LES PRÉCÉDENTS, M. COQUILLE
M. COQUILLE, entrant précipitamment.
Impossible d'avoir le moindre renseignement. Depuis trente ans qu'il est libraire, M. Page avoue n'avoir pas lu une seule ligne de "Victor Hugo. Par hasard, il avait ces jours derniers deux éditions complètes de cet auteur, elles ont été vendues aussitôt.
M. LE SOUS-PREFET
Qu'à cela ne tienne. Ma résolution est prise. Vous ne laisserez pas coller les affiches, entendez-vous, monsieur Coquille. Si M'"^ Ernst tient absolument à donner une deuxième séance de poésie, qu'elle lise autre chose que Cain et les Pauvres gens. Il ne manque pas de pièces à choisir dans le répertoire des poètes sages et honnêtes : Ducis, Balzac, Voiture, M'"* Deshoulières, etc.
M. LE NOIR
Que ne dit-elle la charmante ballade allemande : Les Morts vont vite?... Mais il me vient un scrupule, monsieur le sous-préfet.
M. LE 80 US-PREFET
Un scrupuler» lequel?
M, LE NOIR
Je ne voudrais pas jeter le deuil sur cette fête de l'intelligence qui semblait se préparer avec éclat. Je crains que, ma mémoire me faisant défaut, on ne m'accuse d'avoir vu tout en noir en dénaturant le véritable caractère de Caïn et des Pauvres gens. Vaus savez, avec Victor Hugo, ce n'est pas comme avec tout le monde ; on lit, ça flatte, et le livre fermé on ne sait souvent pas trop ce qu'on a lu,.. 11 y a longtemps, d'ailleurs, que Caïn et les Pauvres gens me sont passés sous les yeux, et je ne réponds de rien.
M. LE SOUS-PREFET
Allons, bon! Voilà que rien n'est fait à cette heure. A qui s'adresser, juste Ciel !
M. LE NOIR
Avez-vous consulté M. Le Clair, le professeur de
littérature rranç;aise ? On dit, mais tout bas, que Victor Hugo est son homme.
M. LR SOUS-PREFET.
C'est une idée. Je pourrais le mander à la sous-préfecture, mais c'est un administré qui n'aime pas à se déranger quand il a le nez fourré dans ses livres. J'irai donc chez lui sans plus tarder. Messieurs, veuillez m'y accompagner.
MM. LF NOIR ET COQUILLE", enemble, mais sans musique.
Allons-y donc.