‹ La chute de la royauté 10 août 1792Chapitre 14 sur 35 · PÉTION · texte numérisé non relu

PÉTION

On peut le dire sans crainte d'être démenti, dans

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cette nuit fatale où s'accomplit la passion de la royautéy Pétion cumula le rôle de Judas et celui de Ponce-Pilate. Gomme Judas il vint, au commencement de la soirée, donner le baiser de paix à Louis XVI en l'assurant de son dévouement ; comme le gouverneur romain, au lever de T aurore, il proclama l'impuissance dont il s'était frappé lui-même et se lava les mains de tout ce qui allait arriver.

Nos regards se détournent avec dégoût de cet indigne magistrat ^ ; reportons-les vers le Château, où d'héroïques mercenaires s'apprêtent à mourir pour obéir à leur serment.

Le régiment de la garde suisse était la seule force vraiment organisée dont il fut permis d'espérer des secours efficaces. Les ministres étaient parvenus à en garder la plus grande partie aux environs de Paris, malgré les dénonciations des clubs; trois cents hommes avaient été envoyés en Normandie pour protéger l'arrivage des grains vers la capitale

4. Les journalistes amis et complices de Pétion expliquèrent ainsi son inaction et sa captivité: « Le peuple, craignant que son magistrat chéri ne i)artageât ses dangers, voulaiil, si l'on peut s'exprimer ainsi, mettre en dépôt la loi et son organe le plus respecté, avait entouré M. Pétion d'une garde nombreuse et l'avait consigné chez lui. »

SI. Une lettre retrouvée par nous établit combien peu le roi et son ministre de la guerre s'étaient préoccupés de concentrer ^ dans la capitale les troupes étrangères, soit pour livrer bataille aux démagogues , soit simplement pour garantir les Tuileries d'une attaque facile à prévoir. Le 8 août, les Uejis cents gardes étaient à Mantes j le 9, ils recevaient du ministère l'ordre, non

LE iO AOUT 1702.

Dès le i août, sur un ordre expédié en toute hâte»

les Suisses étaient accourus de leurs casernes de Courbevoie et de Ruell » après y avoir enterré leurs drapeaux. Le Château n'ayant point été attaqué dans la nuit du 4 au 5, on les avait renvoyés, afin que leur présence ne servit point de prétexte aux dénonciations révolutionnaires. Mais le 8, vers dix heures du matin, Mandat les rappela pour le lendemain trois heures après midi, ils trouvèrent , en arrivant à la barrière, un ordre ainsi conçu : « Laissez passer les Suisses pour renforcer les postes des Tuileries. Pbtion. » Ils arrivèrent à l'heure prescrite. Ils étaient commandés par le lieutenant-colonel de Maillardoz (remplaçant le colonel d'Ailry, malade) et par les majors Bachmann et Zimniermann , soldats d'élite sous tous les rapports. Les Suisses étaient à peine

de rebroossdr chemin en toute bfttCi mais de continuer lear route dans la direction de Dieppe* Voici le texte môme de cette leUreî

<i Le ministre de la guerre à M, le commandant du déta* chement des gardes suisses à Mantes [Seine-et-Oise],

« Paris, 9 août 1792i

et J^ai rhoiinear de vous adresser un ordre du roi pour faire rendre à Dieppe le détachement du régiment des gardés suisses que vous commandez. Vous voudrez biën le faire meUre

à exécution. Lors(]uo cette troupe sera arrivée à Dieppe, elle recevra les ordres de M. de Liancourt, commandant la I5*" division militaire, pour ôlre répartie sur la côte et employée aux batteries dont l'armement est ordunné.

« D'Abancoort. »

neuf cent cinquante, et n'avaient pas plus de trente

cartouches par homme.

La gendarmerie à pied et à cheval était très-peu sûre, comme nous l'avons déjà dit; elle avait annoncé tout haut rintention formelle de ne tirer à aucun prix sur le peuple. Les détachements de la garde nationale qui se trouvaient dans l'intérieur du Château étaient composés des gardes montante et descendante; mais, d'après une décision récente de la municipalité, les divers bataillons étaient appelés à fournir chacun un certain nombre d'hommes. Ces détachements étaient donc sans consistance, ils n'avaient confiance ni en eux-mêmes ni en ceux qui les entouraient. Mandat, il est vrai, utilisant des réquisitions précédemment données pai' le maire de repousser la force par la force, avait appelé à lui seize bataillons. Ces seize bataillons formaient sur le papier un ensemble de dix mille hommes, mais il n'en vint pas la moitié, peut-être même pas le quart; et, parmi ceux qui se rendirent aux Tuileries, combien s'en trouvait-il qui fussent disposés à faire le sacrifice de leur vie pour assurer le triomphe de la légalité?

Pendant toute la nuit, des discussions très-vives et très-animées s'étaient élevées entre les volontaires des différents bataillons. On se surveillait, on s'épiait, on cherchait à surprendre dans les conversations, sur les physionomies, quelque indice qui désignât ceux sur lesquels chaque parti pouvait compter.

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Les canonniers parisiens étaient l'objet d'une sur-

veilLance particulière. Les généraux commandant le Château avûent posté de nombreuses sentinelles qui se promenaient le long des pièces placées en batterie vers le Carrousel ; car on soupçonnait ceux qui étaient chargés de les servir de vouloir, un peu plus tôt, un peu plus tard, faire cause commune avec les insurgés.

Dans la salle du conseil, où était rassemblée la famille royale, on avait discuté toute sorte de plans, mis en avant toute sorte de projets, mais sans rien décider. Plusieurs des assistants, notamment Rœderer et Dejoly, regardaient comme insensée toute idée de résistance. Ils proposent au roi d'écrire à TAssemblée législative, pour lui demander aide et assistance. Mais on objecte qu*une pareille démarche est indigne de la majesté royale et qu'on doit se borner à envoyer deux ministres faire connaître au corps législatif le véritable état des choses. Dejoly et Champion de Villeneuve sont chargés de cette ' mission.

Pendant qu'Us l'accomplissent, on persuade au roi

que sa présence électrisera les citoyens armés, postés dans les cours et dans le jardin, et qu'il n'aura qu'à se montrer pour réunir toutes les volontés, pour rallier tous les cœurs. Louis XVI se décide à tenter cette démarche suprême, 11 parait au balcon qui donne sur le Carrousel ; des cris redoublés de : Vive le roi ! éclatent de toutes parts. Le roi annonce alors qu*il va se rendre en personne au milieu des braves soldats qui viennent de lui témoigner une enthousiaste fidélité* Des serviteurs dévoués veulent le suivre, il les arrête lui-même en disant : « Restez, messieurs, je ne veux être entouré que de la garde nationale. »

Accompagné de quelques oflSciers seulement, il commence la revue par les corps stationnés dans la cour royale ; on le reçoit d'abord avec une vive sympathie; mais bientôt des cris de : Vive la nation! se font entendre, en opposition aux cris de : Vive le roi l Certaines compagnies se taisent; en vain les officiers les iqvitent à saluer le souverain de leurs acclamations, elles répondent qu'il est défendu de parler sous les armes.

Louis XVI visite successivement tous les postes des cours qui touchent au Carrousel, puis il se dirige vers le jardin. Au moment où il y entre, défile devant lui un bataillon du faubourg Samt-Marceau, muni de toute espèce d'armes, poussant toute espèce de cris. Des expressions menaçantes sont proférées contre la cour, la reine et le roi lui-même. Louis XVI, avec le courage impassible dont il donna souvent des

m LE iO AOUT i79S.

preuves, laisse passer le bataillon, et, lorsqu'il a

pris sou poste, va lui-mèaie le visiter. Continuant sa tournée du côté de la terrasse du bord de l'eau , il se dirige vers le pont tournant. Mais les cris de : \ ive la nation I se multiplient, ceux de : Vive le roi I devicnnent plus rares, et l'on voit môme une douzaine d'individus, parmi lesquels cinq ou six canonniers, suivre le cortège en hurlant sans cesse : <( \ivent les sans-culottes i à bas le velol à bas le roi 1 »

Ces vociférations sont entendues au Ghftteau et retentissent au fond du cœur de la reine; les ministres qui sont restés auprès d'elle, Dubouchage et Bigot de Sainte-Croix, courent cliercher le roi, et le ramènent à sa famille éplorée. En le voyant rentrer défait et abattu, la reine dit tout bas à M'"*' Campan : « Tout est perdu , cette revue a fait plus de mal que de bien ! »

En ce moment, on apprend les premiers événements de rilotel de Ville, la mise en marche da l'attroupement. La porte de l'orangerie, donnant accès au jardin des Tuileries, vient d'être ouverte; le jardin se remplit de bataillons dont les intentions sont douteuses, si ce n*est déjà hostiles. Sur la place du Carrousel commence à s'entasser une foule compacte d'émeutiers.

Voyant approcher le moment de la lutte, les officiers municipaux et départementaux tiennent conseil, et, fermes dans leur devoir, ils décident qu'on ne doit, qu'on ne peut pas attaquer, mais qu'il faut

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donner aux gardes nationaux, aux gendarmes, aux

Suisses, préposés à la garde du Château, l'ordre de se maintenir à leur poste, et, s'ils sont attaqués, de repousser la force par la force

Philibert Borie et J.-J. Leroux, représentants de la municipalité, auxquels incombait le soin d'accomplir les formalités légales, font venir le commandant général en second dans le grand corps de garde du rez- de -chaussée, et lui remettent un ordre ainsi conçu :

ic Nous, officiers municipaux , requérons, en vertu de la loi contre les attroupements, donnée à Paris le 8 août 1701, M. de La Chesnaye, chef de légion, commandant général de la garde nationale, de prêter le secours des troupes de ligne et de la gendarmerie nationale ou de la garde nationale, nécessaire pour repousser Tattroupement qui menace le Château, et de repousser la force par la force. »

Puis, accompagnés de cet oûicier, les deux municipaux se portent dans la cour des Princes, sous le vestibule, sm* les terrasses du jardin, où les Suisses et les gardes nationaux sont rassemblés, pour leur lire l'ordre donné. Le procureur -général -syndic RcBderer, à la tête de ceux des membres du conseil du département qui sont présents, remplit le même devoir dans d'autres parties du palais. Gomme tou-

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