Nous sttivQDs, pour tous les événements qui se passèrent
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point voir le inaii'e, dont il avait réclamé la présence, il lui écrivait sur la table même du conseil. En ce moment, Pétion survient accompagné de plusieurs officiers municipaux. Le roi interpelle le maire avec brusquerie : « Il paraît qu'il y a beaucoup de mouvement? 0 — (( Oui, sire, répond Pétion, la fermentation est grande. » 11 ajoute quelques phrases banales sur le zèle qu'il a mis à venir, dans ce moment décisif, veiller en personne à la sûreté du roi et de sa famille. A ces protestations de dévouement, Louis XVi répond d'une manière afl'ectueuse. Pétion se hâte de rompre Tentretien et se dirige vers la porte, sous prétexte d'aller visiter les postes intérieurs et extérieurs; mais, au moment de sortir, il se trouve face à face avec Mandat.
Le loyal soldat arrête Thypocrite magistrat et lui demande pourquoi les administrateurs de police refusent des cartouches à la gaide nationale, tandis qu'ils en délivrent aux Marseillais. — « Vous n'étiez pas en règle pour en avoir. » Mandat insiste, Pétion s'embarrasse de plus en plus dans ses réponses évasives; le commandant général lui coupe la parole : a Je n'ai que quatre coups à tirer, et encore un grand nombre de mes hommes n'en ont-ils pas un seul;
aux Tuileries dans la nuit du 'J au 10 août, les récits de Rœdcrer. procureur général syndi(!; de Dejoly, ministre de la juslice; de l'étion, maire do Paris, et de J.-J. Leroux, olIicuT municipal ; tous quatre témoins oculaires. Nous avons naturellement contrôlé ces récits les uns parles autreS'
LE iO AOUT 1792. 85
mais c'est égal, je réponds de tottt» mes mesures
sont bien prises. »
Pétion, se souciant fort peu de continuer un dialogue ainsi engagé, se leiuurue vers Uœderer : « Ne venez-vous pas avec moi ? lui dit-il ; il fait étouffant ici, je vais descendre pour prendre l'air. » Le procureur général syndic, qui attend des nouvelles de ses collègues du département, s'excuse de ne pouvoir s'éloigner en ce moment. Pétion s'esquive, descend le grand escalier et, sans donner une parole d'encouragement à la garde nationale, inspecte les jardins et les cours, se dirige tout doucement vers l'Assemblée, espérant se faire réclamer par un décret. Comme les représentants sont trop peu nombreux pour rien décider, il se voit obligé, par convenance, de retourner vers le Château ; mais il se garde bien de remonter dans les appartements, et reste sur la terrasse, attendant avec anxiété Theure de la délivrance.
Abandonnons Pétion à ses rêveries et parcourons la
ville. La nuit est splendide, et son calme magnifique fait un étrange contraste avec le trouble des âmes. Bans tous les quartiers, les habitants , sur le pas de
leurs portes, s'entretieDDent des événements du jour,
de r insurrection annoncée à heure fixe, de ]a déchéance que l'Assemblée a refusé même de mettre en discussion. Les opinions sont naturellement très-divisées, on discute avec la plus vive animation, mais personne ne bouge.
Âu faubourg Saint -Antoine l'agitation est plus forte que dans le reste de la ville, mais il est impossible de prévoii* encore si elle aboutira à un mouvement insurrectionnel. La grande rue est tout entière illuminée, les groupes sont nombreux, surtout vis-L\-vis des Enfants-Trouvés, où la section des Quinze-Vingts tient séance. Les agitateurs y tonnent contre l'Assemblée nationale , qui a affecté de ne pas se préoccuper du délai fatal qu'ils ont daigné lui inijKulir avant de s'insurger. Des individus, se prétendant délégués par diverses sections, viennent promettre aide et assistance à leurs frères des Quinze- Vingts ; ils sont naturellement accueillis avec le plus bruyant enthousiasme.
Osselin, Tun des municipaux révolutionnaires, se présente au nom du conseil générai ; comme il parle assez vaguement du maintien de la tranquillité publique et du respect de la loi, on sent qu'il ne prétend point condamner l'insurrection projetée; on le laisse donc discourir, mais on ne Técoute pas.
Des fédérés annoncent qu'ils vont se réunir sous les drapeaux du faubourg Saint-Antuine pour défendre et sauver la patrie : d'autres, joignant Taclion
à la parole, arrivent tant à pied qu'en iiacre. On les
accable de témoignages de sympathie.
Ces adhésions, plus ou moins factices, plus ou moins nombreuses, ne font pas illusion aux meneurs. Ils sentent que le mouvement ne s'accentue ni ne se développe. En effet, à l'exception de cinq ou six sections ultra-révolutionnaires (les Lombards, les Gravilliers, Mauconseil, les Gobelins, le Théâtre-Français et le faubourg Poissonnière), toutes les autres hésitent ou se déclarent énergiquement contre le projet des Quinze-Vingts.
La plupart des sections ouvrent leurs séances entre huit et neuf heures du soir, et commencent par entendre la lecture de la lettre municipale, dont nous avons parlé. Le meilleur accueil est fait à cet appel à la concorde, ainsi qu'aux délégués qui viennent le soutenir ^
Dans la section Grange-Batelière, on est si éloigné d'approuver les menaces des Quinze-Vingts qu'un membre propose de présenter une adresse à TAssemblée nationale, pour lui témoigner l'indignation que les citoyens ont éprouvée en apprenant que, la veille, des représentants du peuple ont été outragés. Mais cette section peut être taxée d'aristocratie. 11 n'en est pas de même de celle delà Fontaîne-de-Grenelle; depuis que ses principaux habitants ont émigré ou se cachent, elle est menée par de petits commerçants,
i. Procès-verbaux des sections du Louvre, de TOratoire, du
PoQceau, de la place Vendôme, de Montreuil, de Popincourt.
que le mauvais état de leurs affaires a rendus furieux, et s*est souvent distinguée par son exagération démagogique. Apprenant que les Quinze-Vingts persévèrent dans leur arrêté du 4, elle leur envoie ' des commissaires, pour ce leur démonti*er les dangers qui peuvent résulter de la démarche qu'ils se proposent de laii e cette nuit. » Dans le faubourg Saint- Jacques, on ne se montre guère mieux disposé à s'insurger. Si la section des Gobelins manifeste, comme toujours, des opinions franchement révolutionnaires, Sainte-Geneviève, le Jardin-des-Piantes et l'Observatoire restent tranquilles. Aux invitations très-pressantes que les Gobelins adressent à leurs voisins de Sainte-Geneviève, ceux-ci répondent qu'ils n'ont point recules ordres d'Acloque et qu'ils se conduiront exclusivement d'après les indications de leur chef de bataillon, dont les opinions modérées sont bien connues. Montreuil et Popincourt ne paraissent pas non plus vouloir seconder les projets insurrectionnels de leurs frères du faubourg Saint-Antoine ^ Cependant les Quinze-Vingts dépêchent des affidés dans tout Paris pour répandre et appuyer leurs arrêtés. Les meneurs de Maucouseil, des Lombards et du Ïbéâtre-Français expédient également, d'heure
1. Ossclin, dans son rapport à rAssemblée, déclare qu'il a trouvé, à la section de Montreuil, six cents citoyens qui l'ont écouté dans le plus grand silence, et qui ont accueilli avec faveur la circulaire pacifique de la municipalité; à la section de Popincourt, il a constaté les mêmes sentiments.
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en heure, « des frères et amis o pour opérer une pression incessante sur toutes les sections. iNéanmoins, beaucoup d'entre elles repoussent ces appels à l'insurrection , quelfiues-unes lèvent leur séance à rbeure accoutumée \ persuadées qu'il ne peut rien se passer d'extraordinaire, ou ne voulant se mêler de rien.
Les chefs de l'insurrection avaient longtemps hésité entre deux projets. Les meneurs du faubourg Saint-Antoine voulaient faire du local ordinaire du comité des Quinze-Vingts le point central de la réunion des commissaires des quaiaute-huit sections. Les meneurs des sections du centre de Paris voulaient que le rendez-vous des commissaires lût à Tllotel de Ville même. Par un sentiment de jalousie facile à comprendre» ils répugnaient à paraître subordonnés aux Quinze-Vingts. Le reste du programme était le même pai tout : on devait déclarer bien haut que les commissaires auraient « mission de s'entendre avec
1 . L'heure de la levée de la séance est précisée dans plusieurs procès-verbaux. La section du Temple leva sa séance à neuf heures et demie ; celles de l'Oratoire et de la place Vendôme, à dix heures ; celle du Louvre, à onze heures et demie.
la municipalité sur les moyeus d'entreteuir le calme et la tranquillité, sans pouvoir s'immiscer d'aucune manière dans les fonctions municipales ^ ; » on leur donnerait tout bas le mandat d'arracher, une à une , au couseil général de la Commune les décisions indispensables à la désorganisation de toute résistance* sauf à briser les autorités légalcii lorsqu'on n'en aurait plus que faire. .
Gomme nous Tavons vu, par de fréquentes convocations extraordinaires et surtout par l'institution du comité central de correspondance , on avait habitué les sections à envoyer à l'Hôtel de Ville des délégués délibérer sur toute espèce d'objets. Pour le 10 août précisément, la Commune les avait invitées à nommer des mandataires afin de concourir à la discussion d*un projet relatif à la formation d'un camp sous Paris et aux moyens de défendre la capitale en cas d'invasion. Légalement permanentes, elles pouvaient tenir séance, par conséquent élire et envoyer des commissaires à toute heure du jour et de la nuit. La réunion éti^^t effectuée à l'Hôtel de Ville, qui oserait s'apercevoir qu'au lieu de répondre à la convocation municipale on aurait obéi à l'appel des sections ultra-révolutionnaires? Du moment qu'on apporterait des pouvoirs libellés au nom de telle ou telle secti<Ni, qui oserait discuter le nombre des citoyens desquels
4. Nous copions textueliement l'arrêté pris le 7 août par la section Manoonseii.
on déclarerait les tenir? On était sûr d'une dizaine
de sections adidées; pour les autres, suivant les circonstances, on n'avait qu à faire envahir la salle des séances par des émeutiers apostés, ou bien à intimider les quelques membres du bureau tenant la permanence ; quant aux sections sur lesquelles il serait trop diilicile d'agir, on se passerait de leur assentiment.
A onze heures du so'ur» la section des Quinze-Vingts qui, pendant toute la soirée , avait espéré rester le centre exclusif du mouvement, s'aperçut de l'isolement dans lequel on la laissait. Elle comprit qu'il fallait abandonner son projet primitif et se résigna à prendre l'arrêté suivant, qu'elle savait d'avance devoir être adopté sans conteste par les sections du centre :
(( Attendu qu'il s'agit de sauver la patrie et la chose publique, la section nomme trois commissaires pour se rendre à la maison connnune et, conjointement avec ceux qui seront nommés par les autres sections, aviser aux moyens de se concerter sur les mesures à prendre dans les circonstances actuelles, u
A la suite de ce premier arrêté, deux autres sont pris : l'un met sous la sauvegarde du peuple les commissaires envoyés à l'Hôtel de Ville; l'autre déclare que l'on ne recevra plus d'ordres que des commissaires de la majorité des sections réunies.
Ces résolutions sont apportées dans les sections vers minuit. Celles du centre, notamment Mauconseil,
les GravilUers et les Lombards, avaient pris ou prenaient au même moment des décisions identiques : les arrêtés des Quinze-Vingts y sont par conséquent reçus avec le plus vif enthousiasme.
Mais, dans beaucoup d'autres sections, la séance est levée ; il ne reste plus dans la salle que cpielques individus endormis sur les banquettes. On les réveille, on leur dit qu'il faut sur-le-champ nommer des commissaires pour aller à l' Hôtel de Ville sauver la patrie en danger. A F Arsenal, les six personnes qui se trouvent dans la salle du comité noiuaient trois d'entre elles pour représenter quatorze cents citoyens actifs. Les cil oses se passent à peu près de même au Louvre, à l'Observatoire et au Roi-de-Sicile.
Dans certains quartiers, la séance dui'e encore, mais la salle est presque vide, et les citoyens présents déclarent qu'ils sont en trop petit nombre pour rien décider au nom de la majorité. Ailleurs on adopte purement et simplement l'ordre du jour. D'autres sections se montieut, il est vrai, moins récalcitrantes et nomment des commissaires, mais sans déterminer leurs pouvoirs ; les élus ne savent pas eux-mêmes ce qu'ils vont être appelés à faire. En certains endroits on se méfie à un tel |)oint des mesures qui pourront être prises à l'Hôtel de Ville, que les électeurs déclarent qu'ils obéiront aux ordres (|ui leur seront trausmis, non par l'assemblée générale des commissaire, mais par leurs propres délégués personnellement.
Les Quinze-Vingts avaient donné les premiers le signal moral de l'insurrection en réclani.iiit la nomination des commissaires,, ils s'étaient bien gardés d'en donner le signal matériel ; peut-être hésitaientils encore ou voulaient-ils simplement couvrir d'un certain voile les suprêmes préparatifs du conibal. Mais, dans le centre de Paris , on résolut de brusquer les choses. Ce fut des églises comprises dans la circonscription des sections des Gravilliers, des Lombards et de Mauconseil, que partit le signal qui, au cou|) de minuit, retentit et gagna bientôt de proche en proche. Dans une ville immense comme Paris et dans les temps de iiévreuse agitation, il y a toujours des gens prêts à se porter aux tours des églises pour répéter le signal tout à coup donné, souvent sans savoir d'où il vient et sans s'inquiéter de ce qu'il signiiie.
Au son du tocsin se mêle bientôt le bruit des tambours, dont les uns battent la générale et les auti*es le rappel; la générale est battue pour le compte de l'émeute, le rappel pour le compte de la résistance légale.
Les bataillons se réunissent sans savoir ce qu on leur veut et à quels ordres ils doivent obéir, line fois rassemblés, ils sont harangués par leurs chefs, mais aussi par des meneurs qui prêchent insolemment la désobéissance aux ordres de l'état-major, surexcitent les rancunes et les animosités des citoyens-soldats , déjà fort divisés entre eux.
Certains bataillons se dirigent vers le Château, d'autres vers l'Hôtel de Ville; beaucoup, par prudence ou ne sachant vers quel côté pencher, restent dans leurs quartiers ; mais naturellement, comme il n*y a ni ordre ni disciplme, ils fournissent à la défense et à l'insurrection des soldats isolés.
L'insurrection est proclamée, m^ elle est loin d'être faite. L'agitation, qui avait été assez vive dans la soirée, s'est éteinte peu à peu. Sur quelques points, aux barrières que Ton ferme, aux abords des sections les plus révolutionnaires et du club des Jacobins, on crie anx armes, on frappe aux portes; dans le reste de la ville, tout est tranquille^; i on ne voit dans les rues que des citoyens qui se rendent à leurs bataillons.
Cependant les commissaûres nommés par les seclious les plus zélées arrivent à la maison commune entre une heure et deux heures du matin. Us occu-
\. Dans la description de la nuit du 9 au 10 aoilt, que Lucilo Duplessis, femme de Camille Dusinoulios, nous a laissée, on lit ce qui suit : « Personne dans la rae, tout le monde était rentré. »
peut la salle qui, depuis une quinzaine de jours, arait été consacrée à recevoir les délégués pour l'adresse à l'armée, la pétition sur la déchéance et divers autres objets mis à Tordre du jour par le bureau de correspondance.
A trois heures, dix-neuf sections sont censées représentées. lluguenln,le président des Quinze- Vingts, s*enipare du fauteuil ; il y a tous les droits, et personne ne songe à le lui disputer. lallien, qui avait déjà tenu la plume pour la rédaction de l'adresse demandant la déchéance, se trouve à point nommé pour remplir les fonctions de sécrétait^.
Entre trois'el sept heures (moment où les soi-disant commissaires, revêtus de prétendus mandats extraordinaires S consommèrent définitivement l'usurpation de tous les pouvoirs), de combien s'accrut le chiffre primitif de dix-neuf? Probablement de quatre ou cinq, au plus de huit ou neul ; car il est incontestable que vingt sections au moins ne furent pas représentées.
Maintenant, quels étûent ces soixante-dix ou
quatre-vingts individus qui venaient de s'introduire subrepticement dans une des salles de l'Hôtel de Ville ?
1. Un certain nombre de sections qui étaient soi-disant représentées dans celte réunion n"a\aient donné à leurs l'omniissaires des pouvoirs que pour s'informer, et non pour agir; d'autres avaient entouré les leurs de réserves très- significatives.
Diyitizeu by GoOglc
Étaient-ce les coryphées du parti démagogique , ceux que, depuis un an, soit aux Jacobins, soit dans les sections, soit à la barre de l'Assemblée, l'on avait vus à la tête du mouvement ultra-révolutionnaire? Nullement. La section des Quinze-Vingts avait bien, il est vrai, mis les commissaires sous la sauvegarde du peuple ; mais, malgré cette déclaration, il pouvait y avoir quelque danger à être pris en flagrant délit de conspiration. Aussi les chefs se tinrent-ils prudemment à l'écart. Robespierre, Fablre d'Églantine, Billaud-Varennes, ne vinrent siéger dans le sein de la commune insurrectionnelle qu'un jour ou deux après le 10 août, lorscpiMl n'y avait plus qu*à profiter de la victoire. Marat s'était blotti de nouveau dans la cave qui lui avait servi si souvent d'asile. Danton luimême, dont le poste comme substitut du procureur de la commune était à l'Hôtel de Ville, ne s'y rendit que très-tard et fort à contre-cœur; il s'en esquiva le plus vite possible et ne parut qu'un instant aux Cordeliers. Camille Desmoulins, qui ne quitta pas le futur ministre de la justice, le suivit dans ses évolutions et surtout dans sa retraite ^