JOSEPH AUTRAN
O rille du soleil, qui, la chaleur venue,
Recommences chez nous ta cantate connue,
Chanteuse aux longs couplets, aux refrains toujous prêts,
Préférant la lumière à l'ombre des forêts
Et vivant tout le jour oisive, mais frugale.
Dis-moi, qu'avais-tu fait, ô ma pauvre cigale.
Au copiste d'Esope, à ce rimeur sournois
Qui, dès ses premiers vers, sur le sol champenois
Te montre allant prier la fourmi, ta voisine.
De te prêter le grain qui manque à ta cuisine,
Et n'ayant obtenu ni grain ni petit ver.
Grelottant de misère à la bise d'hiver J'
Tu le laissas parler, ne daignant lui répondre;
Deux mots pourtant auraient suffi pour le confondre.
Moins discret, j'aurais dit peut-être à ce conteur :
« Bonhomme, d'où prends-tu ce récit imposteur?
Quand la bise revient et sévit à la ronde.
J'ai fini ma chanson et ne suis plus au monde.
On me recherche en vain, soit dans le sillon creux.
Soit parmi les rameaux de l'olivier poudreux;
Je ne suis plus alors, moi, l'artiste qu'on vante.
Qu'une membrane vide ; et, fussé-je vivante,