point occupé par nos soldats, on se rendra compte aisément du sentiment qui me guidait. Profitant des chevaux nouvellement acquis, M. Fredon, avec quelques hommes, partit pour Ouadda en courrier rapide. Malheureusement les pluies torrentielles, qui tombaient depuis quinze jours, rendirent la route fort pénible. Il mit un mois pour revenir après avoir crevé trois chevaux. Mais il nous apportait une bonne nouvelle, l'arrivée prochaine de M. de Rovira avec 35 hommes de renfort et des caisses de perles.

Arrivée de renforts. — En route pour le Tchad. — Descente du Gribingui et du Chari. — Mon voyage à Massénia. — Ma réception chez Gaourang. — Séjour au Baguirmi. — Arrivée au Tchad. — Notre but est atteint.

xters la fin de notre séjour à Gribingui, les envoyés de V Senoussi revinrent. Les relations s'établissaient cordiales. Malheureusement en retournant chez lui le Tripolitain Salah fut assassiné et ses bagages pillés, à une journée de marche du poste, par les païens Tambacos.

Cet événement qui aurait pu être gros de conséquences, car il fut un moment considéré comme les représailles du meurtre de Grampel, n'eut heureusement pas de suites fâcheuses pour nous ; les gens de Senoussi se rendirent assez vite compte que nous n'étions pas les instigateurs de ce crime, d'autant que je m'offris à servir d'intermédiaire entre eux et les païens, pour rentrer en possession des objets volés.

Tout ennui semblant ainsi écarté, nous n'avions plus qu'à attendre l'arrivée de Rovira pour effectuer notre descente du fleuve. Le 20 août, à neuf heures du soir, il arrivait au poste.

Le lendemain, laissant à Gribingui une garnison de quatrevingt-huit fusils et des auxiliaires, nous appareillons pour nous diriger vers le Tchad en effectuant la descente du Gribingui, puis du Chari l.

Les eaux très hautes avaient une crue de plus de 6 mètres et

1. Les Européens embarqués sur le Léon-Blot étaient au nombre de trois; MM. Huntzbûchler, de Mostuejouls et moi ; l'interprète arabe Ahmed nous accompagnait, l'équipage se composait de cinquante hommes et quatre domestiques. En tout cinquante-huit fusils.

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