‹ La chute de Séjan drame en cinq actes et en versChapitre 31 sur 78 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

LIVIE

Pourquoi cela ? quel signe avant-coureur Vous a montré mou âme en proie à la fureur ?

Votre trop d’intérêt pour moi vous rend injuste.

Sœur de Germanicus, nièce du grand Auguste,

Mère d’un fils enfin dont les dieux ont fait choix Pour mettre tôt ou tard l’empire sous ses lois,

A qui donc, en ces lieux, puis-je porter envie ?. . .

GALLUS, à part.

Avertissons Séjan.

(Il sort.)

LIVIE, à Apicala.

Envieuse?... Livie?...

Je tiens à disiper cet étrange soupçon.

Vous voulez voir Séjan, et vous avez raison.

C’est en vain qu’il voudrait résister à vos larmes ;

Des pleurs dans de beaux yeux sont d’invincibles armes.

APICATA.

Ab ! pesons nos discours, et n’oublions jamais Qu’une tombe est sacrée et commande la paix 1

LIVIE

La paix?... c’est un proget digne de vous, madame.

Je n’attendais pas moins do votre grandeur d’âme.

La magnanimité sied bien aux grands esprits;

Et bien d’autres que moi n’en seraient pas surpris.

Mais, à voir d’un peu près le vœu qui vous anime. Vous démériteriez de la commune estime :

C’est une impiété, de voidoir rapprocher Des choses qui devraient ne jamais se toucher.

Quel lien est possible entre la chaste épouse, L’épouse triomphante et l’amante jalouse?...

Enfcrrae-t-on jamais le loup avec l’agneau ?.. .

Le vice et la vertu ne vont pas de niveau.

Puis, laissons à chacun sa pente légitime ;

Gardez votre vertu, moi, je garde mon crime.

APICATA.

Je n’examine pas si Ton peut sans remords,

Porter ses passions dans Tasile des morts.

Ni donner, devant eux, libre cours aux pensées Qui tendent au retour des querelles passées ;

Je ne le ferai pas : le respect que je dois Au sang dont vous sortez m’eu impose les lois.

LIVIE

Laissons là le respect !

APICATA.

Il sied d’être modeste.

Même aux hommes, l’orgueil est un présent funeste.

Vos aïeux rougiraient de votre humilité.

APICATA.

Mes aïeux ne m’ont pas enseigné la fierté.

C’étaient de pauvres gens, de ces natures rudes Qui passent sans écho parmi les multitudes.

Mais qni disent aux fils qui viennent après eux : Soyez purs et sans tâche avant que d’être heureux. Donc, si j’honore en vous la fille de Tibère,

Je fais ce qu’auraient fait ou mon père ou ma mère.

Page 1