IL — LES HÉMORRAGIES DE LA CONJONCTIVE
De même qu’à l’examen ophtalmoscopique nous sommes habitués à rencontrer très fréquemment des hémorragies de la rétine, 1l n’est pas rare au cours des observations microscopiques, surtout chez le vieillard, d’apercevoir de fins piquetés hémorragiques de la conjonctive, le plus souvent au contact d’une veinule. Le diagnostic en est toujours facile, ne seraitce que par la coloration tout à fait caractéristique. Il faut prendre garde cependant de prendre pour des hémorragies des lacis capillaires qui peuvent donner d’abord l’apparence d’une agglomération de globules rouges hors des parois.
On rencontre aussi souvent des tronçons de veinules brusquement élargies qui peuvent à première vue être pris pour des flaques hémorragiques. Il est fort possible d’ailleurs que ces manchons dilatés puissent être à un moment donné le point de départ d’une véritable hémorragie.
La fréquence des hémorragies conjonctivales est certainement moindre que celle des hémorragies rétiniennes. Au cours d'examens répétés de malades très hypertendus, il nous est maintes fois arrivé de ne
pas en rencontrer une seule sur toute l'étendue de la conjonctive. Ceci donne raison aux auteurs qui soutiennent que l’hypertension à elle seule est incapable de rompre les capillaires les plus fins.
Les hémorragies sous-conjonctivales sont beaucoup plus souvent observées, peut-être surtout parce que le malade, inquiet de l’apparition si brusque et si nette d’une large plaque rouge sur la conjonctive, vient consulter l’ophtalmologiste.
Le terme d’hémorragie sous-conjonctivale constamment employé ne répond pas toujours à la réalité anatomique.
Il nous est plusieurs fois arrivé, en incisant ces ecchymoses de la conjonctive, de les voir constituées par une infiltration du tissu même de la conjonctive et non, comme semblerait l’indiquer leur nom, de l’espace qui sépare les couches profondes de la conjonctive des lames superficielles de la sclérotique.
On sait, il est à peine besoin de le redire, que ces ecchymoses sous-conjonctivales ne subissent pas le sort des ecchymoses sous-cutanées, c’est-à-dire qu’elles ne passent pas avant leur disparition par les couleurs dégradées du rouge au vert, ainsi que Pa prétendu Lecrupic (69). Le globule extravasé restera rouge sous la conjonctive jusqu’à la période ultime de sa résorption.
On a donné l’explication de ce fait en disant que l’hémoglobine du globule rouge, restant au travers de la conjonctive au contact de l’oxygène, ne subit pas les réductions habituelles.
Il est tout à fait inutile de redire que l’ecchymose sous-conjonctivale peut être ou traumalique, ou spontanée.
— Parmi les ecchymoses traumatiques il faut placer celles qui succèdent aux efforts de toux ; c’est ainsi que dans la coqueluche et en général toutes les toux quinteuses on voit se produire de très larges hématomes de la conjonctive.
M. Barcrrarr a observé avec M. HazLé un enfant de 4 ans qui, au cours d’une coqueluche, ayant d’abord présenté une ecchymose sous-conjonctivale, donna l’impression d’une véritable exophtalmie par hémorragie rétro-oculaire.
Dans les efforts de vomissements, de défécation, au cours de l’accouchement, on voit également survenir l’hématome sous-conjonctival.
Les ecchymoses sous-conjonctivales traumatiques peuvent être dues soit aux contusions directes, comme le fait classiquement la balle de tennis, soit aux contusions indirectes où même à des fractures du frontal ou des parois de l’orbite.
Il sera toujours bon de se rappeler que l’ecchymose sous-conjonctivale traumatique peut masquer la pénétration d’un corps étranger qui, ayant provoqué l’hémorragie de la conjonctive au moment où il la traversait, a pu ensuite gagner et franchir la selérotique.
__ Les ecchymoses sous-conjonctivales dites spontanées, c’est-à-dire celles à l’origine desquelles on ne trouve aucune des causes traumatiques que nous
venons de rappeler, ont un grand intérêt en médecine. Elles se rencontrent le plus souvent, ou chez des sujets, des femmes surtout, dont le système veineux est particukèrement fragile et qui présentent, sans aucune raison apparente, des ecchymoses spontanées des bras et des jambes, ou chez les sujets hypertendus. Nous avons vu bien des fois ces larges hémorragies conjonctivales être le premier signe révélateur d’une hypertension artérrelle.
Nous n’insisterons pas davantage sur les causes de l’hémorragie sous-conjonctivale qui peut également s’observer au cours de nombreuses affections générales telles que maladies hémorragiques, leucémies, crrhoses…
Nous avons déjà dit ailleurs quel était l'intérêt de
ces hémorragies au point de vue de l’examen microscopique. Dans la zone atteinte, au moment où commence la période de résorption qui s’annoncee tou jours par la périphérie, on voit les globules rouges brusquement arrêtés suivant une ligne régulière qui entoure une veine conJonctivale. Il est vraisemblable que le globule digéré dans les liquides interstitiels est ensuite résorbé sur place.
À la période ultime de la résorption, lhémoglobine dissoute quitte le globule qui prend alors une teinte jaunêtre que nous avons souvent rencontrée comme rehquat de larges hématomes de la conjonctive.