La place que la nouvelle si importante doooée par Borie
de la garde nationale^ ajoute : « Je suis chargé en ce moment de la garde du Château, les portes en sont forcées, je demande que l'Assemblée m'indique la marche que je dois tenir; il y a des citoyens qui sont là près d'être égorgés. »
— « Puisque la municipalité est sans force, puisque le département est sans force et que toutes les autorités constituées sont réunies dans TAçsemblée nationale, je demande, dit Lamarque , que l'Assemblée nationale nomme dix membres qui s'exposeront aux
occupe dans le procès-verbal de TAssemblée permet de préciser parfaitement Tintervalle de temps qui s'est écoulé entre le premier envahissement des cours du Château et le commencement de la lutte.
Il est hors de doute que plus de trois quarts d'heure s'écoulèrent entre le moment où les portes duniiant sur le ('arrousol furent forcées (suivant l'expression de Borie), et celui où les Suisses, ne pouvant plus résister autrement aux agressions des émeutiers, se virent contraints de faire usage de leurs armes.
11 fallut un quart d'heure au moins aux insurgés et aux canonniers, devenus leurs alliés, pour &ire sortir les pièces des cours intérieures, les braquer contre le Château; il fallut au messager, en le supposant aussi zélé et aussi prompt que possible, un quart d'heure pour aller du Cliàte.ni à la salle du Manège, pénétrer, au milieu de la foule conifuicte (pii encombrait les abords de cette salle, jusqu'à Rœderer et à Borio; enfin, d'après les incidents relatés au procès-verbal, il s'écoula au moins encore un quart d'heure entre l'annonce de la nouyelle donnée par Borie et les premiers coups de feu qui commencèrent la lutte.
1. Cet oi&cier était très-probablement La Chesnaye, à qui Mandat, en partant, avait laissé le commandement des Tuileries, et qui avait accompagné le roi è la salle du Hanége.
premiers Qoups, si on en porte. Je sollicite riionaeur d'être le premier de ces membres. » — « Je propose cette rédaction, interrompt Lejosne : « L'Assemblée « met sous la sauvegarde du peuple de Paris la sûreté M des personnes et des propriétés. Elle charge vingt a de ses membres de se transporter dans les lieux « du rassemblement pour y arrêter le désordre. »
Le décret est immédiatement adopté, et le président nomme la députation , qui sort de la salle sous la conduite de Lamarque et de Carnot. Sur la motion de Guadet, une députation spéciale est envoyée à rHôtel de Ville , avec les pouvoirs nécessaires pour faire mettre le commandant général Mandat en liberté*, et, si elle ne le peut, pour déléguer le commandement à un de ses membres. Thuriot propose que les commissaires soient, de plus, autorisés à mettre en rapport a avec tous ceux entre les mains desquels pourra résider, soit légalement, soit illégalement, une autorité quelconque et la confiance pu* blique au moins apparente. »
Ces deux députations étaient sorties depuis quelques minutes, lorsque tout à coup le bruit de la fusillade se fait entendre, celui du canon lui succède; l'agitation, le trouble, la consternation s'emparent de TAsseoiblée ^ Vergniaud, qui préside depuis plus
I. Dans ce moment (dix heures et demie), Mandat avait déjà été tué; mais l'Asseniblée le croyait encore seulement en éiat d'arrestation.
%, Nous nous servons des expressions du Mwiileur,
de trois heures» et dont on réclame le concours dans
le sein de la commission extraordinaire, cède le fauteuil à Guadet. «Je demande le silence, dit celui-ci, en prenant possession du fauteuil, je le demande au nom de la patrie Du calme 1 vous êtes à votre poste. »
A ce moment Lamarque revient avec la députation qu'il s'était chargé de conduire, et rapporte qu'au bout de la cour du Manège, les commissaires ont été dispersés par la foule et qu'ils ont cru devoir revenir au sein de l'Assemblée. Ainsi avorte misérablement cette tentative de conciliation annoncéé si pompeusement un instant auparavant.
Le tocsin, dont le son lugubre ne s'est pas fait entendre depuis pinceurs heures, est sonné à toute volée aux églises qui avoisinent le Château et l'Assemblée; des feux de peloton éclatent jusque sous les fenêtres de la salle du Manège ; quelques députés se lèvent comme pour sortir, leurs collègues leur crient: « C'est ici que nous devons mourir 1 »
Le président annonce que la décharge si rapprochée que l'on vient d'entendi'e, a été faite par les Suisses qui ont accompagné le roi et qui ont tiré en l'air. (( Ils se retirent les armes sous le bras, )> ajoute Lacroix. Le ministre de la marine, Dubouchage, paratt à la barre : « Je viens, dit-il, de donner, au nom du roi, l'ordre aux Suisses de retourner dans leurs casernes; il leur est expressément défendu de se servir de leurs armes ; je prie l'Assemblée de les faire ac-
m LE 10 AOUT 1792.
compagnerpar des officiers publics pour les protéger, dans leur retraite. » Sur-le-champ il est décidé que les municipaux présents à la séance reconduiront les Siuises. £d effet, ainsi que Dubouchage venait de l'annoncer, dès que le bruit de la fusillade s était fait entendre, Louis XVI avait expédié aux Tuileries, par un fidèle serviteui' qui se trouvait à ses côtés, M. d'Hervilly, un ordre écrit à la hâte au crayon ; cet ordre portait que les Suisses eussent à cesser le feu , à évacuer le Château et à rentrer dans leurs casernes. D'Hervilly, en passant devant les hommes de l'escorte, le leur avait communiqué, et ceux-ci s'étaient empressés de décharger leurs armes, comme venaient de le dire Guadet et Lacroix.
De pareilles communications auraient dû ramener le calme parmi les représentants du peuple. Au contraire, vingt propositions s'entre-croisent, aucune n'aboutit; on se figure agir, et l'on n'agit pas. Sur la lettre de Pétion, annonçant qu'il est consigné, on ordonne par décret, « aux citoyens, an nom de la loi y de laisser paraître aux yeux du peuple le magistrat que le peuple chérit. » Oa propose de nommer un commandant général de la garde nationale; mais, s' arrêtant toujours à des obstacles puérils, à des chicanes soi-* disant constitutionnelles, on évite de le faire parce que, disent Thuriot et Garnot le jeune, il a dû être déjà procédé à cette élection par la Commune légale ou insurrectionnelle.
L'Assemblée avait sanctionné V usurpation des com-
missaires des sectious en n'osant pas les briser une heure auparavant; maintenant elle confirme^ par un assentiment tacite, la nomination de Santerre» le chef des insurgés, et en conséquence l'insurrectiKm elle-même. Par le fait, elle a dans ses mains Tautoritë entière, puisque le pouvoir exécutif est là , devant elle, son otage et même son prisonnier ; au lieu de commander, elle prie, s'efface et croit avoh* rempli tous ses devoirs lorsqu'elle a invité , par un décret, les citoyens à respecter les droits de l'homme !