BIBLIOTHECA
On a quitté les ulsters; Déjà tiède dans les airs
S'élève la brume; Et nous pourrons, vers le soir, Aux champs aller nous asseoir,
Sans pincer un rhume.
Hâtons-nous, quittons Paris; Et tandis que les maris
Que n'émeut nul rêve, Ronfleront avec entrain, Tous deux nous prendrons le train
Dès l'aube, ô mon Eve !
Tout s'éveille; les roseaux Font un bruit d'ailes d'oiseaux
Légers qui trémoussent; Et Ton entend vaguement Auprès du coq, leur amant.
Les poules qui gloussent.
Viens, nous irons, ma chatte, où Tu voudras, soit à Chatou,
A Meudon , à Sèvres ; Pourvu qu'au creux des buissons Chantent leurs doux unissons
Nos cœurs et nos lèvres !
Dans les prés encor mouillés, Dans les grands bois dépouillés Et mélancoliques,
HECTOR L'ESTRAZ.
Nous marcherons radieux, Mes yeux noyés dans tes yeux...
Tes yeux angéliques.
Et nous entendrons les voix De l'air, des eaux et des bois.
Dans notre délire, Murmurer : « C'est le printemps ; Aimez-vous, ayez vingt ans,
La terre soupire. «
Heureux, enlaçant nos mains.
Nous descendrons les chemins
Qui vont à la berge.
Et quand sonnera la faim.
Notre idylle prendra tin
Dans une humble auberge.
Oh ! l'hôtelier, quels yeux ronds !
Quand nous nous attablerons
Dans sa salle vide.
Très-leste, il apportera Les couverts, et cœtera,
De notre or avide.
Puis il s'écrira : « Parbleu, Les amants font leur ciel bleu
Avant la nature; C'est égal, le printemps vient.
Ils me l'annoncent! c'est bien! - — Soignons leur friture ! »