‹ La Cilicie et le Problème ottoman [par] Pierre Redan. PréfChapitre 11 sur 31 · ETHNOGRAPHIE. I · texte numérisé non relu

ETHNOGRAPHIE. I

cultiver et commercer en paix. Elle change de parti le plus facilement et le plus rapidement du monde dès qu'elle y voit son intérêt (^). Une politi(iue ferme peut assurer son concours. Il y a là une masse musulmane hostile aux Ottomans ou tout au moins disposée à la neutralité, à l'esprit ouvert, non fanatisée tant qu'il n'est pas touché aux pratiques religieuses, accessible aux idées européennes. C'est cet élément islamisé, non touranien, qui peut servir de base à une politique musulmane. Il est la Cilicie elle-même.

30 Les Immigrés. — On appelle Mohadjirs (Immigrés) toute une série de races que des circonstances historiques ont amené en Cilicie.

Sans parler des Tatars déjà cités, on trouve :

a. Rouméliotes. — Les Rouméliotes, tous agriculteurs, habitent surtout le caza de Djïhan et celui d'Osmanié. C'est une race industrieuse et travailleuse, hostile à- tous les fauteurs de troubles quels qu'ils soient. Les Rouméliotes n'ont pas hésité, en 1920, à faire le coup de feu contre les bandes kémalistes.

Il v eut deux immigrations rouméliotes en Cilicie. La première après les déclarations d'indépendance de la Serbie et de la Bulgarie. Voulant rester sous un

(^) Dcà l'arrivée ûc la colonne (Joubeau cuire Adana i-t Tarsous, les paysans indiquaient la présence de rails enlevés du chemin de fer et proposaient de les ramener à la voie à l'aide de leurs buffles ! Quelques mois auparavant euxmêmes les avaient enlevés à l'instigation des Kémalistes paraissant les plus forts.

Gouvernement musulman, un grand nombre de Rouméliotes cmigrèrent en Turquie. La deuxième immigration se fit de 191 4 à 191 8. Le Khalifat de Constantinople remplaça dans leurs biens les Arméniens déportés par des paysans rouméliotes. Le but était d'islamiser des villages jusque-là réfractaires. En 191 9, la plus grande partie de ces Rouméliotes retournèrent en Anatolie du Nord, se voyant forcés de restituer les terres et maisons aux Chrétiens revenus de l'exil, suivant les conditions de l'armistice d'octobre 1918.

b. Grecs, Cretois. Bulgares musulmans. — Très peu nombreux, ces éléments sont à l'état sporadique, notamment dans les cazas de Khassa et de Djïhan.

c. Tcherkesses. — Tcherkesse est le mot circassien prononcé à la manière turque où le c devient Ich. (^). Ce terme désignerait les peuples habitant jadis le Caucase, du Kouban à la mer Noire. L'émigration tcherkesse se produisit de 1869 à 1861 sur l'instigation des hommes d'Etat ottomans, pour échapper à la « christianisation )) du Caucase par les Moscovites. Mais, contrairement à ce qu'ils attendaient des Turcs, les Circassiens furent dispersés dans les différentes parties de l'Empire ottoman, car le gouvernement ne voulait pas de la formation d'une nouvelle Circassie en pleine Turquie, Circassie qui aurait eu

(^) Lieutenant Duraffourd, Elude sur la Cilicic. Tcherkesses, Beyrouthj septembre, 1919.

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