PÉTION
Lafond-Ladebat présidait. Malgré les rumeurs qui accusent Pétion d'être le complice des émeutiers, il est obligé de se rendre à tant d'impudence et il exprime avec bonne foi la sanction de 1' ^semblée nationale pour la manière dont le maire de Paris a compris et rempli son devoir. Cette scène de haute comédie se termine par des applaudissements cpie la gauche et les ti^ibunes prodiguent à l'envi au a vertueux magistrat. »
LE 10 AODT 1792
Depuis quelque temps les cbeis de la municipalité parisienne, Pétion et Manuel, secrètement d'accord avec les conspirateurs du Soleil d'or et du club des Jacobins, se préoccupaient tout particulièrement de régulariser l'action jusqu'alors tumultueuse et désordonnée des sections; régulariser cette force, c'était en décupler la puissance.
La loi interdisait aux corps constitués de faire des adresses et des pétitions collectives; mais les sections parisiennes n'étaient pas, dans le sens légal du mot, des corps constitués, puisqu'elles n'avaient pas une autorité définie et des attributions spéciales. C'est pourquoi, au grand regret des meneurs jacobins, elles n'avaient pu, au moment de la proclamation de la patrie en danger, se mettre en permanence comme tous les autres corps auxquels s'appliquait le décret du 12 juillet.
Il fallait donc arriver à constituer de fait cette permanence, et cependant ne pas perdre le privilège que les sections avaient su tirer du silence de la loi : celui de faire à tout propos des adresses et des pétitions collectives.
Le 17 juillet, un arrêté municipal établit un bureau central de correspondance entre les quaranle-huU sections de Paris, Ce bureau avait pour mission « de rendre entre les sections les communications actives et rapides ; » il tenait ses séances à l'Hôtel de Ville et était placé sous la direction et la surveillance immédiate du procureur de la Commune. Quarante-huit commissaires y devaient passer Journellement pour communiquer les arrêtés pris dans chacune de leurs sections et recevoir communication des airètés pris dans les autres. '
Grâce à ce bureau de correspondance» des adiesses nouvelles étaient chaque jour rédigées, des motions ultra-révolutionnaires proposées, propagées, adoptées. Bientôt, ici et là, on déclara que la royauté avait fait son temps, le mot de déchéance fut prononcé. La municipalité eut l'audace de mettre cette question à Tordre du jour de toutes les sections à la fois et de les inviter à nommer des commissaires pour rédiger une adresse destinée à éUe apportée eu grande pompe à la barre de l'Assemblée nationale.
Ainsi la Commune légale prêtait la main à la formation d'une autorité que la loi ne reconnaissait pas. Ainsi, un pouvoir nouveau, sans règle, sans responsabilité, sans garantie, allait se poser, de son autorité privée, à coté de celui que la loi avait institué pour représenter la commune. Des commissaires, dont r élection n'était entourée d'aucune formalité, dont les pouvoirs n'étaient pas toujours
inscrits sur les registres, mais souvent libellés sur un chiffon de papier en l'absence du plus grand nombre des citoyens actifs de la section, enfin dont les attributions indéterminées pouvaient se prêter à la plus large extension, se réunissaient à T Hôtel de Ville, délibéraient -avec toutes les formes d'une assemblée régulière (président, secrétaire et procès-verbal), prenaient des décisions et s'arrogeaient le droit de palier au nom de la population parisienne.
La commune insurrectionnelle du 10 août était toute trouvée. Les commissaires des sections n'eurent plus, au jour choisi par les conspirateurs, qu'à venir s'emparer violemment de la salle où siégeait le conseil général de la Commune, et à dissoudre ce cor[)s, qui leur avait ouvert lui-même les portes de l'Uotel de Ville, les avait installés près de lui, leur avait, pour ainsi dire, reconnu le droit de parler et d'écrire en son lieu et place. Pourquoi des individus sans titre et sans mandat n'auraient-ils pas mis en action, vis-à-vis de ces municipaux si bénévoles, la fable de la Lice et su compugiie? Cette fable n'est-elle pas de tous les temps et de tous les régimes?