C( HUKICIPALITK DE PARIS. — GARDE NATIONALE
PARlSItxNAE.
Du 9 août 1792, l'an iv de la liberté.
« Le commandant général ordonne au commandant du bataillon de service à la Ville de dissiper la colonne d'attroupement qui marclierait pour se porter au Château, tant avec là garde nationale qu'avec la gendarmerie, soit à pied, soit à cheval, en l'attaquant par derrière.
c( Le commandant général, «'Mandaté »
La lecture de cette lettre soulève la plus vive indignation de la part des conspirateurs : «.C'est une inramie, c'est un prodige de lâcheté et de perfidie I » s'écrient-ils, et l'assemblée, usurpant le pouvoir
4. Beaucoup d'historiens se sont élevés contre cet ordre vi l'ont qualifié de trahison infâme. Tout homme de bon sens trouvera très-naturel que Ton attaque par devant, par derrière, de toutes les maDières possibles, des colonnes d'insurgés se dirigeant vers la demeure du représentant légal du pouvoir exécutif. Y avaît-il ou n'y avait-il pas, le 10 août, révolte ouverte et à main armée? Mandat dès lors n elait-il pas dans son droit?
judiciaire comme elle a usurpé le pouvoir municipal, décrète l'arrestation immédiate de Mandat, ordonne qu'il sera sur-le-champ conduit dans la prison de la maison commane. Afin que l'exécution de cet ordre ne puisse rencontrer aucun obstacle, on invite Manuel, toujours présent, à y apposer sa signature.
Averti de ce qui se passe, le conseil général se hasarde à rappeler aux commissaires des sections que le droit de faire appréhender au corps un individu , fût-il coupable, n'appartient qu'aux juges de paix. Mais les commissaires envoient dire aux municipaux que, lorsque le peuple se met en état d'insurrection, il reprend tous les pouvoirs, que dès lors ils ne sont plus rien et qu'eux seuls sont tout, puisqu'ils représentent le peuple souverain. La menace était claire; elle ne tarde pas à être exécutée. Jugeant qu il est temps d'en finir, et n'ayant d'ailleurs plus besoin ni d'un faux semblant de légalité, ni de signatures arrachées à des magistrats débonnûres, les usurpateurs font signifier aux conseillers municipaux cette destitution en bonne forme, préparée depuis longtemps :
« L'assemblée des commissaires de la majorité des
sections, réunis avec pleins pouvoirs de sauver la chose publique, a arrêté que la première mesure que le salut public exigeait était de s'emparer de tous les pouvoirs que la Gonunune avait délégués et d'ôter à l'état-major l'influence malheureuse qu'il a eue jusqu'à ce jour sur le sort de la liberté.
tt Considérant que ce moyen ne pouvait être mis en usage qu'autant que la municipalité , qui ne peut jamais et dans aucun cas agir que d'après les iormes établies, serut suspendue provisoirement de ses fonctions, a arrêté que le conseil général de la Commune serait supendu, et que M. le maire, M. le procureur de la Commune et les seize administrateurs continueraient leurs fonctions administratives.
« HuGU£:«iN, président; Martdî, secrétaire. »
Les municipaux, qui ne sont pas dans le secret de la comédie que Ton joue depuis cinq à six heures, font des observations aux délégués qui leur apportent cette étrange signification. Une discussion s'engage; mais les délégués ne veulent rien écouter et déclarent que les commissaires des sections vont se rendre dans la salle du conseil. La majorité des représentants légaux de la Commune avait elle-même plus d'une fois bravé l'autorité des lois contre le département; elle songe à l'invoquer à son tour contre l'insurrection et envoie une députation à l'Assemblée nationale afin qu'on avise aux mesures à prendre dans des circonstances si critiques. Mais les commissaires des sections ne donnent pas au conseil le temps de recevoir une réponse de l'Assemblée. Ils y envoient eux-mêmes rendre compte , à leur manière , de leur nomination et de leur prise de possession, et, sans plus attendre, ils arrivent en masse dans la salle du conseil générai, s'emparent presque de vive force des
lao
LE lu AOUT 1792.
fauleuils qu'occupeût les conseillers municipaux.
Quelques-uns de ceux-ci osent néanmoins insister pour qu'il soit constaté qu'ils ne cèdent qu'à la violence et écrivent, au bas de Tinsolente signification
qu'on vient de leur faire, la mention suivante :
(( Nous, soussignés, membres du coiiseil général , certifions que le présent arrêté a été signifié séance tenante par une députatilon des commissaires dénommés audit acte.
« Fait à Paris, ce 10 août 1792.
f( RoYER, secrétaire général ; Bideiuiann, officier municipal; L.-G. Cahier, notable. »
Les usurpateurs s'inquiètent peu de cette vaine protestation. Pour avoir l'air de procéder avec régularité, ils font faire l'appel nominal des membres pré-« sents; ceux-ci déposent sur le bureau les chiffons de papier sur lesquels sont inscrits leurs prétendus pouvoirs.
La séance ouverte, la commune insurrectionnelle décide que Mandat sera transféré de la prison de l'Hôtel de Ville dans celle de l'Abbaye, pour m plus grande sûreté. Les sicaires qui sont aux ordres des commissaires des sections comprennent ce que cela veut dire. Ils courent à la prison, où le commandant général est enfermé depuis une demi-heure, l'en arrachent et Tentratnent à travers le grand escalier qui conduit à la place de Grève. Sur les premières
marches, on lui brise la tète d'uu coup de pibtolet tiré à bout portant. De la salle où ils siègent, les commissaires des sections peuvent entendre les gémissements de la victime , les hurlements et les cris de joie des assassins : ils ne daignent pas interrompre le cours de leurs délibérations et continuent à expédier des ordres pour les derniers préparatifs de rinsurrection.
La première préoccupation des chefs de la com^
mune insurrectionnelle avait été de faire tuer Mandat; la seconde fut de consigner Pétion dans son bôteL Ou lui envoya à cet effet six cents hommes. Le captif volontaire notifia aussitôt la nouvelle de sa prétendue détention à toutes les autorités qui étaient restées libres, c'est-à-dire exposées à la responsabilité et aux périls qu'il avait fuis.
Aux tt officiers municipaux, qui sont à la commission extraordinaire de l'Assemblée nationale, » il écrit :
« Je me disposais, messieurs et collègues, à me rendre auprès de vous à la commission; j'étais ha-
m LU, 10 AOUT 1792.
billé, les chevaux étaient mis; j'allais descendre, lorsque deux officiers de garde sont venus me dire que j'étais consigné, que je ne sortirais pas. Je suis donc dans l'impossibilité de vous joindre, et je m'en rapporte à votre zèle et à votre civisme pour dire à l'Assemblée nationale ce que l'intérêt de la chose pu* blique exige.
a Le maire de Paris,
« PÉXION. »
Au département, il. envoie la lettre suivante :
« Le 40 août 4
« Je ne sais plus, messieurs, où nous en sommes; depuis trois heures tout a changé de face. La commission centrale des quarante -huit sections s'est emparée de tous les pouvoirs communaux, donne des ordres, a mis la force publique sous sa dépendance. J'allais me rendre à l'Assemblée nationale pour lui rendre compte des faits, pour l'engager à prendre, dans sa sagesse, tous les moyens, toutes les mesures que l'intérêt public exige, lorsqu'une force majeure m'a consigné chez moi en me déclarant que je n'en sortirais pas.
M Faites en grâce ce que vous croirez sage et utile dans ceiie circonstance.
u Le maire de Paris,