‹ La chute de Séjan drame en cinq actes et en versChapitre 38 sur 78 · ACTE III · texte numérisé non relu

ACTE III

MÜRÉNA, ù part.

Quel peut être son but ?

SÊJAN.

Faites ce qu’il faut faire.

Aussi bien ce n’est pas une chose vulgaire ,

Que d’être à la hauteur de son commandement , Dans ces heures de trouble et de relâchement.

Du Pont-Euxin au vieil Océan germanique,

Nous tenons les deux mers, les Espagnes, l’Afrique, Les Gaules, la Syrie et les Alpes; debout,

De l’Euphrate au Weser nous faisons face à tout ; Nous tenons sous le joug vingt nations altières ;

Le Danube et le Rhin nous servent de frontières; C’est vrai. Mais nous avons, comme un défi du sort, Le Parlhe à l’Orient et le Germain au Nord ;

Le Parthe qui vainquit Crassus et Marc-Antoine, Qui nous brave, et dont l’œil couve la Macédoine ; Le Germain qui vingt fois a repris le dessus.

Et qui méprise Rome en méprisant Varus!...

Le mal est là. Devant ces peuplades grossières,

C’e.st à l’invasion de garder nos frontières.

Car, pour avoir voulu fixer nos étendards,

L’empire des Césars craque de toutes parts.

Ne vous y trompez pas : le mal n’est pas encore Apparent pour chacun, mais ce mal nous dévore.

Si nous vivons, c’est grâce à la servilité,

Où nous avons tenu le monde épouvanté.

Que demain, oui, demain, que l’univers secoue Sa chaîne avilissante, où notre orgueil se joue ;

Que, du nord au midi, vingt peuples révoltés

Réclament, par le fer, leurs droits, leurs libertés... Quels seraient nos moyens d’action ? J’en prends note : Quatre mille soldats à Frésus ; une flotte A Ravenne; une autre à Misène, voilà tout.

Quant aux légions, vingt. Je dis vingt, c’est beaucoup ! Ajoutez que par peur, par calcul ou par haine.

César n’a pas laissé grandir un capitaine.

De sorte qu’Annibal, ressuscitant demain,

Briserait du talon le vieux moule romain !

Ah ! songez à cela. César est un grand homme.

Mais César, vieillissant, ne fait pas vieillir Rome ; Mourant, il n’aurait pas d’héritier assez grand,

Pour que Rome en fût fière et se tint à son rang, Rome, la main, le sang, le cœur de l’Italie,

Le formidable nœud où l’univers se lie !

Cette halte de gloire est un danger... enfin.

L’argent manque au trésor, le peuple meurt de faim I D’ailleurs, que de cités osent lever la tête !

Voyez : le calme ici, mais là-bas la tempête. ..

Là-bas les glaives nus, le flot des nations Qui cherchent leur grandeur dans les séditions...

Là-bas le Celte errant, le üaee, le Sarmate,

Dépassant à leur tour l’audace du Dalmate ;

La Gaule et l’Orient fatigués de leur sort.. .

Puis, plus avant encor, dans les glaces du nord.

On dirait, par moment, le bruit sourd d’une armée Qu’attirent nos moissons vers Rome désarmée 1 Ah ! que les dieux, ces dieux que j’invoque aujourd’hui. Donnent à l’empereur des fils dignes de lui !

GALLL'S.

Je blâme sur ce point ta mâle politique :

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