LES ESCLAVES SA RAS
ESCLAVES SARAS PRIS PAR LES BAGUIRMIENS ENCORE ENCHAÎNÉS OU RÉUNIS PAR COUPLES À DES FOURCHES DE BOIS.
Tel est le tableau que j'ai vu, de mes yeux vu, et que je ne charge pas. Je suis plutôt en dessous de la vérité... Il eût été à souhaiter que les partisans de l'Islam à tout prix pussent se rendre compte de l'œuvre néfaste accomplie par les adeptes de ce dogme de saug, de rapine et de meurtre. Peut-être leurs idées se seraientelles modifiées. Je donnai l'ordre de détacher tous ces misérables, qui furent installés dans la cour du poste. On leur prépara de formidables platées de mil et de haricots qu'on leur distribua. Ces affamés se précipitèrent sur la nourriture comme des bêtes fauves, les plus grands renversaient les plus faibles et engouffraient dans leur bouche tout ce qu'ils pouvaient saisir... On fut obligé, pour que tout le monde pût manger, de procéder à une répartition équitable.
Je prévins Gaourang que ces gens étaient dorénavant à nous, et, à part moi, je me réservai de les rendre plus tard à la liberté. Je leur fis dire que, s'ils consentaient à nous accom-
pagner et à porter nos charges, nous les nourririons tous convenablement ; après quoi, on les renverrait dans leurs villages.
Gomme bien on pense, ils acceptèrent avec enthousiasme. Mais ils étaient tous trop faibles pour qu'on pût leur donner un poids de vingt-cinq kilos à porter. Nous attendîmes donc quelques jours encore qu'ils eussent repris des forces et, après avoir éliminé les femmes, mères ou nourrices, ainsi que les hommes trop chétifs, nous nous trouvâmes prêts pour le départ.
Je pus donc rédiger, à la date du 12 mars, un ordre prescrivant de reprendre, dès le lendemain, les opérations contre Rabah sous les ordres du capitaine Robillot.
Pendant que se terminaient tous ces préparatifs, je recevais à Fort-Archambault une lettre du commandant Lamy m'annonçant son arrivée à Debenenki dans le Kanem, à la date du 18 lévrier. Le capitaine Joalland, rejoint par Meynier, m'informait, de son côté, qu'il avait laissé ce dernier officier en face de Goulfei avec le gros de ses forces pour se porter à la rencontre de la mission Foureau-Lamy, qu'il avait rejointe à ce même point de Debenenki.
Ainsi donc, tout allait au gré de mes désirs et l'œuvre poursuivie avec tant de persévérance approchait de sa réalisation.
Les deux missions Afrique Centrale et Saharienne allaient se trouver réunies, sous l'autorité du commandant Lamy qui, par suite de la mort du colonel Klobb, devenait le chef des deux groupes. J'allais donc pouvoir, dès que la jonction complète serait terminée, disposer des effectifs des trois missions au mieux de nos intérêts. Je sentais tout l'honneur et toute la lourdeur de la tâche qui me revenait. Mais j'avais l'espoir, avec de telles forces, de porter le dernier coup à Rabah. ,Et l'avenir me paraissait glorieux.
Le 13 mars 1900, la mission du Chari se met en route. Les points deTogbao et de Bousso sont déjà occupés par nos troupes, ainsi que Robillot, en mon absence, l'avait décidé.
La marche des deux groupes par terre et par eau s'effectue sans incident; malheureusement elle est d'une désespérante len-