BRU D'ESQUILLE
Mais la Nécessité, sculpteur de notre argile, Devait bientôt pétrir cette pâte fragile, Assouplir les tendons, harmoniser les joints Et façonner le corps au gré de ses besoins. A cette heure, il était sans arme et sansdéfense Pour assouvir sa faim ou repousser l'offense. Près de lui, les serpents énormes déroulaient Leurs anneaux infinis ; les roseaux ondulaient Sous le rampement lourd des caïmans sauvages; Les squales monstrueux côtoyaient les rivages; Les aigles tournoyaient par-dessus la forêt Et, dans le coin des rocs, les fauves en arrêt S'allongeaient, épiant la proie et la pâture... Pour l'homme, to.ut était danger dans la nature, La lumière et la nuit, Ihiver et la chaleur; Ses premiers pas heurtaient la crainte et la douleur, — Si bien que cette vie étroite, effarouchée. Qui s'imposait à lui sans qu'il l'eût recherchée. Ne semblait qu'un caprice aveugle du Destin Prêt à briser, le soir, la forme du matin.
Or, la nue a tonné ; le ventre de la terre
S est ouvert ; le volcan a creusé son cratère;
Les déluges sans nombre ont détruit les cités,
Noyé les animaux sous les flots irrités.
Fait des plaines les monts et des monts les vallées;
Les ruines partout se sont amoncelées;
Les Pharaons sont morts, les Celtes ont vécu ;
Le Temps a triomphé mais l'Homme l'a vaincu!
A. CHEVANDIER