I. Pic qui domine la ville de Saint-Remy en Provence
MISTRAL. 421
B O vieux monstre, lui dis-je, — sphinx horrible et colossal, — dans ton savoir je viens chercher — le destin des Provençaux : — Parle, toi qui sens courir — sur ton mufle — le troupeau des noirs nuages, — toi qui vis monter les tours — et tomber les châteaux-forts. »
Le lion, bonnasse et brave, — me répondit : « Bienvenu soit — le félibre que j'attendais, — accroupi sur le mont Gaussier... — et puisque tu veux que je parle, — je franchis — cinq cents ans, tout d'un bond, — et nous voici : le lion d'Arles ^ — m'appelaient les Provençaux.
Assis sur la gloire — de César, de Constantin, — par noblesse et par beauté — jai régné sur les Latins : — les marins, fiers de ma face — qui chamarre — l'antique pavillon d'Arles, — me saluent aujourd'hui encore — dans le Golfe du Lion !
Quand ma tête se dressait — sur les vagues de la mer, — quand me traitait de cousin — le lion du grand saint Marc, — moi, j'ai vu, dans Saint-Trophime ^ — resplendissant de lumière, — les rois d'Arles couronnés,
— les vaisseaux couvrir mon fleuve, — et tout Arles exulter.
Moi, j'ai vu la république, — s'enivrant de liberté,
— dans la clameur populaire — élire ses podestats ; — moi, j'ai vu terreurs et pestes — et tempêtes; — j'ai vu
1 . La ville d'Arles a pour armes un lion d'or assis en champ d'azur.