‹ La Cilicie et le Problème ottoman [par] Pierre Redan. PréfChapitre 21 sur 31 · HISTORIQUE I)K LA CIIJCIE (PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE I)K LA CIIJCIE (PREMIERE PARTIE

Zone Nord, dont le colonel Brémond était nommé administrateur en chef (^). L'administration devait se faire par l'intermédiaire des fonctionnaires ottomans. Les noms des officiers désignés par lui pour des fonctions administratives devaient être soumis au Grand Quartier Général anglais pour approbation (^). Le Corps Monté du Désert (britannique) devait administrer tout territoire occupé par la suite à l'Est des Territoires Ennemis Occupés, zone Nord, Cilicie.

L'annexe indiquait que toute gendarmerie ottomane, non soumise au contrôle des Alliés, serait démobilisée; que les fonctionnaires ottomans ne donnant pas satisfaction pourraient être renvoyés; que les Arméniens pourraient être rapatriés quand il le serait jugé nécessaire; que leurs biens devraient être immédiatement restitués; que toute personne causant de l'agitation serait arrêtée; que tous les télégraphes et téléphones seraient soumis au contrôle.

Tout besoin d'aide militaire devait être soumis au commandement britannique.

La situation était très difficile. Chez nos alliés, bien que les officiers anglais ayant servi en France se soient toujours montrés d'une correction parfaite, les « Coloniaux » britanniques mettaient tout en

(^) Cet officier supérieur était d'ailleurs parti de Paris avec ses officiers comme « Mission d'Arménie ».

(^) Les officiers partis de Paris avec le colonel Brémond étaient : le colonel Normand, les capitaines Coulct, Taillardat et André. S'ajoutèrent à la mission à Beyrouth : MM. Escande, Virlot et Salmon,

œuvre pour entraver l'action du personnel français ('). D'autre part, localement, .les commandements allemands et turcs avaient drainé, pendant toute la guerre, au profit des armées, toutes les ressources ciliciennes. Le prix de la vie avait subi une hausse formidable; un grand nombre de denrées de première nécessité, telles que le sucre et le café, manquaient totalement. Au point de vue politique, une tourbe de déserteurs, de réfractaires, de brigands infestaient les villes et les campagnes; le général ottoman Nehad pacha encourageait les Musulmans à former des « Unions islamiques « xénophobes ; le vali intérimaire Nazim bey et les fonctionnaires ottomans organisaient dans les villes et les campagnes des groupements affiliés au Club « Union et Progrès »; un régiment de cavalerie, des réguliers étaient habillés en gendarmes et, sous le fallacieux prétexte d'être une troupe de police, formaient dans la main du colonel de gendarmerie Hachim bey, le noyau des résistances futures ; un réseau de fils téléphoniques reliait la gendarmerie d'Adana à tous les postes de province; enfin la masse de la population, annihilée par la guerre, écrasée par les spéculateurs qui « avaient tondu le mouton jusqu'à l'os )), ne demandait qu'à vivre en paix sous n'importe quel maître, mais se trouvait dans la dépression morale qui peut mener la foule à toutes les folies. En résumé : anarchie, misère, désordre, brigandage et conspirations.

(^) Lire Pierre Loti, La mort de notre chère France en Orient. Paris, Calmann-Lévy, 1990.

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Telles étaient les difficultés auxquelles se heurta, dès l'abord, la mission Brémond. Par contre, elle avait pour elle le prestige, alors intact, de la France victorieuse. La mission se mit à l'œuvre sans tarder.

Le 2 février 191 9, le colonel Brémond se rendait au Conac d'Adana, où le vali intérimaire Nazim bey lui présentait les fonctionnaires et y installait ses services. L'année 191 9 fut en Orient une année de lutte d'influences; lutte inavouée, sourde, mais de tous les instants entre les Anglais et les Français. En Cilicie, grâce aux efforts déployés, l'entente ne cessa de régner. Les traités et les accords conclus assuraient aux Français le résultat final. Des deux côtés d'ailleurs, le commandement affirma sa volonté de maintenir la bonne entente, volonté qui fut favorablement accueillie par les troupes.

Il est bon de noter que cette lutte d'influence entre Français et Anglais, à part quelques officiers de l'Intelligence Office, fut d'une courtoisie remarquable et amicale, et que dans les périodes critiques de l'occupation, les Anglais, sous l'impulsion du général Leslie, puis du général Mudge, donnèrent le concours le plus énergique aux Français. Tous étaient d'ailleurs placés sous les ordres du général Allenby, commandant en chef de Va Egyptian Expeditionnary Force ».

Les Arméniens hésitaient, se demandant quelle puissance soutiendrait l'Arménie intégrale. Ils penchaient tantôt vers les États-Unis, tantôt vers la Grande- Bretagne, tantôt vers la France, ne recevant de personne une garantie ferme.

Les Turcs cherchaient à profiter des dissensions,

8o CHAPITRE IV.

attisaient sourdement le feu des discussions pour sauver la Cilicie des uns et des autres. Les Musulmans, Tcherkesses, Kurdes, Géorgiens, Rouméliotes, enfin les Ansarieh et les différentes minorités rêvaient de leur autonomie sous un mandat euro^Déen quelconque et ne cessaient de pétitionner dans ce but. Mais tous les Musulmans orthodoxes et schismatiques s'accordaient à ne vouloir à aucun prix d'un gouvernement arménien. Persuadés, à la suite des victoires de l'Entente, que la Turquie n'avait plus rien à faire en Cilicie, les Turcs eux-mêmes demandaient un mandat européen pour échapper à l'Arménie. A Mersine, Tarsous, Adana, tel était le sentiment; à Osmanié, le 4 novembre 191 9, les chefs kurdes, circassiens, Kizilbach, alaouites, réclamaient le mandat français dans une fête grandiose à laquelle assistaient des délégués des Circassiens de Sivas, d'Alep, des envoyés des Kizilbach d'Anatolie.

La méthode politique et économique, suivie en 191 9, eut l'estime des Musulmans ciliciens à tel point que la lutte d'influences, engagée en janvier 191 9, se terminait incontestablement par un succès français, et que des Musulmans des frontières, Tcherkesses d'Azizié et de Marache; Kizilbach d'Anatolie, tribus de Malatia, émigraient en Cilicie et s'installaient en de nouveaux villages pour trouver enfin la sécurité. En décembre 191 9, au moment de la prise de pouvoir du général Gouraud, la Cilicie était bien française.

Cette victoire n'avait pas été acquise sans peine. En février 1919, les Unions Islamiques, créées à l'ius-

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