Scène X. Les Mêmes, Chameroy, Madame Chameroy
Cham, {dans la coulissé). C'est bien ! c'est bien ! Laissez tout cela là!
Madame Cham, {dans la conlisse). Et surtout ne cassez rien. [Ils entrent.
25 Paul. Eh bien ! et les meubles ?
Cham. Il s'agit bien des meubles ! mariage manqué !
Paul. Comment ?
Cham. Je viens de recevoir une lettre.
1 A vous = Il est à vous. — 8 vont . . . mieux, see adorer.
Hen. De qui ?
Cham. De monsieur de Vérac.
Hen. Eh bien ?
Cham. Une lettre embarrassée . . . pleine de ré- 5 ticences et de regrets . . . mais qui se termine par une retraite ! Voyez !
Paul. Oh ! mais un instant ! Je n'entends pas cela !
[// court à une table.
Cham. Que faites-vous donc ?
Paul. Je lui réponds.
10 Cham. Quoi?
Paul. Vous allez bien le voir.
Cham. Mais . . .
Paul. Laissez-moi donc faire !
Hen. Oui, laisse donc faire monsieur!
15 Paul (écrivant). Ah! Il croit que je lui permettrai . . .
Cham, (le regardant). Quelle main ! Il va comme le vent ! Quel commis cela aurait fait !
Madame Cham. Mais que lui dites-vous donc ?
20 Paul (se levant). Voici ! . . . (Lisant '.) " Niais ! Imbécile! Crétin!"
Hen. Oh ! c'est bien fort !
Paul. Entre amis! (Lisant.) " Comment ! ton bonheur est dans ta main, et tu le rejettes ! Le ciel t'envoie 25 un beau-père comme il n'y en a pas ! Bon ! droit ! plein de cœur ! . . ." Cham. Très bien !
Paul. " La belle-mère est peut-être un peu . . ." Madame Cham. Un peu, quoi ?
30 Paul. Rien! rien! J'ai effacé! (Reprenant.) "Ta belle-mère est pleine de bon sens, de caractère."
18 cela — il. — 25 comme . . . pas — sans égal.
Madame Cham. Très bien, très bien !
Paul. " Quant à la jeune fille ! c'est tout simplement un trésor ! "
Hen. Ah! monsieur!
s Cham. S'il le pense !
Paul (continuant). " Et tu la refuses ! Tu la refuses
parce que tu crois que tu seras un peu embarrassé
d'elle ! Mais, misérable, sais-tu bien la chose que tu as
à craindre ? C'est que tous tes amis n'en deviennent
io amoureux ... à commencer par moi ! "
Cham. Bravo ! Bravo !
Paul (lisant toujours). "Ainsi, animal! arrive bien vite ! Viens demander pardon à genoux de la lettre que tu as écrite, et qu'on veut bien te pardonner à ma is prière ! "
Cham. C'est parfait ! voilà une enveloppe !
Hen. (r arrêtant). Pardon !
Madame Cham. Comment ?
Hen. (à Paul, prenant la lettre). Monsieur, pensez- 20 vous tout ce que vous avez écrit là ?
Paul. Sans doute . . .
Hen. Vrai?
Paul. Je vous le jure ! (Henriette va pour déchirer la lettre .) Que veut dire ?
25 Hen. Cela veut dire, monsieur, que vous avez bien mal plaidé la cause de votre ami . . .
\Elle va encore pour déchirer la lettre.
Paul (avec conviction). Arrêtez, mademoiselle! Je
vous en supplie! . . . C'est votre bonheur que vous
détruisez là !.. . Le vôtre et le sien ! . . . Je ne sais
30 pas de plus noble cœur, de plus charmant esprit que
Vérac ! . . . Et je ne sais personne de plus digne de
g deviennent amoureux, see amoureux.
lui que vous! ... Oh! ce ne sont pas là de vaines paroles de galanterie! ... Je ne vous connais que depuis un moment, mais ce moment m'a suffi pour voir ce que vous êtes et ce que vous serez ! . . . Je vous en 5 supplie ! mademoiselle, n'enlevez pas une telle femme à mon ami !
Hen. Mon Dieu ! quel mauvais avocat vous faites ! {Elle déchire la lettre?) Dites à M. de Vérac que si maintenant il revenait à moi, c'est moi qui le refuserais. 10 Cham. Tu le refuserais ?
Paul. Pourquoi ?
Hen. Pourquoi ? Je vous le dirai un autre jour . . . peut-être jamais, peut-être demain ! car nous nous reverrons, vous me l'avez promis !
15 Paul {à M. et madame Chameroy). Me le permettezvous ?
Cham. Tant que vous voudrez I
Hen. Eh bien, à demain !
Paul. À demain. [// sort.