‹ La chute de la royauté 10 août 1792Chapitre 15 sur 35 · Procôs-verbal de J.-J. Leroux · texte numérisé non relu

Procôs-verbal de J.-J. Leroux

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jours, en pareille circonstance, les braves s'affermissent dans.Ie devoir et se taisent, les pusillanimes et les traîtres font entendre leurs voix. — u Mous ne pouvons tirer sur nos frères, disent beaucoup de gardes nationaux et surtout les canonniers. — Ce ne sont plus vos frères s'ils tirent sur vous, répond le procureur-général- syndic. — Mais si l'on tire sur nous, serez-vous là? — Oui, et non derrière vos pièces, mais devant. » Pour toute réponse, l'interlocuteur de Rœderer retire la charge de son canoti, la jette à terre et pose le pied sur la mèche allumée. Un autre dit aux municipaux, quand ceux-ci remettent les réquisitions aux commandants des canonniers et des Suisses : a 11 faudrait savoir en définitive ce que veulent les citoyens qui se trouvent sur la place du Carrousel et qui frappent dans ce moment à la porte royale ; il faut leur donner lecture de ce que vous venez de nous lire ; et si après ils nous attaquent, eh bien, nous nous défendrons ! »

Les représentants de la loi se dirigent vers le guichet de la porte royale et veulent parlementer avec les émeutiers. Ils leur adressent les plus pathétiques msds les plus inutiles leçons sur le respect du à. la légalité. La foule répond par des cris confus : « Kous voulons l'entrée du Château I il est rempli de traîv très ! la déchéance du roi ! la suppression du lyeto ! : qu'on nous remette le roi et sa famille I nous ne voulons leur faire aucun mal... n J.-J. Leroux entame une harangue par une des fenêtres du corps de

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garde; mais des injures, des menaces, qui peuvent d*an instant à Tautre être suivies d'eflet, le forcent à rentrer dans la cour, sans qu'il ait pu réussir à calmer la populace. Rœderer est un peu plus écouté, mais ne réussit pas mieux. Des coups redoublés continuent à ébranler la porte royale. Déjà les gardes nationaux du dedans semblent éciianger des gestes et des paroles d'intelligence avec les émeutiers du dehors; ils ont pour intermédiaires une vingtaine d'individus qui ont réussi, sans que les factionnaires s'y soient opposés, à se mettre à cheval sur le mur. Rœderer voit qu'il perd son temps à parlementer ; il interrompt sa harangue, et revient en toute hâte vers le Château pour adjurer Louis XVI de prendre le seul parti qui, suivant lui, soit encore possible: celui de se réfugier dans le sein de l'Assemblée.

Si l'on ne voulait ou si l'on ne pouvait user de la force, il n'y avait pas d'autre moyen de garantir la sâreté du roi que de le faire sortir du Château. La retraite hors de Paris, peut-être possible pendant la nuit, ne l'était plus le matin.

Le municipal J.-J. Leroux avait devancé Rœderer

auprès de Louis XVI et de la famille royale et les avait avertis de ce qui se passait. La reine paraissait

résolue à attendre de pied ferme Tattaque à main armée:

« Mais, madame, s'écrie Leroux, avez-vous réfléchi qu'en cas d'assaut il est impossible de répondre des jours du roi et de votre famille? Le seul parti à prendre est de se réfugier dans le sein de l'Assemblée nationale ; et c'est à l'instant môme qu'il faut partir.

— Vous le croyez î dit le roi.

— Oui, sire; dire le contraire à Votre Majesté ce serait la trahir.

— Nous retirer à l'Assemblée nationale ! s'écrie la reine; mais pensez-vous, monsieur, qu'il n'y ait point d'inconvénients?

— Non, madame ; l'Assemblée est la seule chose que, dans ce moment, le peuple respecte*. »

Sur ces entrefaites, arrive Rœderer. Il renouvelle oflTiciellement au roi la môme proposition, au nom du corps constitué qui, dans les derniers temps, lui a donné de véritables témoignages de sympathie :

c( Sire, l'opinion du département est que Voti*e Majesté doit se rendre immédiatement dans le sein du corps législatif. »

Le roi hésite, la reine encore plus ; ils paraissent vouloir se lier à la force armée, dont ils voient le palais environné.

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