L — LES ŒDÈMES DE LA CONJONCTIVE
Nous avons signalé (106) la possibilité d'évaluer l’état d’imbibition de la conjonctive, c’est-à-dire sa richesse en liquides interstitiels, en mesurant l’espace qui sépare les deux réseaux vasculaires superficiel et
profond.
Cette mesure s’effectue suivant la même technique que celle employée pour déterminer la profondeur de la chambre antérieure.
A cet effet on utilise le tambour d’'Ursricx (125), constitué par un vernier adapté à l’une des vis servant au déplacement en profondeur du microscope et muni
d’une échelle graduée permettant de lire ce déplacement au dixième de millimètre.
Après avoir mis au point sur le réseau superficiel, on amène l'échelle du tambour au zéro, puis on fait avancer lentement le microscope jusqu’à ce que l’image du réseau profond soit au point. À ce moment on lit sur le tambour le déplacement ainsi effectué, chaque division correspondant à un dixième de mullimètre.
— a) À l’état normal, la moyenne générale est de cinq dixièmes de millimères, mais toujours en ne prenant que des sujets sains, on constate qu’elle varie dans des limites assez étroites d’ailleurs pour diminuer un peu avec l’âge.
Il est évident que ces mesures, pour avoir quelque valeur, doivent porter sur un point sensiblement identique, la profondeur de l’espace sous-conjonctival étant naturellement d’autant moins accusée à mesure qu’on se rapproche du limbe.
Nous avons effectué nos mesures au niveau de l’insertion du tendon du droit externe, soit à sept milhmètres environ en dehors du limbe.
Dans de telles conditions nous avons trouvé les chiffres suivants : 0 mm. 51 chez l’enfant, 0 mm. 48 chez l'adulte, 0 mm. 39 chez le vieillard. Voici d’ailleurs un résumé de nos statistiques
Garçons Filles
7 ans Omm.5 8 ans 0 mm.5\ 11 ans 0 mm. 5 13 ans 0 mm. 6 Enfants { 11 ans 0 mm.5 12 ans 0 mm. 5 10 ans O0 mm.6 10 ans 0 mm. 4 ist
ee O0 mm. 51 11 ans 0 mm 12 ans O0 mm. à
Hommes . Femmes
59 ans 0 mm.#4 34 ans 0 mm. 5 29 ans Omm.6 46 ans Ô mm.4 | Adultes 43 ans Omm.5 58 ans 0 mm. #4 | Moyenne : 0 mm. 48 38 ans 0 mm, 5 29 ans 0 ram. 6 \ 52 ans 0 mm. #4 41 ans 0 mm.5
Hommes Femmes
/ 75 ans 0 mm, 3 68 ans 0 mm, 4 67 ans 0 mm. 6 81 ans 0 mm. 2 Vieillards € 69 ans 0 mm.4 74 ans 0 mm. # } Moyenne : 0 mm. 39 71 ans Omm.#4 62 ans 0 mm.5 69 ans 0 mm.3 69 ans 0 mm. 4
Ces chiffres ne sont que des moyennes établies chez des sujets normaux, et il faut savoir que si dans la majorité des cas ils correspondent bien à la réalité, on peut quelquefois observer des écarts en plus ou en moins, écarts toutefois bien moins importants que ceux que l’on rencontre dans certains états pathologiques.
— b) C’est ainsi que dans tous les ædèmes, pathologiques ou provoqués, on constate une exagération parfois considérable de la profondeur qui sépare les deux réseaux vasculaires de la conjonctive.
Nous avons signalé qu'après instillation de dionine l’œdème donne lieu couramment à une augmentation de profondeur variant entre un et deux millimètres.
Dans les états inflammatoires de la conjonctive ou du segment antérieur, il est de règle d'observer une augmentation de la profondeur de l’espace sousconjonctival, par suite de l’infiltration séreuse que détermine l’hyperémie.
En dehors de ces affections, nous avons recherché particulièrement les modifications que présentent les espaces sous-conjonctivaux, quant à leur imbibition en liquides interstitiels, dans le glaucome et le décollement de la rétine.
Les résultats que nous avons obtenus nous sont apparus d'autant plus intéressants que les chiffres trouvés se sont montrés presque toujours constants, et qu'ils présentaient non seulement un écart manifeste avec la normale, mais encore des valeurs opposées.
C’est ainsi que dans le décollement de la rétine, conformément aux observations antérieures de Jean GazLois (45) nous avons trouvé une augmentation constante de cette profondeur qui atteint en moyenne
8/10 de millimètre :
62 ans | ODA décollement) NAN 0 mm. 7 ANNE pu AE MUNIE DRE LES LAS RIRE SL OTRRE TPAT 0 rm. 5 GDS CE NE RENE MORE RAR Er MEN ART RATE 0 mm. 8 43 ë ans | OGM (décollement) HSM 0 mm. 8 OM LAN LE EMA N EE ARE RER ER 0 mm. 9 50 BUS ans} OÙ CM décollenent) MERE 0 mm. 7 Eglans QD NN décollement ii Le ENNErInNErS 0 mm. 8 QLGE ER RAR A LEE DUR PANNES PAL SGRRORR AREA 0 mm. 7 ALAN O: pe (décollement) TAN PER NE APE VANENES 0 mm. 9 O. G. (moignon atrophique) ...........
O. D. f(décollement ancien, total)... ... 1 mm. 2 HR , ati :
ans) OEM (décollement) RECENSE E AE OSDMAIdécollement)Ne NEA 0 mm. 7 OCR Re een ARR MR ANS GS EU 0 mm. 8
Vezrer et SourDiLLé (128), rapportant l’observation d’une malade diabétique atteinte de décollement de la rétine, signalent, à côté de l’existence d’exsudats périvasculaires sous-conjonctivaux, l’existence de l’æœdème sous-conjonctival.
Dans le glaucome la profondeur de l’espace sousconjonctival s’est montrée n’être en moyenne que de 2/10 de millimètre seulement, au lieu de 4 à 5/10 chez un sujet normal. En voici d’ailleurs quelques exemples :
Tension oculaire Profondeur de l’espace sous-conjonctival 56 ans | AO DRE OR Re Me as O0 mm. 25 TO. PR ebonre root en one 0 mm. 2 DES MÉROD RS DT RER OR eee 0 mm. 3 MIROCO ET NOTE Ne bras cn 0 mm. 2 T. OD. 60 (glaucome absolu),.......... 0 mm. 1 4 ans | (ASE ME AE CPR ONRS NITSNTAEMRS ee Fee ME ODA TDR ER RE NME EUR ERNRE 0 mm. 2 67 ans! AO D RS EE ee eee 0 mm. 2 TONER à PA SEC ENS OT OT TA no 0 mm. 2
Ces chiffres que nous venons de donner, concernant des malades glaucomateux, sans phénomènes paroxystiques, établissent nettement la pauvreté de l’imbibition conjonctivale et suffiraient à prouver l'insuffisance circulatoire dans le glaucome chronique. Nous verrons tout à l'heure quelles sont les modifications que présente le réseau conjonctival dans
cette affection.
— Les cas d’œdème essentiel de la conjonctive sont rares. Nina (89) en a présenté un à la Société d’ophtalmologie de Paris en 1921 ; il n'avait trouvé aucune cause capable d’expliquer l’existence d’un œdème bilatéral des conjonctives bulbaires persistant depuis plusieurs années à l’état chronique. Worms et Bolotte (141) ont montré que dans certains cas l’œdème chronique des conjoncetives bulbaires pouvait être rapporté à des lésions sinusiennes latentes.
— Rares également sont les observations d’œdème angio-neurotique. BaïcLLrarT (9) rapporte à ce propos l’histoire d’une malade chez laquelle une hypertension oculaire et un œdème des conjonctives bulbaires avaient évolué parallèlement et disparu simultanément. Cet état s’accompagnait d’un aspect «enfuminé » de la face et d’hyperémie conjonctivale. Une observation analogue, publiée par Barxan (14), concernait une femme de 52 ans qui, au cours de crises d’œdème angio-neurotique de la face, des lèvres et des paupières présentait des poussées d’hypertension oculaire s’accompagnant d’obnubilations visuelles. Ces crises de glaucome cessèrent du jour ou l’œdème disparut.