‹ La Cilicie et le Problème ottoman [par] Pierre Redan. PréfChapitre 19 sur 31 · HISTORIQUE DE LA (MLICIE (PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE DE LA (MLICIE (PREMIÈRE PARTIE

les hordes turcomanes du Mouton Blanc et du Mouton Noir obtinrent tour à tour la suprématie.

Vers 1468, Ouzoun Hassan, des Moutons Blancs, Sultan de Perse, maître de toute l'Arménie, pénétra en Turquie; Méhémed II {i/\c\o-i/iSi), vainqueur de Byzance, le battit et le poursuivit, de sorte que l'Arménie occidentale tomba en son pouvoir; Sultan Selim I^r et Sultan Suleyman I^^ (i520-i566) achevèrent la conquête.

a^ Époque contemporaine. — La domination ottomane sur la Cilicie, telle qu'elle était au moment de l'armistice, ne date pas de très longtemps. Commencée sous Sultan Mohammed el Fatih, terminée par Bajazet (Bayyazid), la conquête fut toujours incertaine : de grandes familles féodales restèrent en fait maîtresses du pays, souvent opposées au gouvernement des Sultans. Payant théoriquement une redevance annuelle au souverain, ces féodaux gardèrent leur indépendance réelle jusque vers i84o, date de l'invasion des Égyptiens d'Ibrahim pacha, sur l'ordre du fameux Méhémet Ali.

Ces familles étaient, pour la Cilicie, comprenant alors le vilayet actuel d'Adana plus le sandjak de Marache :

1° A Marache, les Bayyazid Oghlou (Bayyazid Zadé) ;

20 A Payas (Djebel Bereket), les Kutchuk Al Oghlou;

30 A Fekké (Khozan), les Khozan Oghlou;

4° A Tarsous, la famille de Saddik pacha; 5° A Gulek Bozanti, les Tikeli Zadé ; 6^ A Adana, les Ramadan Oglilou (Ramazaii Zadé);

70 A Kara Issalou, les Meneinendji Zadé (^).

L'influence de ces familles était héréditaire. Même après i84i, la Turquie eut maille à partir avec ces grands seigneurs. Les sultans, impuissants à les soumettre, se virent obligés de tolérer leurs agissements et même de leur affermer encore une fois le pays. Une anarchie complète en résulta, telle que les Ottomans, pour rétablir leur prestige, furent obligés de déporter ces « beys )) à Constantinople. Il fallut de véritables opérations militaires pour contraindre à l'obéissance les Khozan Oghlou. Leurs descendants, élevés dans les grandes écoles de la capitale, eurent la jouissance de revenus et de charges, à la seule condition de ne point rentrer dans leur pays. De cette manière les sultans parvinrent à pacifier la Cilicie et l'érigèrent enfin en Vilayet (vers 1870). Le rôle des féodaux n'était d'ailleurs pas fini.

Marache n'obéissait qu'avec peine au Gouvernement, massacra même un Mutessarif qui lui fut envoyé vers 1880. En même temps, les tribus nomades Djeridli et Tadjirli restaient turbulentes, coupant toutes communications entre l'Anatolie et la Syrie, à moins qu'on ne leur payât un droit de passage. Les Sultans, pour en finir, décidèrent d'envoyer

(^) llenseigncmcnls fournis par le colonct Illiami bey.

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les Bayyazid Zadé rétablir l'ordre. Ibrahim Zadé et Osman Zadé établirent les nomades dans les plaines presque désertiques d'Osmanié, de Kars et de Djïhan, et, à condition que Constantinople ignorât leurs actes arbitraires, maintinrent entre le fleuve Djïhoun et Albistan l'ordre et la sécurité. Ce fait a une grande importance, car il montre la liaison existant entre les tribus de Djïhan et d'Osmanié et celles de Marache. D'ailleurs, en mcnie temps qu'il créait au Djebel Bereket une marche contre les Chrétiens et les Arabes, Sultan Abd-ul-IIamid comptait en y envoyant les émigrés caucasiens, criméens et balkaniques, fixer, par ces apports, les tribus locales turbulentes peu disposées à lui obéir. Les Bayyazid Zadé sont restés très influents à Marache. Il est à remarquer, d'autre part, que lorsque les Kémalistes déclanchèrent des émeutes à Marache (octobre-novembre 191 9, janvier 1920), Kadri pacha, chef des Bayyazid Zadé, fut traîné dans la boue par la plèbe pour avoir essayé de détourner le peuple des agitateurs. Les familles influentes de Marache n'étaient donc pas, à ce moment là, ralliées au Kémalisme.

Pendant la guerre 1914-1918, les familles féodales n'ont guère fait parler d'elles; par contre, leurs administrés ont fourni le moins possible de recrues au Gouvernement Ottoman qui dut envoyer notamment au Khozan et au Djebel Bereket des bataillons de réguliers spécialement destinés à donner la chasse aux réfractaires. Depuis la guerre, les Bayyazid Zadé de Marache se sont montrés plutôt francophiles, les Kutchuk Al Oghlou de Payas ne sont jamais revenus

de l'exil, sauf un certain Mehmed bey, avocat, de Tchaïli, près Dortyol, sans grande influence faute de fortune. Ce Mehmed bey fut d'abord l'agent du club (( Union et Progrès », puis des Kémalistes dans l'espoir de retrouver ses biens. Les Khozan Oghlou n'ont jamais été autorisés à revenir dans leur région. Par contre, les Menemendji de Kara Issalou se sont distingués pendant la période kémaliste (1920). Un des leurs, sous le nom d'Ali Sinan paclia, fut chargé par les Nationalistes du commandement en ces parages. Jusqu'alors, les Turcomans Menemendji n'avaient pas suivi le mouvement kémaliste; mais comme leur prince vint les commander, ils se rallièrent à l'insurrection.

Quoi qu'il en soit, ces faits montrent que les Ottomans ne sont pas les maîtres en Cilicie. Dans les monts de l'Amanus en 1920, les grandes familles locales ont même repris leur indépendance faisant ouvrir le feu contre quiconque (Français, Arabes ou Kémalistes) voulait pénétrer sur leur territoire.

Le Gouvernement Ottoman, après avoir érigé en Cilicie le vilayet d'Adana, commença l'administration directe. Malgré les concussions et les gabegies, l'incurie habituelle aux fonctionnaires ottomans, la Cilicie était si riche que le commerce et l'agriculture y enrichissaient rapidement les habitants. Dès que le Baghdadbalm fut décidé, la Cilicie attira particulièrement l'attention des capitalistes et des spécialistes allemands, lesquels établirent dans leur programme la mise en valeur complète de la région. Les garanties kilométriques promises au chemin de fer

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