LES RELIGIONS EN CILICIK
Mais surtout le catholicisme est représenté en Cilicie par un grand nombre de missions. Jésuites, Franciscains, Lazaristes, ont groupé autour d'eux, par leur influence personnelle, un grand nombre de fidèles. Leurs écoles ont donné à la France une jeunesse instruite. Enfin les Trappistes avaient à Cheikhlé, entre Islahiyé et Ekbès, une Trappe monumentale. Malheureusement, cette Trappe a été évacuée de même qu'Ekbès lors du repli de 1920. Elle a été brûlée par les Turcs.
Le dernier trappiste resté fut le Père Philippe, ancien combattant de 1870, qui, ayant refusé de quitter la maison que lui avaient confiée ses supérieurs, fut pris par les bandes kémalistes et crucifié devant le couvent en flammes.
Les catholiques se rallient à l'influence française.
c. Protestants. —- Le protestantisme anglais n'a pas d'influence en Cilicie. Les Allemands avaient jusqu'en 191 9 des missions qu'ils durent évacuer sur l'ordre du commandement britannique. Leurs œuvres furent reprises par les Américains, notamment celles de Harouniyé et de Marache qui étaient très importantes.
L'influence américaine protestante a fortement grandi en 191 9 et 1920. Le passage de la Commission Américaine plébiscitaire a renforcé cette influence chez les Arméniens qui ont été ensuite fortement déçus du refus de l'Amérique de prendre le mandat sur l'Arménie.
Les protestants du versant est de l'Amanus se rat-
KBDAN 4
tachent à Ain Tab, ceux du versant ouest à Adana. Ce simple exposé sufïit à montrer que les protestants de Cilicie ne sont généralement pas francophiles. Il est à regretter que le protestantisme français ne puisse s'occuper de la Cilicie, au lieu de porter tous ses efforts sur des zones occupées par des étrangers.
d. Orthodoxes grecs. — Les orthodoxes grecs représentent une des communautés les plus nombreuses de l'Orient. On les appelle, quelquefois, comme les Grecs catholiques du nom de Melkites, parce qu'ils suivaient à Byzance le parti de l'empereur (Melek).
« On distingue chez les Orthodoxes deux éléments qui s'entendent difficilement : les Grecs de race hellénique, nombreux dans les villes et les monastères et qui occupent presque toutes les hautes charges ecclésiastiques, et les Grecs de race indigène ou arabophones, qui endurent avec peine la tutelle des i)récédents. »
La Russie exerçait une influence considérable sur le clergé grec orthodoxe.
Telles sont les principales divisions du christianisme en Cilicie. Il est facile de comprendre combien les rivalités religieuses compliquent en Orient les situations politiques déjà bien dilïiciles à établir en schémas simples.
B. — Islamisme.
Sous le nom d^ Islamisme, il faut distinguer en Turquie les Musulmans et ceux qui ont emprunté
LES RELIGIONS EN ClLIClt:. J\
lo manteau du Prophète pour continuer, sous son couvert, par peur des persécutions, les pratiques rituelles des siècles passés.
Enfin, parmi les Musulmans eux-mêmes, il convient de faire une distinction entre les orthodoxes (Sunnis) et les dissidents (Chyites et autres).
i^ Islam pur. — L'islamisme se divise en deux grands partis : les Sunnis et les Chyites. Les Sunnis ou orthodoxes reconnaissent comme sacrés le Coran et les hadiths (ou tradition du prophète), l'ensemble formant la Sunna. Ils reconnaissent également comme valable la lignée des sultans telle qu'elle est donnée par la tradition officielle (premiers Khalifes, Ommeyades, Abbassides, enfin Sultans ottomans).
Jusqu'aux Abbassides, cette tradition ne rencontre pas de détracteurs parmi les orthodoxes. Mais un grand nombre de Sunnis s'appuyant sur le texte d'un hadith formulant que l'Imamat (pouvoir spirituel et temporel) doit appartenir à la famille du prophète Mahomet (Ibn Koreich) se refusent à admettre la validité de l'achat fait au Caire en i5i7 : Sultan Sélin*! y acheta au dernier des Abbassides le pouvoir spirituel et temporel qui donne au Khalife ou Vicaire de Dieu le commandement sur le monde musulman (^).
Parmi ces orthodoxes sont les Sultans maro<?ains qui ne reconnaissent pas le Sultan de Constantinople
(^) Les Arabes font valoir que les tombeaux des Abbassides sont au Caire et non à Stamboul.
5'2 CIIAI>1TI\E III.
comme leur Khalife, se proclamant eux-mêmes Khalifes, comme descendants du Prophète, tout en restant dans la pure Orthodoxie islamique. Au contraire, les Sunnis de l'Hindoustan prennent actuellement la défense du souverain ottoman en raison de ce que jadis le Sultan de Constantinople reconnut les empereurs de Dehli comme souverains musulmans; les derniers Grands Mongols ayant été dépossédés du pouvoir par les Anglais, leur héritage doit revenir au suzerain.
Telle se pose dans le monde musulman orthodoxe lui-même la question de l'Imamat et du Khalifat. Ces discussions, ces dissensions sont la porte ouverte à tous les schismes, à tous les séparatismes. La nonunité du Khalifat islamique a déterminé l'état actuel de l'Islam.
L'Islam, unissant la loi divine et la loi terrestre, et faisant intervenir la volonté divine dans tous les actes de la vie, tend à la constitution d'un état théocratique. Mahomet ne régla pas la succession du Khalifat : chaque peuple, chaque grande famille désire être sur la terre l'exécutrice de la volonté divine.
Les Arabes, fiers de com})ter parmi eux le Prophète et les })remiers Khalifes, réclament en leur faveur l'héritage de Mahomet. Leur porte-parojc est l'émir Hussein, grand chérif (^) devenu roi du
(') Les iTienibrcs de louLc laiiiillc apparentée an Prophète portent le litre de Chérif, pluriel C/iorfa. Dans l'Inde et sur les cotes de l'océan Indien, l'équivalent de Chérif est Seyyid.