‹ La CigaleChapitre 19 sur 151 · LES POEMES HUMAINS · texte numérisé non relu

LES POEMES HUMAINS

(fragment)

L'aube déjà montait à Ihorizon ombreux,

Et sur le ciel pâli les sommets ténébreux

Découpaient vaguement leurs arêtes aiguës;

Tout renaissait : au fond des sentes exiguës,

Au bord des larges lacs, sous les bois, dans les champs,

Se ranimaient les cris, se réveillaient les chants,

Et les peuples de l'air, de la terre et de l'onde,

Saluant le soleil qui souriait au monde.

S'agitaient et bruissaient, fourmillement lointain.

Au milieu des vapeurs qui flottaient au matin.

Soudain... ce grouillement se iixa, cette foule

D'animaux étrangers tressaillit, cette houle

De corps noirs recula sous un vent de terreur;

Le silence se lit, morne, rempli d'horreur^

Partout, sur les gazons, sur les eaux, sur la branche.

— Et voici qu'apparaît, dans sa nudité blanche,

h' homme!

Certe, en ce jour où, sur le sol mouvant, D'un germe transformé l'homme sortit vivant, Il ne représentait qu'une grossière ébauche De ces moules parfaits que Phidias accroche. Comme un déii superbe à l'Olympe étonné. Aux chapiteaux sacrés des temples d'Athéné.

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