PRÉFACE IX
peu les esprits à voir dans tout livre un instrument de combat, je suis encore obligé d'ajouter que je ne revendique comme mienne aucune des opinions exprimées par mes personnages. Je m'en tiens à la méthode strictement impersonnelle qu'inaugurèrent les maîtres du roman vers la seconde moitié du XIX" siècle, et qui consiste uniquement à représenter. Je n'ai fait que répéter sous une forme littéraire ce que j'avais entendu autour de moi, ou conformer la pensée de mes héros à la logique de leurs caractères.
Avant tout, j'ai voulu faire une œuvre de beauté, — non pas de cette beauté artificielle que l'esthétisme contemporain poursuivit à travers tous les raffinements et toutes les extravagances du sentiment individuel, ou qu'il incarna dans de froids symboles empruntés au passé, — mais de cette beauté vivante, qui n'est que l'expression harmonieuse des réalités. Le seul effort méritoire tenté par la jeunesse d'aujourd'hui, c'a été de réconcilier l'art et la vie. Je me suis associé dans la mesure de mes forces, à cette tentative. La tâche d'ailleurs m'était Jacile avec un sujet comme le mien, à moi qui avais le bonheur de
ivre dans un pays ou la lumière crée un perpé-