‹ La chute de la royauté 10 août 1792Chapitre 8 sur 35 · Logographe, p. 79, vol. XXVI · texte numérisé non relu

Logographe, p. 79, vol. XXVI

Tout à coup se produit une autre scène, qui doune une idée de rémotion fiévreuse qu'une multitude de bruits absurdes entretenaient dans la population parisienne.

Une foule d'hommes et de femmes envahit la barre, criant : a On empoisonne nos frères! vengeance! vengeance 1 » La réouverture de la séance est réclamée ; mais, parmi les députés qui étaient encore présents, il n'y en avait aucun qui eût le droit légal de présider Les pétitionnaires vomissent mille injures contre les traîtres qui refusent de les entendre; la gauche elle-même, par Torgane de Lasource, est obligée de les rappeler au calme. Enfin un ex-président, Vergniaud, parait, et les pétitionnaires peuvent dénoncer avec des frémissements, des hurlements de rage, le crime horrible commis à Soissons contre les fédérés. Leur indignation éclate par phrases entrecoupées : « On a mis du verre dans le pain des volontaires, On a voulu empoisonner nos défenseurs, nos amis, nos frères, nos pères, nos enfants. Les uns sont morts, les autres sont malades dans les hôpitaux. Il n'y a que les aristocrates qui aient pu commettre un crime aussi effroyable. Qu'ils se déclarent donc, les lâches homicides, et nous les combattrons! Ah! si nous n'avions pas eu tant de patience! si, dès le commencement de la révolution, nous les avions

4 . Les anciens présidents étaient seuls revêtus du droit de remplacer, en cas d'absence, le président en exercice.

exteniiinés jusqu'au dernier, la révolution serait achevée et la patrie ne serait pas en danger. Mais vous, représentants du peuple, vous en qui seuls nous pouvons encore avoir confiance, nous abandonnerez-YOus ?... Si nous ne comptions pas sur vous, nous ne répondrions pas des excès auxquels notre désespoir pourrait nous porter... C'est à vous que nous demandons vengeance, et nous l'attendons de

vous. »

« Oui, oui, vous l'aurez, » s'écrie la Montagne.

Le président répond : « Citoyens, l'Assemblée partage votre douleur; les expressions de votre désespoir ont été jusqu'à son cœur. » Il rappelle que des commissaires, sur le patriotisme desquels on peut compter, ont été envoyés à Soissons, et annonce que la délibération, ne pouvant être valable à cause de rinsuffisance du nombre des députés présents, sera reprise le lendemain, u Le crime est atroce, reprend Thuriot, il faut que la vengeance soit prompte. Je demande que Ton envoie sur-le-champ un courrier à nos trois commissaires, pour avoir une connaissance précise du fait. »

Cette motion adoptée, Vergniaud lève la séance, et la foule s'écoule en faisant entendre d horribles menaces.

Le lendemain, une lettre des commissaires de l'Assemblée donnait, sur le fameux empoisonnement, les plus minutieux détails. « Si du verre s'est, en effet, trouvé dans le pain des fédérés, la malveillance

y est restée complètement étrangère. La manutention avait été établie par négligence dans un des bas côtés d*une vieille église; des enfants s'étaient amusés à jeter des pierres dans les vitraux, et des débris de verre étaient tombés dans le pain saps que les boulangers s en fussent aperçus. Du reste, Taccident n'avait pas eu de suites. Le pain avait été jeté avant le repas des fédérés, et aucun de ceux-ci n'avait éprouvé le moindre mal. »

Lasource, qui la veille avait été le premier à demander vengeance de Tattentat imaginaire, profita de l'occasion pour déclamer une fois de plus a contre ceux qui agitaient le peuple, et cherchaient à exciter un mouvement que la cour désirait depuis longtemps. » C'était, il faut en convenir, se retourner avec habileté. L'incident n'eut naturellement aucune suite, et l'enquête ordonnée pour rechercher les auteurs de ces faux bruits n'aboutit pas.

Tout était trouble, anarchie, confusion dans l'Assemblée, à Paris, dans la France entière. Des désordres graves éclataient de toutes parts. Les provinces ^ de l'Ouest s'agitaient sous la double menace de la

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proscription de leurs prêtres et de la réquisition de

leurs enfants.

En ce momeot, parut le fameux manifeste du duc

de Brunswick. Cet acte était intitulé :

a Déclaration de S. A. S. le duc régnant de Bruns^ u wick-Liinebourg y commandant des années co77ibiu nées de LL. MM. t empereur et le roi de Prusse^ (( adressée aux /labitants de la France, »

Si ce manifeste s* était borné à exposer les griefs que la Confédération germanique croyait avoir contre la France : les droits des princes en Alsace et en Lorraine méconnus, certaines possessions de l'empire menacées, les provinces belgiques envahies, il eût ressemblé à tous les manifestes de guerre. Mais le généralissime des armées royales et impériales s'arrogeait le droit dMntervenîr dans les affaires intérieures de la nation française, et déterminait ainsi le but que se proposaient les rois coalisés : « Faire cesser Tanarcbie en France, arrêter les attaques portées contre le trône et Tautel , rétablir le pouvoir légal , rendre au roi la sûreté et la liberté dont il était privé et le mettre en état d*éxercer l'autorité lé^time qui lui était due. » En conséquence, l'empereur et le roi de Prusse ordonnaient aux populations françaises de u retourner sans délai aux voies de la raison et de la justice, de l'ordre et de la paix ; » et, par l'organe de leur général en chef, déclaraient ; « 1" ne point faire la guerre pour conquérir; 2^ vouloir uniquement délivrer le roi, la reine et leurs parents captifs.

et mettre Sa Majesté très-chrétienne à même de travailler à son gré au bonheur de ses sujets ; 3*" assurer la protection des armées combinées à tous ceux qui se saumellraient au roi y à"^ traiter eu ennemis et punir comme rebelles à leur roi^ comme perturbateurs du repos publicy ceux des gardes nationaux qui auraient combattu contre les troupes des deux cours alliées et qui seraient pris les armes à la main ; 69 exiger la soumission immédiate des généraux, officiers, sous-officiers et soldats; 6° rendre les membres des départements, districts et municipalités, responsables, sur leurs têtes et sur leurs biens, de tous les délits qu'ils laisseraient commettre ou ne se seraient pas notoirement efforcés d'empêcher; 7® punir dans leurs personnes, selon les lois de la guerre, jusqu'à la destruction par le fer et le feu de leurs maisons, les habitants des villes^ bourgs et villages qui oseraient se défendre} 8° coiimiaiider à la ville de Paris de se soumettre sur-le-champ et sans délai au roi...; rendre personnellement responsables de tous les événements, sur leurs têtes, pour être jugés militairement sans espoir de pardon, tous les membres de l'Assemblée nationale, du département, du district, de la municipalité et de la garde nationale de Paris, ét tous autres qu'il appartiendrait ; jurant, en outre, sur leur foi et parole cVemiJcreiir et de roiy que si le château des .Tuileries était forcé ou insulté, que s'il était fait la moindre violence ^ le inoindre outrage à LL. MM. le roi, la reine et la famille royale.

s'il n'était pas pourvu immédiatement à leur sûreté,

elles en tireraient une vengeance exemplaire et à jamais mémorable^ en livrant la ville de Paris à une exécution mililaire et à uue subversion totale. »

Le duc de Brunswick refusa, dit-on, pendant plusieurs jours, de mettre son nom au bas de cet insigne monument de folie ^ Il sentait bien que cette déclaration de guerre à mort contre la Révolution française, écrite sous la dictée des émigrés, pouvait hâter le renversement de ce trône pour la défense duquel TEurope se levait en armes, et devait fournir un terrible argument aux implacables accusateurs qui plus tard envoyèrent Louis XVI, puis Marie-Antoinette à Téchafaud.

4 . L'un des plus fermes défenseurs de la monarchie constitutionnelle, Fun des plus courageux orateurs de la droite à l'Assemblée législative, Mathieu Dumas, a nommé le manifeste

du duc de Brunswick or facte le plus impoli lique que l'orgueil et i'ii^norance aient jtimais dicté, véritable fratricide des [)rinces français émigrés envers Louis XVI et Sii famille. » ('ar, ajoutet-il, (( dans l'état de fermentation où était toute la France, et surtout la capitale, après la déclaration de guerre, faire un appel à la minorité ennemie de la révolution, la considérer comme la partie saine de la nation , se présenter comme auxiliaires dans la guerre civile, c'était évidemment compromettre le roi, l'accuser de complicité, juslilier les calomnies que lo parti constitutionnel avait constamment démenties; enfin c'était faire surgir et appeler à la défense de la patrie tout ce qui portait un cœur français. » (Souvenirs, t. Il, p. 426-427.)

Le roi avait reçu, le 28 juillet, le premier exemplaire du manifeste (daté de Coblentz, le 25). Louis XVI hésita plusieurs jours sur la conduite qu'il tiendrait en des conjonctures aussi difficiles. Ënlin, le 3 août, il envoya à l'Assemblée législative un message dans lequel il lui donnait connaissance de Fécrit du duc de Brunswick, tout en émettant des doutes sur son authenticité; car la communication oflBciellé ne lui en avait pas encore été faite.

tt J'ai porté sur le trône des sentiments paciiiqueSy était-il dit dans ce message ; mes anciens ministres savent quels efforts j'ai faits pour éviter la guerre... Mais j'ai cédé à l'avis unanime de mon conseil, au vœu manifeste d'une grande partie de la nation et plusieurs fois exprimé par l'Assemblée nationale. La guerre déclarée, je n'ai négligé aucun moyen d'en assurer le succès. »

Ces premières phrases éveillent les colères de la gauche.

(( J'ai accepté la constitution; la majorité de la nation la désirait, j'ai vu qu'elle y plaçait son bonheur, et ce bonheur fait l'unique occupation de ma

ss

vie; depuis ce moment, je me suis fait une loi d'y

être fidèle... »

Nouvelles rumeurs.

« Jamais on ne me verra composer sur la gloire ou les intérêts de la nation, recevoir la loi des étrangers ou celle d'un parti... Je maintiendrai jusqu'à mon dernier soupir TindépeDdance nationale. •» »

L'Assemblée reste muette; elle reste muette encore en entendant parler des dangers personnels du roi, et aucune voix ne répond avec sympathie, lorsque le monaïque paraît implorer de l'amour de son peuple (c la plus légère marque de retour. »

Quelques membres de la droite réclamant l'impression et renvoi aux départements de la lettre royale, Lacroix, Ducos, Isaard se prononcent violemment pour le renvoi pur et simple à la commission extraordinaire.

a Qu'a fait le roi, s'écrie Isnard, pour arrêter le plan de contre -révolution qui couvre la France et se ramifie dans les cours étrangères? Rien. — Pour qui s'arment les cours? Pour lui. — Que nous demandent*elles ? De rétablir son autorité absolue, son despotisme. »

Le fougueux girondin énumère ensuite les griefs de la gauche : la coalition connue depuis un an et non dénoncée; aucune démarche pour nous procurer des alliés; la véritable force de nos armées dissimulée à la veille de la guerre ; puis, la guerre déclarée, l'armée manquant de tout; la levée des

troupes, Taxîhat et la fabrication des armes entravés; la désorganisation du camp de Soissons ; les plans militaires traîtreusement combinés; le Brabant abandonné, incendié même par nos troupes.

(t tnfin, s* écrie en terminant le représentant du yar, on dirait que le roi des Français venge par les flammes la cour de \ienne de l'insurrection belgique, et que le roi de Hongrie venge par le fer la cour des Tuileries de l'insurrecLion française.

« Voilà, messieurs, des faits qui contrastent entièrement avec la lettre du roi, et s'opposent à son impression. »

L'Assemblée est encore sous le poids de T émotion que vient de produire cette ardente philippique, quand, — comme par un coup de tbéàtre préparé d'avance, — apparaît à la barre le maire de Paris, suivi d'une nombreuse députation. Pétion est chargé de lire la pétition qui, depuis trois jours, s'élaborait à l'Hôtel de Ville, dans le sanhédrin démagogique présidé par Collot-d'Herbois, et composé des commissaires des quarante-huit sections munis de pouvoirs plus ou moins réguliers ^

4. Nous avons retrouvé le procès- verbal dressé par ces commissaires et revétn de lears signatures.

Dauton et llubespiei re y brillent par leur absence ; mais ils

Les pétitionnaires dénonçaient à l'Assemblée le chef du pouvoir exécutif, et demandaient sa déchéance* (( Le peuple a sans doute le droit d'être indigné contre lui, disaient-ils ; mais le langage de la colère ne convient pas aux hommes forts. Contraints par Louis XYI à Taccuser devant vous et devant la France entière, nous l'accuserons sans amertume comme

y sont représentés, le premier par ses amis, le boucher Le-

gendre et le poète Fabro d'Églanline ; le second par Lhuillier, le président de la seclion Mauconseil, l'un de ses partisans les plus zélés. On y voit figurer, pour la section du Luxembourg, •Pache, le futur ministre jacobin, alors le confident de Roland; pour celle des Lombards, J.-B. Louvet, autre intime du même cénacle; pour TOratoire, Hassenfratz, celui qui devait venir, le 2 juin 4793, demander, au nom du principe invoqué le *3 août 4792 par les girondins, la proscription de ceux-ci; pour la liihiiollièque, Collot-d'llerbois et Marie-Joseph Cliénier, que nous verrons désavoués dans un instant par leur propre section; pour les Gravilliers, Léonard Bourdon, alors maître d'école et qui devint l'un des proconsuls les plus sanguinaires de la Convention; pour le Jardin des Plantes, Henriot, le futur commandant général des sections armées ; pour la place Royale, Tallien, et, pour les Quinze-YingLs, Huguenin, les futurs secrétaire et [)résident de la commune insurrectionnelle. Le reste ne vaut pas l'honneur d'être nommé; ce n'était, suivant Ja belle expression de Corneille applicable aux conspirateurs de tous les temps, « qu'un tas d'hommes perdus de dettes et de crimes, » qui devaient figurer sous le règne de la Terreur comme jurés du tribunal révolutionnaire, membres du déparlement ou de la commune, administrateurs de toute espèce. Le personnel de ces jacoluns émérites n'était pas trèsnombreux. Au nom de leur patriotisme éprouvé, ils accaparaient toutes les places ; la guillotine seule éclaircissait de temps en temps leurs rangs.

sans ménagements pusillanimes. Les passions les

plus respectables doivent su taire quand il s'agit de sauver TÉtat. »

Suivait rénuraération des trahisons du monarque, des bienfaits dont la nation l'avait comblé et qui avaient tourné contre elle, des dangers intérieurs et extérieurs suscités par les royalistes.

(I Louis XYI a séparé ses intérêts de ceux de la nation, nous les séparons comme lui. Loin de s'être opposé par aucun acte formel aux ennemis du dehors et de rintérieur, sa conduite est un acte formel et perpétuel de désobéissance à la Constitution. Tant que nous aurons un roi semblable, la liberté ne peut s'affermir, et nous voulons demeurer libres. Par un reste indulgence j nous aurions désiré pouvoir vous demander la suspension de Louis XVI tant qu'existe le danger de la patrie; mais la Constitution s'y oppose. Louis XVI invoque sans cesse la Constitution ; nous l'invoquons à notie tour et nous demandons sa déchéance.

tt Cette grande mesuxe une fois portée, comme il est três-^uleux que la nation puisse avoir confiance en la dynastie actuelle, nous demandons que des ministres solidairement responsables, nommés par l'Assemblée nationale, uiais hors de son sein, suivant la loi constitutionnelle, nommés par le scrutin des hommes libres, à haute voix, exercent provisoirement le pouvoir exécutif, en attendant que la volonté du peuple, notre souverain et le votre, se soit large-

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nent prononcée dans une Convention nationale, aui'

sitôt que la sûreté de VEtat pourra le permettre. »

L'Assemblée avait entendu avec une certaine impatience Pétion et les délégués des sections lui donner des conseils ou plutôt des ordres. Elle renvoya donc leur adresse à la commission extraordinaire, sans discussion aucune» et leva la séance.

Cette manière de procéder ne plut que très-médiocrement aux jacobins. Le soir même, au club, m dénonça l'attiiude de TAssemblée comme une insulte faite à la Commune et aux pétiUonnwes.

Le mécontentement des révolutionnaires parisiens devint plus vif encore et leurs récriminations plus ardentes, lorsqu'ils apprirent que l'Assemblée venait de casser un arrêté de la section Mauconseii, qui, bien qu'elle eût, par ses commissaires, coopéré à la rédaction de l'adresse lue par Pétion, avait tenu à se signaler par un coup d'audace. Cet arrêté était ainsi conçu :

« Considérant qu'il est impossible de sauver la liberté par la Constitution..., qu'on ne peut reconnaître la Constitution comme l'expression de la vo-» lonté générale..., que Louis XVI a perdu la confiance de la nation...; la section déclare qu'elle ne reconnaît plus Louis XYI pour roi des Français; elle arrête que le dimanche prochain, ô adût, elle se portera tout entière à l'Assemblée nationale pour lui notifier cette déclaration, et que, selon ce que décidera l'Assemblée, elle agira, étant prête à s'ensevelir sous

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les ruines de k liberté plutôt que de souscrire au

despotisme;

a Arrête enfin qu'elle invita les quarante^sept autres sections et toutes les communes du département de Paris à adhérer à sa déclaration et à se réunir à elle, le 5 août, à onze heures du matin, pour la présenter au sein du corps législatif. »

Cet arrêté était accompagné d'une adresse à tous les dtoyens de Paris, dans laquelle les vers se mêlaient plus ou moins agréablement à la prose, car les révolutionnaires de cette époque avaient pour la poésie un culte tout particulier* Mais souvent quelle poésiel

c( Le devoir le plus saint, la loi la plus chérie, a Est d'oublier Ja loi pour sauver la patrie.

« Lnissons-nous tous pour prononcer la déchéance « de ce roi cruel; disons, d'un accord commun : « Louis AVI nest plus roi des Français.

(c Louis XVI est livré à la réprobation la plus avi- « lissante : toutes les parties de Tenipire le rejettent a avec indignation, mais aucune d'elles n'a suffîsam- « ment exprimé son opinion...

tt La section Mauconseil déclare donc à toutes les « parties du souverain.... qu'elle ne reconnaît plus a Louis XVI pour roi des Francis ; qu'elle abjure u le serment qu'elle a fait de lui être fidèle, comme « surpris à sa foi :

tt Le parjure est vertu quand on punit un crime.

<f Citoyens , imitez notre exemple : la tyrannie

tt s'écroule et la France est sauvée pour jamais.

« Le rendez-vous est boulevard de la Madeleine* « Saint-Honoré K »

Mauconseil avait envoyé des commissaires dans chacune des quarante-huit sections pour colporter son arrêté et recueillir des adhésions; mais ils furent généralement très -mal accueillis. Le Jardin des Plantes refusa de délibérer; Mirabeau fit de même; au Pont-Neuf, on nomma six commissaires « chargés de dénoncer à P accusateur public les fauteurs et adhérents de ces arrêtés qui tendaient à soulever le peuple contre les autorités constituées. » Diverses autres sections, notamment celles de l'Arsenal et de la Bibliothèque , élurent des délégués avec mission d'aller protester devant le corps législatif contre une entreprise aussi criminelle.

Dans la séance du h août au matin, l'arrêté Mauconseil fut dénoncé par plusieurs députés. Rouyer déclara que la faiblesse montrée jusqu'ici par l'Assemblée avait pu seule inspirer une pareille audace.

Ace moment survient une députation de la section des Gravilliers qui, sous prétexte de déposer un don

4. Ces deux pièces sont signées Lechenard, président, et Bergot, secrétaire.

Lechpnard était un maître tailleur de la rue Comtesse-d'Artois, aujourd liui Montorgueil , et Borgot un employé à la halle aux cuirs; ils Grent tous deux partie de ia fameuse commune de Paris pendant la Terreur, et périrent avec Robespierre, le 40 thermidor.

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patriotique, vient lire un discours, dans lequel on

deiiiandait la mise eu accusation du roi , et qui se terminait ainsi : — a Législateurs, nous vous laissons encore l'honneur de sauver la patrie ; mais, si vous refusez de la sauver, il faudra bien que nous prenions le parti de la sauver nous-mêmes. » — L'Assemblée, indignée, éclate en murmures et se trouve presque unanime pour adopter le décret que lui présente Vergniaud, au nom de la commission extraordinaire :

« L'Assemblée nationale, considérant que la souveraine té appartient à tout le peuple, et non à une section du peuple ; qu'il n'y aurait plus ni gouvernement ni constitution , qu'on serait livré à tous les désordres de l'anarchie et des discordes civiles, si chaque section isolée de l'empire pouvait délibérer qu'elle se dégage elle-même de telle partie de ses serments qui pourrait lui déplaire, et refuse obéissance à celles des lois ou à celles des autorités

constituées qu'elle ne voudrait plus reconnaître;

annule comme inconstitutionnelle la délibération ou arrêté de la section de Mauconseil , invite tous les citoyens à renfermer leur zèle dans les limites de la loi, et à se mettre en garde contre les intrigues de f ceux qui, par sa violation, cherchent à compromettre la tranquillité publique et la liberté elle-même. »

Les Quinze-Vingts avaient promis de soutenir par une démoQstratioa armée, fixée au 5 août, la déclaration de la déchéance du roi, faite par Mauconseil. Mais le &, dans la soirée , Osselin et quatre autres commissaires de la Commune vinrent lire à cette section une lettre, dans laquelle le maire adjurait les patriotes de ne se livrer à aucune éémardie inconsidérée, jusqu'à ce que l'Assemblée nationale se fût prononcée sur la pétition qu'il lui avait lui-même présentée au nom des quarante-huit sections de Paris.

Les révolutionnaires du faubourg Saint-Ântoine étaient, au fond, blessés de ce que ceux du centre de Paris eussent osé leur disputer un privilège qu'ils croyaient s'être acquis par trois ans de services démagogiques : celui de décréter toutes les émeutes. La section des Quinze-Vingts n'aurait évidemment pas fait le moindre cas des pacifiques conseils de la municipalité, s'ils avaient été donnés contre un de set propres arrêtés et non contre celui d'une rivale. Mais une occasion lui était offerte de prouver que, sans elle, rien ne se pouvait faire, et qu'elle seule était

capable d'entraîner ou de retenir à son gré les masses populaires; elle la saiiât avec eKipressement. Paraissant céder à la prière de Pétion , elle daigna déclarer tt qu'elle renonçait à. l'arrêté pris par elle la veille au soir pour le rassemblement du 5 , qu'elle patiert^ terait en paix et en surveillance jusqa'aa jeudi sui* vaut, onze besres du soir, pour attendre le prononcé de TAssemblée nationale; mais que, si justice et droit n'étaient pas faits an peuple par le corps législatif, une heure après, à minuit, le tocsin sonnerait, la générale serait battue, ei touê se lèveraient à la fois. »

Des commissaires furent envoyés au fauboui^g Saint-Marcel et aux Marseillais, afin de communiquer cette décision aux citoyens précédemment convoqués pour le 5. Quant au comité insurrectionnel, qui avait transporté successivement ses conciliabules au Soleil dor^ au Cadran bleu et chez Anthoine (de Mets), il ne mit aucune opposition à l'ajournement de l'insurrection ; Alexandre lui avait fait savoir que ses hommes hésitaient, et San terre était ou se disait malade ^

Le 6 était un dimanche. Gomme on ne savait pas encore si l'arrêté Mauconseil recevrait ou non un

4. Le procès-verbal de la section des Quinze- Vingts, en date du 6 août, porte ce qui suit : « Il a été arrêté que M. Santerre voudra bien faire constater légalennent et sur-le-champ la

maladie qui l'empêche de remplir les fonctions de sa place, pour le compte en être rondu à l'Assemblée ; elle a à cet eilet Dommé le citoyen Fournereau , pour lui porter la lettre. ^ Les démagogues les plus fougueux étaient ainsi mis en snrveillaDce par leurs soupçonneux complices.

commencement d'exécution, comme de très-grandes

craintes étaient entretenues au sujet du départ que l'on accusait le roi de projeter, une foule considérable, cuiieuse et agitée, se porta, dès le matin et durant la journée entière, dans les environs des Tuileries. Au milieu d'elle circulaient des volontaires venant surveiller le Château, des artilleurs traînant leurs pièces, des Marseillais se préparant par des promenades militaires à la prochaine bataille * .

L'Assemblée, qui consacrait ses séances du dimanche aux pétitions et aux pétitionnaires, venait d'entendre la lecture de nombreuses adresses où Ton demandait la déchéance et même le jugement du roi, lorsque tout à coup des citoyens de la section de la Bibliothèque se présentent à la barre, désavouant au nom de cette section l'adresse présentée deux jours avant par Pétion.

Ce discours, naturellement très-bien accueilli par la droite , soulève de la part des tribunes et de la gauche un effroyable tumulte. Brissot se hâte de déclarer qu'il appartient à la section de la Bibliothèque, et qu'il peut mieux que personne donner des expli-

1. Ces derniers étaient allés la veille à l'Hôtel de Ville demander des cartouches à balle. Panis, administrateur de police,

leur en fît distribuer cinq mille , malgré les ordres formels du

diroctoire du département, qui avait défendu toute délivrance de poudre sans sa participation. (Voir la Chronique des cinquatUe jours, p. 3â4, et le discours de Paniâ du %^ septembre 4792.)

cations sur sa composition , ses tendances , ses aspirations. <( Elle est divisée en deux parties : une» respectable, qui offre un grand nombre de patriotes, de ces hommes que Ton dénigre sous le nom de mnsadottes^Ymire, gangrenée, composée de financiers, d'agents de change, d'agioteurs. C'est de ce dernier foyer de contre-révolution de la rue Viyienne qu'est sortie la réclamation qui vient d'exciter tant de tumulte; du reste, les commissaires que Ton a accusés d'avoir usurpé les pouvoirs de la section sont présents et demandent à être admis à la . barre pour démentir cette inculpation. »

Aussitôt se présentent les quatre commissaires sans-culottes de la section de la Bibliothèque ; parmi eux étaient CoUot-d'Herbois et Marie-Joseph Ghénier.

Collot était alors très-influent parmi les démagogues parisiens. Avec son Almanach du père Gérard, il s'était acquis une grande renoaimée de bonliomie vertueuse et d'éloquence populaire; il avait présidé les réunions de l'Hôtel de Ville où s'était élaborée la fameuse adresse. 11 avait donc tous les titres possibles pour prendre le pas sur le poëte qui, dans le but de plaire à la plèbe, se laissait subaltemiser par un vil histrion, digne tout au plus de figurer sur les tréteaux de la foire Saint-Germain.

Collot, dans un très-long discours, demande la publicité des délibérations des sections , vante son esprit de conciliation et se plaint d'avoir été en butte à toutes sortes d'outrages de la part d'hommes qui

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dédaignent ordinairement d'assister aux séances. « On

nous a contesté nos pouvoirs, s écrie-t-il; s'ils ne se retrouvent pas dans les archives t c'est qu'on les a

soustraits. »

La gauche obtient que cette accusation soit prise

en considération , et que la pétition de Gollot et de ses acolytes soit renvoyée au comité de surveillance, aiia qu'on instruise contre ceux qui ont soustrait les pouvoirs de Thonorable CoUot-d'Herbois I

Il était dit que, ce jour-là, les contrastes les plus frappants se produiraient dans le sein de l'Assemblée • A GoUot-d'IIerbois et à ses amis succède une députalion de la section de l'Arsenal. Elle est conduite par un des plus illustres citoyens de Paris, un homme qui honorait le nom' français dans le monde entier, et dont la mort devait être, deux ans plus tard , une honte étemelle pour les prescripteurs de 1793, — Lavoisler. L'illustre savant lit, d'une voix calme et grave, une délibération de sa section vouant au mépris public l'adresse des sections parisiennes , « qui avilit, dégrade et paralyse un pouvoir constitué... » Il dénonce hautement les manœuvres « des factieux qui cbercheat à tromper l'Assemblée en lui présentant comme le langage d*nne immense population ce qui n*est que le caprice d'une poignée de citoyens. »

L'orateur est plus d'une fois interrompu par les murmures des spectateurs; plusieurs de ces femmes qui, depuis quelque temps, par ordre des jacobins, assiégeaient les tribunes et y occasionnaient des tu*

multes et des désordres coatinuels, se metteot à tourna en dérision le ton de l'orateur. Les trica^ iemes de la Législative préludaient déjà aux exploits qui les illustrèrent pendant la Convention ; elles ne respectaient pas plus le génie qu elles ne respectèrent plus tard Finnocence et la faiblesse.

Cependant, sur la motion de Lejosne, ces femmes sont rappelées à l'ordre, et les pétitionnaires obtien* nent les honneurs de la séance.

Peu d'instants après, entre une députation de Mauconseil. La section va-t-elle s'incliner devant la loi, faire amende honorable de son arrêté? Non; elle vient, au contraire, le relire audacieusement à la face de l'Assemblée qui Ta frappé d'un blâme formel; elle vient déclarer solennellement aux représentants de la nation qu'elle persiste à braver leurs décrets et à fouler aux pieds la Constitution.

L'indignation se manifeste avec énergie sur près* que tous les bancs. Le président répond ;

« Je vous rappelle à la Constitution, au respect que vous devez à la loi. Je vais consulter l'Assemblée, pour savoir si vous serez admis aux honneurs de la séance. »

Au moment du vote, un des pétitionnaires annonce

qu'ils ont amené avec eux les délégués des sections qui approuvent l'arrêté Mauconseil, et demande pour ses compagnons l'autorisation de défiler devant les représentants du peuple. Mais, malgré les réclamations de la gauche, l'Assemblée refuse d'autoriser le défilé

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et décide que viogt délégués seulement seront admis, tandis que le nombreux cortège qui les accompagne restera à la porte. Ausisltùt après, la séance est levée, et TAssemblée, toute fière du vote qu'elle vient d* émettre, se sépare, croyant avoir fait preuve d'un grand courage.

Le décret qui avait déclaré la patrie en danger avsdt en même temps ordonné à toutes les autorités constituées de siéger en permanence. Les sections parisiennes n'étaient pas, à proprement parler, des autorités constituées; elles ne pouvaient donc pas être comprises dans le décret du 7 juillet; mais, la gauche ayant fait valoir les dangers de la patrie et le besoin d'activer les enrôlements à recevoir dans chacune des sections, leur permanence fut autorisée par un décret spécial.

Cette mesure devait être et fut effectivement le signal de la plus affreuse anarchie.

Les séances des sections se tenaient d'ordinaire le soir, et souvent se prolongeaient fort avant dans la nuit. Les affidés des jacobins, en jetant à travers chaque discussion une multitude de motions incidentes, éloignaient les citoyens paisibles par Tennui,

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le dégoût et même la terreur. On craignait de s'attarder daos les rues, qui étaient peu sûres, on ne voulait pas inquiéter sa famille ; car, à cette époque déjà, les soupçons, les défiances, les rixes ménagées d'avance, occasionnaient de fréquentes arrestations; si l'on se rendait à sa section, l'on n'y venait qu'un instant faire acte de présence. De là, nulle entente, point de cohésion ni de force de résistance parmi les gens paisibles; les agitateurs, seuls assidus et toujours organisés, avaient beau jeu pour enlever le vote des motions les plus extravagantes.

Ce fut bien pis encore lorsque les salles de délibération restèrent légalement ouvertes jour et nuit. Les démagogues trouvaient sans peine, même lorsqu'ils étaient réellement en infime minorité, l'heure favorable pour compromettre la section entière par l'adoption de propositions que la majorité eût certainement repoussées. Souvent il n'était fait aucune mention des débats dans le registre des procès-verbaux, et les nominations des commissaires étaient simplement certifiées sur des feuilles volantes, revêtues de la signature d'un président ou d'un secrétaire improvisé.

La loi qui réglait la tenue des assemblées de section n'en avait pas autorisé la publicité , mais plusieurs des sections qui s étaient jetées dans le mouvement révolutionnaire l'avaient décrétée de leur pleine autorité. Bientôt celles où la majorité se réfusait à admettre les spectateurs furent troublées par

les réclamations incessantes d'une minorité factieuse et par les vociférations des émeatiers attipapés au dehors.

Chaque soir, des hommes sans feu ni lieu, à la solde permanente des Jacobins, des femmes et jusqu'à des enfants, envahissaient les tribunes des sections qui, sans attendre la décision de l'Assemblée nationale, en avaient fait établir, ou assiégeaient les portes de celles qui résistaient encore à cette dangereuse innovation. Le même personnel d'émeutiers se transportait, sur Tordre secret des chefs, tantôt dans un quartier, tantôt dans un autre, suivant qu'il s'agissait d^enlever, dans telle ou telle section, un vote qui la mit au pas^ suivant l'expression du temps.

L'Assemblée nationale avait tous les jours à repousser de nouvelles pétitions qui demandaient la déchéance du roi et la mise en accusation de La Fayette. Les ultra-révolutionnaires regardaient ce général comme le principal obstacle à leurs dessems ; ils croyaient à chaque instant le voir arriver de son camp de Sedan, non plus en simple particulier comme il r avait fait six semaines auparavant, après les évé-

nements du 20 juiû, mais à la tète de son armée.

Le 8 août, après une longue et vive discussion, le décret d'accusation présenté par la gaucbe contre La Fayette fut rejeté à une majorité de iOd voix contre 20^.

L'appel nominal n'avait été troublé ni par les cris

ni par les buées des tribunes. Les émeutiers s'étaient réservés pour la sortie des députés. Tous les membres connus de la droite furent insultés, plusieurs maltraités; quelques-uns coururent risque de la vie.

Aussi, dès le commencement de la séance du lendemain, le bureau du président se trouve-t-il chargé de lettres renfermant les plaintes les plus vives, les protestations les plus énergiques. Meziër^(de TAube), Regnault-Beaucaron , Froudière, Dumolard , Lacretelle, Jolivet, Deusy, l'évêque constitutionnel de la Somme Desbois, et plusieurs autres députés de la droite, déclarent successivement qu'ils ont été poursuivis, outragés, par des volontaires coiffés du bonnet rouge, qui leur ont jeté de la boue, des pierres, les ont pris au collet et menacés de la lanterne. Gii ardin se plaint d'avoir été frappé. — a En quel endroit? demande-t-on ironiquement à Textrême gauche. — Par derrière, répond Girardin. Les assassins frappent-ils jamais autrement? On ne peut, ajoute le courageux orateur, délibérer sur la question aujourd'hui cà l'ordre du jour (c'était celle de la déchéance), tant que l'Assemblée sera sous le joug d'une faction. Je déclare donc à la nation, de qui je tiens mon pou*

voir, que je ne puis voter sans que le corps législatif m'assure liberté et sûreté... »

Toute la droite et un grand nombre de membres de la gaucbe se lèvent en criant :

(( Ouil oui! nous ne délibérerons pas avant d'être libres. »

On demande que le maire de Paris Pétion et le procureur général syndic Rœderer soient l'un et l'autre mandés à la barre de T Assemblée, afin qu'il leur soit enjomt de prendre sous leur responsabilité les mesures les plus propres à assurer la tranquillité publique. Cette proposition est adoptée, et, quelques moments après, Rœderer vient faire connaître l'état de surexcitation dans lequel se trouve une partie de Paris.

« L'insurrection est prête, dit-il, et la section des

Quinze-Vingts a décidé qu elle la commencerait à minuit par le tocsin et la générale, si l'Assemblée n'avait pas auparavant voté la déchéance. Cependant d€|s mesures ont été prises, des réserves ont été établies au Carrousel et sur la place Louis XV... En un mot, nous croyons qu'il y a sur pied une force suffisante pour imposer, pcut-ctrc^ à ceux qui, par un faux zèle ou par mauvaise intention, voudraient troubler la tranfjuillité publique. »

L'Assemblée ne s'arrête point au mot peut-être^ ni à la qualification de u faux zèle » donnée à l'arrêté insurrectionnel de la section des Quinze- Vingts. Elle vient de recevoir une lettre de Mandat qui lui répond

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de la garde nationale ; elle croit pouvoir se fier aux protestatioos que les chefs de la milice parisienne ont reçues de leurs subordonnés, elle ne veut écouter ni Vaublauc qui la supplie d'ordonner le départ immédiat des fédérés, ni Aubert-Dubayet qui propose de se mettre à leur tète poui' les arracher aux séductions de Paris et les conduire à la frontière. Elle croit avoir pourvu à tout en acceptant le projet d'adresse que lui présente Gondorcet, au nom de la commission extraordinaire, et qui donne au peuple, sur Texercice de sa souveraineté, les leçons les plus sarvantes, les conseils les meilleurs, niais, hélas! les plus inutiles. On n*eut pas le temps d'imprimer cette adresse, ou, si elle put être imprimée pendant la nuit, elle servit de bourre aux fusils des Marseillais*

Enfin, pour rassurer complètement l'Assemblée, Pétion paraît à la barre et rend compte, avec une béate satisfaction , des moyens de douceur qu'il a employés, des précautions minutieuses qu'il a fait prendre pour assurer le maintien de la tranquillité. 11 s'élève contre la manie que semble avoir le département de requérir au moindre trouble la force armée; d car, ajoute-t-il naïvement, on doit se rendre compte de la nature de la force publique que nous avons à notre disposition. Cette force est délibérante depuis la permanence des sections , puisque ces sections se composent de l'ensemble des citoyens actifs , et que tous les citoyens actifs sont gardes nationaux. » Le maire termine en déclarant qu'il saura porter le poids

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de la responsabilité que la loi lui impose, et se retire

au milieu des applaudisseineiits.

L'Assemblée avait été, plusieurs fois pendant cette séance, mise en demeure de trancher la question de la déchéance, que les montagnards avaient promis de faire discuter et résoudre sans déseniparer; mais elle avait affecté de paraître ne prendre aucun souci du délai fatal, insolemment signifié par la section des Quinze- Vingts et ses adliérents. Enfin, lasse des discussions violentes des journées précédentes, rassurée par les protestations de Pétion et des magistrats qui avaient mission de veiller matériellement au maintien de l'ordre, elle ne veille pas elle-même, et, dans sa coupable indifférence, lève sa séance à sept heures du soir, laissant le champ libre à Tinsurrection.

Le commandement général de la garde nationale, par suite du roulement établi entre les six chefs de légion, était depuis quelrpu^s jours entre les mains du chef de la &% Jean-Antoine Galiot de Mandat, ancien capitaine aux gardes françaises. Cet officier était trèsfermement attaché aux idées constitutionnelles; brave militaire, fidèle à son serment, il était résolu

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à défendre jusqu'à la mort T inviolabilité du domicile

et de la personne du chef de Tlhat. Par malheur, il ne lui appartenait point de requérir la force publique; il ne pouvait même établir aucun poste exiraoïdinaire sans l'ordre de son supérieur immédiat, le maire de Paris.

Averti, dès le matin du 9 août, par le chef du bataillon de l'Arsenal, que les administrateurs de police avaient fait distribuer des munitions de guerre aux Marseillais et que Ton prêchait ouvertement l'insurrection dans plusieurs sections, Mandat n'attendit pas les avis de Pétion ; il lui expédia coup sur coup plusieurs billets pour obtenir les ordi'cs nécessaires. Pressé de répondre, le maire de Paris finit par requérir raugmcntation des forces chargées de veiller à la sûreté des abords du Château et par autorisa: rétablissement de deux postes de réserve, l'un dans une des grandes salles du Garde-Meuble, l'autre à l'hôtel de Toulouse (aujourd'hui la Banque de France).

Le commandement de la 17'' division militaire, par suite de la démission de M. WittingholT, lieutenantgénéral, se trouvait dévolu depuis quelques jours à M. de Boissieu, maréchal de camp, et, sous ses ordres, à M. de Menou, ancien membre de l'Assemblée constituante. Il n'y avait à Paris aucune troupe de ligne , ni cavalerie, ni infanterie, ni artillerie. Les Suisses, au nombre de neuf cent cinquante environ, avaient leui'S officiers particuliers, auxquels seuls ils obéissaient. Les officiers généraux n'avaient donc sous

leurs ordres que la gendarmerie, forte de neuf cents hommes à cheval et d*mie trentaine d'hommes à pied*

Le plan de défense préparé par Mandat, tel du

moins qu'il semble résulter des ordres épars donnés à divers chefs de postes, était celui* ci : laisser la colonne des insurgés venant du faubourg Saiiit-Antoine s'engager sur les quais, au delà de rUôtel de Mlle; empêcher sa réunion avec celle du faubourg Saint-Marceau, en gardant les abords des ponts, et notamment du Pont-au-Ghange et du Pont-Neuf; la faire charger par les gendarmes à cheval, postés au Louvre et sur le quai d'Orsay, et la faire prendre en queue par la réserve placée à Ttiotel de Ville.

La route aurait ainsi été coupée aux insurgés bien avant qu*ils arrivassent au Carrousel. Mais ce plan reposait sur l'attaque énergique qu'aurait exécutée la gendarmerie à cheval et sur la solidité de certains postes confiés à des ofliciers de la garde nationale. Or, la gendarmerie, presque entièrement composée, depuis sa réorganisation, de soldats qui avaient abandonné leurs drapeaux lors des premiers troubles de la révolution, n'était rien moins que sûre ; elle venait, en vertu d'une loi récente, de procéder à l'élection de ses chefs et n'avait conservé à s/t tête que ceux qui étaient le plus ouvertement engagés dans le mouvement révolutionnaire. Parmi les officiers de la garde nationale, beaucoup n'osaient agir, bésitaient, et même, cédant à d'étranges capitulations de con-

science, s'apprêtaient à pactiser avec l'insurrection < .

Le maire était nécessairement le pivot de la résistance légale au sein de la cité. C'était à lui que venaieiit al)oiitir toutes les recomniaudalions de l'autorité supérieure; c'était de lui que devaient émaner tous les ordres à donner à la garde nationale, toutes les réquisitions destinées à mettre en mouvement la force armée.

Pétion avait été, comme nous l'avons dit plus haut, appelé, entre cinq et six heures du soir, à l'Assemblée nationale, et avait donné les nouvelles les plus rassurantes sur le faiaintien de la tranquillité publique. Au sortir de la salie du Manège, il aurait dû proiiter de l'occasion pour se rendre aux Tuileries et s'entendre avec Mandat sur la défense du Château, mais il s'en garda bien. Rœderer, qull avait rencontré à la barre, le décida cependant à entrer rue du Daupliin, où siégeait le directoire du département. On convint que le conseil de département et le conseil de la Commune resteraient chacun en permanence.

Cela décidé, Pétion se rendit à l'ilùtel de Ville, espérant n'y rester qu'un instant et se retirer à la mairie (aujourd'hui la préfecture de police); là seulement il devait se croire en sûreté. 11 était convenu entre les principaux conspirateurs et lui qu'on l'y

1 . On trouvera à la fin de ce volume une lettre écrite par ie chef de bataillon de la garde nationale parisienne, le commandant Bonnaud ; elle peut donner une idée du trouble et de la confusion qui régnaient dans tous les esprits.

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consignerait, avec une garde d*honneur pour l'em-

pèclier de sortir; c'était le premier article de tous les programmes d'insurrection fabriqués successivement depuis quinze jours, celui à l'exécution duquel naturellement Pétion tenait le plus ^

Dans la journée, les membres constitutionnels de la municipalité parisienne avaient obtenu à grand'peine du maire qu'il mît sa signature au bas d'une lettre dans laquelle les Parisiens étaient invités à se tenir tranquilles, à se défier des agitateurs et à respecter la Constitution. 11 avait été convenu que des officiers municipaux porteraient cette lettre à chacune des quarante-liuit sections, et l'appuieraient des adjurations les plus vives, des conseUs les plus pacifiques. Naturellement, les membres du conseil général qui professaient les principes constitutionnels s offrirent et furent acceptés pour être les messagers de la concorde. Ceux, au contraire « qui

1. Voir les Mémoires de Barbaroux , et surtout l'incroyable aveu consigné par Pétion lui-même dans l'écrit qu'il publia, en 4793, sous le titre de Pièces inléressarUes pour l'histoire,

ff Je désirais rinsurrection, dit-il, mais je tremblais qu'elle ne réussit pas. Ma position était critique ; il fallait faire mon devoir de citoyen sans manquer h celui de magistrat. Il fallait conserver tous 1rs (idiors cl ne point m'ôcarler des formes. Il y avait un combat à mort entre la cour et la liberté, et OÙ l une OU Taulro devait nécessairement succomber.

« Quoiqu'on oiU projeté de me consigner chez moi, on oubliait, on tardait à le faire. Qui croyez-vous qui envoya, par plusieurs fois, presser l'exécution de celte mesure ? Cest moi, oui , c'est moi I »

pactisaient |)lus ou moins secrètement avec les jacobins déclinèrent pour la plupart l'honneur de cette délégation. Us trouvaient à ce refus un double avantage : ils se dipensaient d* aller tenir dans les sections un langage modérateur, qui les aurait compromis vis-à-vis des masses populaires ; ils restaient compactes à THotel de Ville, prêts à revêtir d'une légalité apparente les volontés de rinsurrection.

Pétion, en arrivant dans la salle du conseil général, trouve sur le bureau des lettres de Mandat» qui le pressent de se rendre au Château. Des avis, venant de toutes parts» annoncent bientôt que des groupes se forment, qu'on parle de sonner le tocsin et de se porter aux Tuileries. Ceux des municipaux qui ne sont pas dans la confidence des mençurs pressent Pétion de courir où son devoir le plus impérieux l'appelle. En vain celui-ci emploie-t-il mille prétextes pour expliquer et continuer sa coupable immobilité; on insiste, on s'écrie : « 11 faut y aller; allons, monsieur le maire, njettez-vous à noire tète! » îse pouvant résister plus longtemps sans éveiller de justes soupçons, Pétion se décide à partir en emmenant avec lui quelques-uns de ceux qui viennent de s* offrir à l'accompagner.

11 était onze heures du soir. Les ministres, après avoir donné, chacun dans leur département, les ordres les plus indispensables, étaient revenus aux Tuileries. Rœderer^ venait aussi d'arriver, et, s'étonnant de ne

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