‹ La Circulation de la Conjonctive BulbaireChapitre 24 sur 67 · TROT · texte numérisé non relu

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pouvons si facilement utiliser en collyres ou en injections sous-conjonctivales, font sans aucun doute de la conjonctive le champ idéal d’exploration capillaroscopique.

Si l’on compare, en effet, l'examen capillaroscopique de la conjonctive à celui qu’il est encore classique de faire au niveau des capillaires sousunguéaux, il nous semble bien que la préférence doit aller sans hésitation à la conjonctive : une technique infiniment plus simple, des résultats toujours constants, des détails de structure infiniment mieux perçus, une richesse de circulation beaucoup plus grande, tout est à l’avantage de la circulation conjonctivale ; et cependant tous les auteurs qui se sont occupés de capillaroscopie continuent à s'adresser, les uns à la membrane interdigitale ou au péritoine de la grenouille, les autres au derme sous-unguéal, alors que la conjonetive humaine, chez les sujets sains, comme chez les sujets malades, s’offre si facilement à leur examen.

IT. — La conjonctive milieu interstitiel

a) Entre la conjonctive et les tissus épiscléraux, le biomicroscope nous montre, séparé par les deux plans superficiel et profond du réseau conjonctival,

PUS Re

l'existence d’un espace lacunaire rempli de sérosrté qui, outre son rôle de fente de glissement, doit être considéré comme faisant partie du vaste ensemble de cavités qu'AcrarD (2) a désigné sous le nom de « système lacunaïre ».

En fait, les espaces sous-conjonctivaux représentent une cavité lacunaire importante, cloisonnée par un tissu fibrillaire lâche et que l’on pourrait considérer comme une «troisième chambre oculaire ». Cette conception résulte non seulement des échanges qui s’effectuent à leur niveau, mais encore des communications qui s’établissent entre les liquides interstitiels de ces espaces et ceux des autres milieux environnants, en particulier avec ceux de l’espace de TEexon, des chambres antérieure. et postérieure et vraisemblablement aussi avec le milieu extérieur et les larmes qui baignent la conjonctive.

b) Les échanges intervasculo-lacunaires qui, ainsi que l’ont montré les travaux d’AcxarD (2), maintiennent l’harmonie entre les liquides de Forganisme et assurent la nutrition propre des cellules, se font suivant un mécanisme d’osmose dans lequel interviennent, d’une part, des membranes représentées par la paroi des capillaires, d’autre part des liquides, sang et liquides interstitiels, séparés par ces membranes. Il va sans dire que cette osmose à l’état vivant, étant donné le caractère même des membranes et des liquides, s’effectue dans des conditions beaucoup plus complexes que celles qui se passent en milieux inertes, d’où le terme de « biosmose »

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proposé par Acxarp (3) pour désigner ces échanges.

On sait que pour une membrane donnée, le sens

du courant d’osmose et son intensité dépendent des forces qui agissent de part et d’autre.

Si le liquide qui circule dans les capillaires était simplement de l’eau, seule ou presque seule la pression hydraulique interviendrait pour provoquer l’extravasation du liquide. Mais les cristalloïdes et les colloïdes que renferme Le plasma sanguin jouent également un rôle dans le passage du liquide à travers la paroi capillaire. Les cristalloïdes agissent par leur concentration moléculaire ; quant aux colloïdes, c’est parce que l’on a appelé pression osmotique des protéines (117), ou pression oncotique (109), que se manifeste leur action, qui consiste en ce que les protéines du plasma sanguin, présentant une sorte d’hydrophilie, retiennent de Peau dans les capillaires et s’opposent ainsi à la force de la pression hydraulique.

À l’état normal, suivant la conception de SrTaRziNG (117), voici de quelle manière s’effectuent ces échanges : le sang circulant de l’artériole’ vers la veinule traverse des zones vasculaires dans lesquelles sa pression va en décroissant.

Dans un premier segment, qui correspond à la portion artérielle du capillaire, la pression vasculaire est supérieure à la pression osmotique des protéines : donc de l’eau’s’extravase dans les tissus et les échanges se font par conséquent du sang vers

les liquides interstitiels.

Dans une deuxième zone, que l’on pourrait considérer comme une zone neutre, et qui correspond au capillaire proprement dit, la pression capillaire, déjà abaissée, et la pression protéinique accrue par la concentration des protéines, du fait de la déperdition d’eau, s’équilibrent : c’est là que les échanges se feront au mieux, influencés au maximum par l’état des tissus environnants.

Enfin, dans un troisième segment, segment veineux du capillaire, la pression sanguine étant devenue très basse et la pression protéinique n’ayant pas diminué, 1l y aura plutôt aspiration vers le sang.

L’examen biomicroscopique de la circulation conjonctivale vient nous confirmer ces données qui n’ont pas seulement un intérêt théorique, mais qui sont à la base des discussions pathogéniques sur les phénomènes de l’état morbide.

Nous avons décrit dans le chapitre anatomique les caractères distinctifs entre artérioles et veinules. Etudions maintenant de plus près l’aspect de la circulation à l’intérieur de ces vaisseaux.

L'étude du mouvement globulaire dans les vaisseaux conJonctivaux nous permet au premier abord de constater combien cette circulation est irrégulière. Cette irrégularité avait été déjà remarquée par Coccrus (32) et de Weckxer (136) en étudiant au microscope la circulation du pannus. Nous voyons des réseaux en pleine activité suspendre pour un temps leur circulation, alors que des vaisseaux jusque-

là inertes s’ouvrent à nouveau et présentent une cir-

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culation active. Cette même irrégularité se manifeste dans le courant lui-même : tantôt les globules courent pressés et tantôt ils paraissent hésitants dans le sens de leur mouvement ; c’est en particulier dans les premières ramifications veineuses que le mouvement des globules est souvent le plus incertain : on voit la masse, tantôt fragmentée, tantôt plus serrée, s’immobiliser parfois un temps plus ou moins long, d’autres fois, hésitante sur le sens à adopter, donner lieu à ce qu’on a décrit sous le nom de courant pendulaire, parfois enfin, à la faveur d’une ramification, suivre une marche rétrograde (*).

La circulation conjonctivale, étant donné son irrégularité, doit être rapprochée de la circulation cutanée, de celle du péritoine et de la membrane interdigitale de la grenouille que l’on a eu l'habitude d'utiliser jusqu’à présent pour l’étude capillaroscopique et qui présentent un aspect analogue. Par là elle s’éloigne considérablement de la circulation cérébrale et rétinienne qui, on le sait (9) doivent être parfaitement régulières. Ceci s’explique, sans doute, par une vaso-motricité différente dans les deux circulations, l’une richement anastomosée pouvant présenter sans inconvénient les aspects que nous avons signalés, l’autre, au contraire, dont les branches sont terminales, ne pouvant se permettre aucun à-coup.

(*) Telle n’est pas l'opinion de L. Fiscmer (40) qui écrit: « Le courant est en général très régulier, plus lent dans les petits vaisseaux que dans les gros ; le courant granuleux se rencontre quelquefois ;

par contre on ne rencontre presque jamais de stase et les inversions ou le courant pendulaire ne s’observent jamais. »

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Une question qui se pose est de savoir de quelle manière agit cette vaso-motricité pour donner lieu à de telles variations dans le régime circulatoire. Nous avons signalé parmi les caractères distinctifs entre veinules et artérioles l'existence sur ces dernières d’une onde rapide qu'avec un peu d’habrtude on peut arriver à suivre jusqu'à l’endrort où apparaît la fragmentation veineuse et où om la voit se terminer brusquement. Cette ondulation qui, 1l est facile de s’en rendre compte, est absolument indépendante de la systole ventriculaire, se manifeste au rythme d’environ 130 à 140 ondulations par minute. Il ne s’agit pas d’ailleurs d’une contraction qui rapprocherait l’une de lPautre les parois de lPartère en diminuant son ealibre, maïs bien d’un mouvement ondulatoire, véritable mouvement vermiculaire qui est nettement extérieur au vaisseau et que l’on pourrait comparer à des ondulations péristaltiques.

D’après Durer (37), cette onde, dont il a pu constater l’existence au niveau de la etreulatron encéphalique, correspondrait à la dilatation des artères le long desquelles elle se propage, venant mourir en s’aplanissant au niveau des dermères ramifieations artériolaires par suite de lécoulement eontmu du sang au travers du système capillaire.

Mais à bien observer l’artériole, on constate que cette onde est très irrégulière : après une série d’ondulations on peut voir, en effet, le vaisseau rester absolument immobile pendant un temps quelquefois très long ; à ce moment, il devient d’ailleurs si étroit

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qu'on le distingue à peine, ou bien il apparaît comme un pett cordon blanc, brillant, réfringent ; puis brusquement 1} se remplit et lon voit l'onde courir à nouveau le long de la parot artérielle. Le courant sanguin un moment interrompu reprend alors brusquement son cours sous l’influence de ces contractions des artérioles, qui paraissent jouer ainsi le rôle de véritables « cœurs périphériques ».

On voit donc, ainsi que le soutiennent Mürcer (86) et Krocn (64) entre autres, que les capillaires prennent une part active à la progression dw sang, leur automatisme à la périphérie de l'appareil vasculaire expliquant l'accélération ou le ralentissement des circulations locales.

C’est précisément au cours de ces ralentissements ou arrêts temporaires de la circulation que dorvent s’effectuer les échanges à leur maximum et nous insisterons ici sur la disposition si particulière du « système porte limbique » qui, étant donné le calibre extrêmement fin des vaisseaux qui le constrtuent ne permet aux globules, traversant un à un cette filière rétrécie, qu’une marche très ralentie et favorise ainsi d’une façon remarquable les échanges à ce niveau. C’est là sans doute que se présentent le mieux à notre examen les vrais capillaires.

I résulte donc, ainsi que le fait remarquer M. AcnanrD (2), que les échanges entre le plasma du sang et les liquides interstitiels ne sont pas régulièrement continus, mais subissent un rythme alternatif.

Ainsi peut-on préjuger de l'intensité des échanges

qui s’effectuent au travers des parois capillaires selon le comportement du courant sanguin, son accélération témoignant, à l’inverse du ralentissement, du peu d'activité des échanges.

Sur le mouvement des liquides sous-conjonctivaux ou cornéens, on peut avoir quelques renseignements par l’étude de la migration de grains colorés insérés sous la conjonctive ou l’épithélium cornéen. Le fait peut être produit dans un but expérimental, mais plus souvent c’est à la suite de tatouages thérapeutiques ou accidentels que la migration des corps étrangers, suivant sans doute le mouvement liquide, peut être noté.

Dans la planche IIT nous avons reproduit la disposition que présentaient les corpuscules d’encre de Chine chez une femme qui, vingt ans auparavant, avait eu un tatouage de la cornée pour masquer un leucome. | La cornée, située à la partie supérieure de notre dessin présente encore quelques grains pigmentés, mais la plupart des corpuscules d’encre de Chine, suivant les gaines périvasculaires, ont migré vers le limbe, et au-delà du limbe ont atteint la conjonctive.

Jean SEepan (114) a observé un cas de tatouage accidentel de la conjonctive et a pu suivre la migration des particules colorées, primitivement localisées à distance de la cornée, et qui au bout de cinq années étaient venues se rassembler au niveau du limbe (*).

À LIRE à Ê (*) M. Mawas incriminerait volontiers les leucocytes d’être les véhicules des grains d’encre de Chine.

Fic. 1 — Tatouage ancien de la cornée, Les grains d'encre de Chine, disposés le long des gaines périvasculaires, ont migré tout autour du limbe,

Fic. II, — Varices lymphatiques de la conjonctive bulbaire.

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