HISTORIQUE DE LA CILICIE (PREMIKRE PARTIE
de Baghdad devaient servir de base à toutes les spéculations.
Malheureusement pour les Allemands, la guerre mondiale vint interrompre les projets grandioses des organisateurs du B.B.B. (Berlin, Byzance, Baghdad). La Cilicie fut un des greniers du ravitaillement des armées ottomanes en Mésopotamie et en Syrie (^) en même temps qu'une place d'armes où se groupaient les réserves destinées aux fronts.
30 Commandement militaire anglais. — a. Préliminaires. — Le 3i octobre 191 8 fut signé l'armistice entre les Alliés et la Turquie. Les conditions faites imposaient à la Turquie la démobilisation immédiate de ses troupes non indispensables au maintien de l'ordre intérieur et à la surveillance des frontières. Les armées turques de Syrie et de Mésopotamie désarmées pouvaient emprunter leBaghdadbahn pour se replier en Anatolie. Les troupes de Cilicie devaient être également retirées, sauf le régiment de gendarmerie. Un officier turc de liaison restait à Adana; des détachements de soldats appartenant aux compagnies de chemins de fer étaient maintenus provisoirement pour assurer le service.
D'après les conditions d'armistice, les alliés devaient occuper militairement le système des tunnels du Taurus et contrôler le réseau des chemins de fer.
« La région serait évacuée par les troupes ennemies
(') Lire Cil. Stikison, Les campagnes iVOrienL cl les intérèls de VEnlenle. Paris, Payot, 1916.
74 CHAPIÏRK IV.
selon une progression que le Grand Quartier Général britannique régla ainsi à la date du 28 novembre; le i3 décembre, le retrait devrait être achevé à l'ouest du Jcylioun (Djïhoun), le 17 à l'ouest du Seïhoun et au nord de la ligne Adana-Tarsous, le 121 à l'ouest de Bozanti (tunnels du Taurus). Tous soldats retardataires seraient constitués prisonniers et toutes armes, toutes munitions saisies (^). »
Jusqu'au 28 novembre, les détachements français, parvenus à Alexandrette, durent se maintenir au contact des armées ottomanes (2^ armée région d'Adana, 7^ armée entre Islahiyé et Toprak Kalé avec une division encore dans la plaine d'Antioche). Ces armées n'avaient aucune force réelle en raison de la démobilisation et des désertions. Dès le 24 novembre, la retraite était générale vers le Nord. Le 5 décembre 191 8, le général commandant le 21^ Corps britannique autorisait le général Hamelin, commandant le détachement français de Palestine et Syrie, à talonner fortement l'ennemi et « à occuper la Cilicie si le nombre et l'état de ses troupes le lui permettait ».
Ce « talonnage » fut opéré à l'aide de la primitive Légion d'Orient, scindée ultérieurement en Légion syrienne (i bataillon) et en Légion arménienne (3 bataillons). Ce fut cette dernière qui, partant d' Alexandrette, fut chargée de la mission d'entrer en Cilicie. Une faible compagnie, celle du lieutenant Piottre, occupa Islahiyé, celle du lieutenant Adgé
(^) Capitaine Gautiierot, La France en Syrie cl en Cilicie, p. 174 et 175.
HISTORIQUE DE LA CILICIi: ( PREMIÈRE PARTIE;. 76
Toprak Kalé, le reste du bataillon Dortyol, tandis que le lieutenant-colonel Roniieu, commandant le ré- <;iment, résidait à Adana, occupait Mersine, Tarsous, Adana, Bozanti, Missis et Djïhan (ces dernières troupes étaient venues par mer). Le colonel anglais Newcombe prenait le contrôle du chemin de fer. Le général llamelin inspectait lui-même Adana le 20 décembre 1918 et y recevait un accueil très sympathique.
h. V Administration française en Cilicie sous le commandement militaire anglais. — L'accord des 9 au 16 mai 191 6 conclu, pour la France et l'Angleterre, entre lord Grey et M. Cambon, attribuait à la France le vilayet d'Adana avec une large bande territoriale englobant Aïn Tab et Mossoul (Kurdistan). Ces territoires formaient la zone dite bleue.
Les nécessités de la gueri:e mondiale firent que la France fut à peine représentée dans la campagne du Levant, et qu'au contraire l'Angleterre opéra avec l'immense Force Expéditionnaire d'Egypte, sous les ordres du général, depuis maréchal Allenby. Cet état de choses forcé causa pour nous de graves mécomptes par la suite : en effet, d'une part les impérialistes anglais, anglo-égyptiens et anglo-indiens virent avec peine leur échapper une zone que sir Mark Sykes avait déclaré valoir tout le reste de l'Asie Mineure; d'autre part, les populations locales ne comparaient pas, à notre avantage, l'immense train du corps expéditionnaire britannique et le manque de moyens matériels de nos malheureux détachements. Le près-
tige extérieur a une importance capitale en Orient.
Quoi qu'il en soit, si les Britanniques continuaient à assurer le commandement militaire, ils se voyaient obligés, en vertu des conventions passées, de charger les Français du Contrôle administratif en Cilicie.
Le lieutenant-colonel Romieu, commandant la Légion d'Orient et les troupes d'occupation de Cilicie, fut d'abord chargé par le général Hamelin de l'administration du pays au nom des Alliés. Il avait auprès de lui deux agents de liaison : le capitaine Dard d'Espinay chargé des relations avec le Haut- Commissariat et les Services administratifs de Syrie, et l'officier interprète Gauthier- Villars, chargé de la liaison avec les éléments britanniques (^).
Le Baghdadbahn étant entièrement contrôlé par les Anglais, plusieurs officiers britanniques occupaient la gare d'Adana. Leur chef, le major Gunn, se laissa parfois influencer par son prédécesseur, le capitaine Abdullah bey, ex-commissaire de gare ottoman (^).
Le Circula?' Mémorandum du 19 janvier 1919 et l'annexe du 20 février donnés par le Grand Quartier Général britannique, organisaient ainsi l'administration des Territoires Ennemis Occupés : la Cilicie, moins le caza de Selefké, formait un territoire appelé
(^) A son arrivée en Cilicie, le colonel Brémond aiïccla ce dernier officier à sa mission, ainsi que le médecin-major llolland (détaché de la Légion Arménienne) qui fut chargé de l'hygiène, et de l'assistance publique. Le D'" Rolland devait mourir à son poste. Il fut un des rares officiers français ayant eu influence réelle et durable sur les milieux politiques arméniens.
(-) Le major Gunn fut remplacé par le major Bryant.