‹ La CigaleChapitre 16 sur 151 · JOSEPH AUTRAN · texte numérisé non relu

JOSEPH AUTRAN

Je n'irais point d'ailleurs, pour en faire un repas, Quêter ni grain ni ver dont je ne mange pas. Fabuliste distrait dont la bévue est grande, Apprenez que je vis seulement, sur ma lande, De la brise qui passe et de l'azur du ciel. Sobre, je suis la sœur de cette mouche à miel Qui du parfum des lis et des roses s'enivre. Et dont le nom se trouve à peine en votre livre. Vous songiez trop, poëte, aux animaux gloutons ; Vous parliez trop des loups courant sus aux moutons. Vous avez moins connu l'exquise poésie Des insectes ailés qui vivent d'ambroisie, Et, quand l'âpre saison revient les tourmenter. Aiment mieux expirer que de ne plus chanter. Que vous servit d'aimer Platon et de le lire? » O cigale, voilà ce que tu pouvais dire; Le discours, à mon sens, eût été spécieux. Tu ne répondis pas, tu fis peut-être mieux. C'est ainsi : nous, les fils des chanteurs d'Ionie, Nous laissons tout passer, même la calomnie, Champenois et Picards, Bourguignons et Normands, Nous disent paresseux, nous appellent gourmands; Nous acceptons l'injure, et, sous le trait qui vole, Poursuivons notre chant qui de tout nous console!

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