SCENE lïl
DIDIER, seul.
Brigitte! je... moi... Oh! c'est un rêve! Je rêve
Assurément! Brigitte! un mot encore... achève!
Son nomr' je... — Pardieu! j'ai dormi sur mon rapport!
On songe étrangement quelquefois quand on dort,
Et de pareils travaux sont assez somnifères...
Pour des réalités j'aurai pris ces chimères !
— Je ne dors pourtant pas ! je veille, sacrebleu ! Je l'ai vue, entendue, et, ce n'est pas un jeu, Sa douce voix m'a dit des choses... impossibles!
— Mais réelles!... aussi claires qu'inadmissibles! Et ce portrait qu'elle a tracé, c'est mon portrait ! Et sinon moi, Didier! qui s'y reconnaîtrait?... C'est moi!... je suis aimé d'elle! tout me l'assure!
— Je croyais que mon cœur fût mort de sa blessure. Et je le sens qui bat!... D'où vient qu'il bat si fort? Serait-ce qu'il renaît, et puis-je aimer encor?
jS LA CIGALE.
Brigitte!.. Oh! mon sang bout et ma tête s'égare! Brigitte!.. Ah! ton amour a ranimé Lazare! — Mais non ! rendormez-vous, mon orgueil triomphant ! Je ne puis être rien qu'un père à cet enfant : Elle-même s'abuse, et, dans son innocence, Pour de l'amour, hélas ! prend sa reconnaissance ! Contre l'enchantement je saurai m'aguerrir, Et c'est là mon premier devoir, de la guérir!