‹ La chute de la royauté 10 août 1792Chapitre 11 sur 35 · DE POLICE · texte numérisé non relu

DE POLICE

u Le maire de Paris est allé au Château ; il y est environoé d'hommes qui paraissent avoir des vues perfides contre lui. Vous seuls pouvez Ten tirer; appelez-le à la barre, un ordre de l'Assemblée le tirera de ce danger, et aussitôt renvoyez-le à la Commune, où on l'attend et d'où l'on a envoyé vainement un exprès pour le faire venir. Nous craignons tout si vous ne prenez ce parti, et» d'ailleurs, le tocsin sonnant, le maire de Paris doit être à la Commune.

(( Les administrateurs de police, ses amis,

u Pajsis, Sergem.

« P» S. On vient à chaque minute nous le demander.

« Deux heures du matin. »

u 11 faut, s'écrie Letourneur, que le maire soit mandé à la barre I... Il faut savoir sMl est retenu au Château par la force ou de sa propre volonté. »

L'Assemblée n'était pas en nombre, et, depuis plus de trois heures, se refusait à prendre aucune décision ; mais il s'agissait de sauver le populah*e Pétion^ on ne discute plus, et le décret suivant est sur-lechamp adopté et expédié :

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a Du iO aoiit 'l79i.

a Sur la motion d*un membre , l'Assemblée nationale décrète que M. le maire de Paris se rendra à l'instant à sa barre ;

tt Décrète» en outre» que ce décret sera porté surle-champ à M. le maire , et remis à Tinstant par un des huissiers de T Assemblée» qui se fera accompagner de deux gendarmes nationaux.

« Tardiveau, ex-président \

(t Lecolmiî-Puyraveau, ïrojscuo.n, secrétaires. »

Au moment même où l'on prétendait qu'il était gardé à vue dans le Château comme un otage précieux» Pétion se promenait dans le jardin des Tuileries avec Rœderer, qui était venu le rejoindre. Lorsque les premiers sons du tocsin se font entendre, il affecte une tranquillité parfaite. « J'espère, dit-il au procui*6ur-général-syndic » qu'il n'y aura rien ; des commissaires sont allés au lieu du rassemblement. » Survient le ministre de la justice» Dejoly» qui» de la part du roi, demande d'autoriser la fermeture des portes de la terrasse des Feuillants. Pétion y consent

et se dirige vers la terrasse pour donner lui-même les ordres; mais il tombe dans un groupe de gardes nationaux où paraît régner une assez grande agitation. Un des soldats citoyens s'approche de lui, le félicite ironiquement de son zèle pour le salut de la patrie, puis, changeant de ton, lui reproche de se laisser dominer par les factieux, notamment par Santerre, avec lequel on le voit toujours, et enfin dit avec fermeté : « Monsieur le maire, vous répondez de la tranquillité publique. » Pétion, visiblement embarrassé, balbutie : « Monsieur, qu est-ce que cela veut dire? Vous oubliez le respect. Vous manquez. •• Ah I voyons I entendons-nous... »

Mais les autres gaides nationaux blâment leur camarade de sa vivacité et dégagent le magistrat municipal.

Celui-ci, charmé d'échapper à un interrogatoire d'autant plus insultant qu'il est plus mérité, s'éloigne précipitamment. On Tentraîne vers le Château, on le presse d'y remonter. Mais il est rejoint, au bas du grand escalier, par un huissier qui , accompagné de gendarmes et de porteurs de torches, lui notifie le décret de l'Assemblée *.

4. Dans le récit qu'il a publié de la nuit da 9 au 40 août, Pétion dit avec une impudence superbe que, <( s'il fût monté, il ne serait jamais descendu; qu'il échappa, comme par miracle,

à la mort; que, si le peuple eût fait le plus léger mouvement pendant (ju'il était aux Tuileries, il n'existerait plus! » Décela donne-t-U une seule preuve? Non. 11 se contente d'ajouter:

LE iO AOUT 1702.

Pétion s'empresse d'obéir au message qu'il attendait depuis si longtemps. 11 parait à la baiTe, entouré d'officiers municipaux. On l'invite a à faire connaître

si les inquiétudes qu'on a eues sur son compte étaient fondées. »

« Occupé tout entier de la chose publique, répond avec sa modestie et sa solennité ordinaires le premier magistrat de Paris , j'oublie facilement ce qui m'est personnel. 11 est vrai que, lorsque j'ai été au Gliâ* teau, on m'a assez mal accueilli ; j'ai entendu proférer contre moi les propos les plus violents, lis aurûent pu déconcerter un homme qui aurait cru ne pas avoir d'ennemis; mais moi, qui sais bien que mon amour pour le bien public m'en mérite un grand nombre, je n'en ai point été effrayé. »

Puis, sans entrer dans plus de détails , il annonce que toutes les précautions exigées par les circonstances ont été prises. « Il y a dans le Château, ajoute-t-il, un corps nombreux de gardes nationaux. Le commandant assure qu'il n'a aucune inquiétude pour la sûreté du domicile du roi; autant qu'on peut le prévoir, l'ordre et la tranquillité publique pourront être maintenus. »

Le président, VergniaudS invite Pétion aux hon-

« C'est avec raison quo le drapeau suspendu au dôme du Château pendant quelque temps portait : Ici le maire de Paris a manqué d'être assassiné datis la nuit du 9 au iO, »

4. 11 venait de prendre ]e fauteuil à la place deTardiveau, qui lui-même avait remplacé Pastoret ; le président en titre, Merlet, n'avait pas encore paru. — Loyograp/iCj p. 6.

neurs de la séance, « si Texercice de ses fonctions

peut le lui permettre. » « Mais le maire, lisons-nous au procès-verbal de l'Assemblée, traverse seulement la salle, et, sentinelle vigilante, retourne à son poste. » G'est-à-dire qu'il se hâte de rejoindre ses amis, qui Tattendent pour le consigner.

Pétion sorti, l'Assemblée, toujours très-peu nom* breuse S recueille les nouvelles qui lui sont apportées par quelques-uns de ses membres , accepte des dons patriotiques, entend des rapports sur une nouvelle banque à fonder, sur les brevets d'invention, sur la suppression de la prime accordée pour la traite des nègres ; reçoit des dénonciations contre le maire de nous ne savons quelle bourgade, accusé d'être en correspondance avec les émigrés; écoute de longues adresses que lui envoient des sociétés patriotiques allemandes qui Tadjurent de s'unir pour sauver la France Certes, rien ne pouvait venir plus à propos, mais l'Assemblée ne comprend ni les avertissements qui lui arrivent de loin, ni ceux qui lui sont transmis par les autorités qui siègent à sa porte. En effet, la lettre suivante est apportée au président :

4 • tf L'Assemblée n'est pas composée de plus de cent cinquante membres, » dit le rapport de Blondel, secrétaire du

directoire de département, daté de trois heures quarante minutes.

2. Ces détails, en réalité insignifiants, donnent aux délibérations de l'Assemblée législative durant la nuit du 9 au 40 août une étrangeté que l'historien ne doit pas oublier de signaler.

a Paris, ie 10 août 4792, 3 heures du malin.

u MoBsieur le président,

« La section des Tuileries, assemblée en armes, a rhonneur de vous informer qu'elle a autorisé M. de La Roche à ne plus reconnaître l'état-major, mais qu'elle veille à la sûreté de l'Assemblée nationale et que ses canons ne peuvent être mieux placés que clans la cour des Feuillants, qui est une des issues de l'Assemblée nationale.

« Le président de la section des Tuileries,

Peu de temps après, le ministre de la justice parait

à la barre et annonce ofliciellement à T Assemblée, au nom du pouvoir exécutif, les événements qui semblent se préparer. « Le roi vient d'être informé qu'il s'était élevé des doutes sur la liberté de M. le maire de Paris au château des Tuileries ; Sa Majesté a vu avec plaisir M. Pétion et M. Rœderer se rendre auprès de sa personne; elle me charge de venir déclarer

1. Ce Bonjour élait un commis du ministère de la marine, que B(Mtrand de Molleville avait chassé de ses bureaux. (Voir les Mémoires de Bertrand de Molleville, t. IX, p. 409.) Il présidait encore le comité de la section des Tuileries lorsque, quelques heures plus tard, les prisonniers qui se trouvaient au corps de garde des Feuillants, et notamment Suleau, furent livres à Théroigne de iMérirourt et aux assassins qui l'accompagnaient. La section dos Tuileries tenait ses séances dans réalise des Feuillants, et son comité dans 1 une des salles de ce couvent.

LË 10 AOUT 1792.

que, loin de souffrir qu*il soit porté atteinte à leur liberté, il a recommandé qu'honneur et respect leur fussent rendus dans toute sa maison... w

La réfutation des mensonges insinués par Pétion, soutenus si affu-mativement par ses amis, était complète ; mais personne ne la relève.

« Messieurs, reprend Dejoly au milieu du plus profond silence, le roi saisit cette occasion pour rendre un nouvel hommage à la Constitution. » — Point d'applaudissements. — a Le roi est informé qu*il existe au faubourg Saint-Antoine un rassemblement, résultat de provocations antérieures; quoique sa contenance ne soit pas inquiétante, il n'en est pas moins contraire au bon ordie, puisqu'il n'a pas été autorisé par les autorités constituées. D*après les détails que j'ai reçus, on doit se porter chez le roi et à V Assemblée nationale. Je prie l'Assemblée de prendre de promptes mesures pour prévenir les désordres qui pourraient suivre cette démarche, n

« Il y a des lois contre les rassemblements! s'écrie François de Neufchâteau, c*est au pouvoir exécutif à les faire exécuter. — Il est prudent, ajoute Vergniaud, avant de prendre des mesures quelconques, de connaître le compte que la ifiunicipalité doit rendre sur Tétat actuel de Paris. » Cette motion dilatoire est adoptée, et la séance est suspendue ^

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