‹ La CigaleChapitre 15 sur 151 · JOSEPH AUTRAN · texte numérisé non relu

JOSEPH AUTRAN

O rille du soleil, qui, la chaleur venue,

Recommences chez nous ta cantate connue,

Chanteuse aux longs couplets, aux refrains toujous prêts,

Préférant la lumière à l'ombre des forêts

Et vivant tout le jour oisive, mais frugale.

Dis-moi, qu'avais-tu fait, ô ma pauvre cigale.

Au copiste d'Esope, à ce rimeur sournois

Qui, dès ses premiers vers, sur le sol champenois

Te montre allant prier la fourmi, ta voisine.

De te prêter le grain qui manque à ta cuisine,

Et n'ayant obtenu ni grain ni petit ver.

Grelottant de misère à la bise d'hiver J'

Tu le laissas parler, ne daignant lui répondre;

Deux mots pourtant auraient suffi pour le confondre.

Moins discret, j'aurais dit peut-être à ce conteur :

« Bonhomme, d'où prends-tu ce récit imposteur?

Quand la bise revient et sévit à la ronde.

J'ai fini ma chanson et ne suis plus au monde.

On me recherche en vain, soit dans le sillon creux.

Soit parmi les rameaux de l'olivier poudreux;

Je ne suis plus alors, moi, l'artiste qu'on vante.

Qu'une membrane vide ; et, fussé-je vivante,

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