‹ La Cilicie et le Problème ottoman [par] Pierre Redan. PréfChapitre 14 sur 31 · LES RELIGIONS EN CILICIE · texte numérisé non relu

LES RELIGIONS EN CILICIE

A la mosaïque des races correspond en Cilicie une mosaïque de religions. L'idée de religion en Orient se fond, avec l'idée de patrie. Aux oppositions de races s'ajoutent les oppositions de religions. Si l'âge du prosélytisme est actuellement passé, si les missionnaires musulmans ne cherchent plus à convertir, la haine et les guerres de religions existent encore à l'état aigu. L'esprit de conversion s'est transformé en esprit d'extinction.

Pour ces raisons, l'étude des religions est nécessaire pour comprendre en Orient les mouvements politiques.

En Cilicie régnent le christianisme et l'islamisme.

A. — Christianisme.

La France joue le rôle séculaire de protectrice des Lieux Saints et des Chrétiens en Orient.

Les Russes et les Italiens ont, dans la période contemporaine, cherché à la supplanter dans ce rôle tutèlaire. Cependant de par la force des missions

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catholiques françaises : Dominicains, Jésuites, Lazaristes qui, avec l'aide de congrégations de Sœurs, ont fondé en Orient des écoles, des dispensaires, l'influence française a été établie solidement.

Un Français allant au Levant, qu'il soit catholique, protestant, athée, est nécessairement forcé, s'il est loyal, de reconnaître l'œuvre catholique française, à ce point que, quelles que soient ses convictions personnelles religieuses, il est obligé de la soutenir. Les Chrétiens et les Musulmans de là bas comprennent difficilement la séparation de l'idée religieuse et de l'idée patriotique. Quand un peuple se rendait indépendant, telle la Bulgarie, son premier soin était de se donner un chef religieux à côté de la nouvelle maison royale. De nos jours, pour les Orientaux : le Français, quel qu'il soit, est catholique, l'Anglais, l'Allemand, l'Américain protestants, le Russe orthodoxe. Cet état d'à me doit pénétrer quiconque veut percer le concept politique des Orientaux.

i^ Christianisme ancien (^). — Les Chrétiens d'Orient sont divisés par des oppositions théologiques et par des oppositions techniques. La séparation se fit au v^ siècle sur la question : Comment se fait en Jésus-Christ l'union de l'élément divin et de l'élément humain ?

(^) Ce paragraphe est écrit en grande partie selon les directives données par le colonel lirémond, chef du Contrôle administratif en Cilicie, à la mission française (janvier 19 19).

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liGs monopliysilcs prétendent que la nature divine absorbe tout ce qui est humain en Jésus et ne lui reconnaissent en conséquence qu'une nature; la séparation s'est décidée au concile de Ghalcédoine en 45i : les Arméniens, Syriens, Coptes et Abyssins sont monophysites.

D'autres, au contraire, exagèrent la distinction de l'élément humain et de l'élément divin; ils attribuent à Jésus deux personnalités complètes, et s'appellent Nestoriens, du nom du patriarche de Constantinople, mort en l\/\0, Nestorius. Les Nestoriens se servent pour leur liturgie de la langue syriaque, qu'ils écrivent et prononcent un peu différemment des autres Syriens.

Enfin, il y eut les partisans d'un monophysisme mitigé, qui, tout en attribuant à Jésus-Christ deux natures, prétendent c|ue la volonté humaine disparaît en lui absorbée tout entière par la volonté divine, on les appelle monothélites. Tels furent, semble-t-il, au vii^ siècle, les Libanais, ancêtres des Maronites actuels. Actuellement, cette doctrine n'a plus de partisans.

Ceux qui, en Orient, étaient restés unis à l'Église romaine et reconnaissaient comme elle, en Jésus, une seule personne et deux natures, se séparèrent d'elle à l'époque de Photius (ix^ siècle), puis, après une brève réconciliation, définitivement au xi® siècle, sous l'influence du patriarche de Constantinople, Michel Cérulaire. Ils composent, soit en Europe, soit en Asie, l'Eglise dite orthodoxe et repoussent, comme les catholicj[ues, la communion des Monophysites et

des Nestoriens; mais, tandis qu'au moment de la séparation, ils avaient les mêmes croyances que les Latins, ils se trouvent maintenant en discussion avec eux sur un certain nombre de points.

Enfm, il y a toujours eu en Orient des évêques et des fidèles unis à Rome, appartenant soit au rite latin, soit à un des rites orientaux. L'organisation des Églises orientales unies, qui a varié au cours des siècles, a été considérablement développée sous le pontificat de Léon XIII.

Depuis les Croisades, il y a de nombreuses missions latines comprenant des indigènes et des chrétiens d'origine européenne.

2° Christianisme actuel. — a. Arméniens. — A la nation arménienne correspond une religion nationale improprement appelée Grégorianisme. Elle forme la grande masse chrétienne en Cilicie. Avant l'évacuation de 1920, le centre religieux était Sis, cheflieu du sandjak de Khozan, antique cité qui a remplacé l'Anavarza romaine.

A Sis résidait le catholicos arménien que les Ottomans opposaient au catholicos d'Ethmiadsin appuyé par les tsars.

Les Arméniens nationaux sont naturellement portés à être également nationaux en politique.

b. Catholiques. — Quelques Arméniens des villes sont catholiques, de môme les Chaldéens convertis du Nestorianisme.

Les Maronites sont des catholiques usant pour leur liturgie.deja langue syriaque.

LE "BAZAR •• DADANA

Oswald Madet pinx.

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