NDESTRUCTIBILITÉ DE LA MATIÈRE
Le 8 mai 1790 on entreprit à Paris, sur la proposition de Talleyrand, un travail dont les générations à venir apprécieront de plus en plus l'influence, parce qu’il a enrichi les sens de l’homme d’un moyen d’investigation qui n’a encore été surpassé par aucun autre, cl qui ne peut l’étre pour la généralité de son application. La fin du siècle dernier a doté le monde d’une unité de poids basée sur un fondement si solide, que la destruction de tous les poids et de toutes les mesures, qui existent aujourd’hui, ne pourrait nous causer un embarras durable. Pour trouver cette unité on a mesuré la dix-millionième partie d’un quart du méridien terrestre. Cette mesure de longueur est le mètre. Sa précision a pour garants les noms des Coulomb, des Lagrange, des Laplace et des Lavoisier. Avec l’unité de mesure on avait l’unité du poids. On appela le poids d’un décimètre cube d’eau pure : kilogramme.
La longueur du mètre vaut un peu plus de 3 pieds du Rhin. Le kilogramme vaut 1 litre d’eau, 2 bonnes livres de Prusse, exactement 2 livres en Suisse, dans le
grand-duché de Bade et dans la Hesse, et la nouvelle livre hollandaise qui est double de l’ancienne.
De la précision dans les mesures et les poids dépendait également le perfectionnement de la chimie, de la physique et de la physiologie. La mesure et le poids sont des juges inflexibles placés au-dessus de toutes les opinions qui ne s’appuient que sur une observation imparfaite.
Avant que Lavoisier eut appliqué ce guide fidèle à l’étude de la combustion, on croyait qu’un phlogistique habitait l’intérieur des corps combustibles, et que c’était l’expulsion de ce phlogistique qui constituait la combustion. Lavoisier démontra que les produits de la combustion sont toujours plus pesants que le corps consumé. Quand du bois brûle il se forme de l’acide carbonique, de Beau, de l’ammoniaque et dé la cendre. L’acide carbonique, l’eau, l’ammoniaque et la cendre ensemble sont plus lourds que n’était le bois. Leur poids est augmenté exactement du poids d’un élément de Lair avec lequel le bois se combine pendant la combustion. La combustion n’est pas autre chose qu’une absorption d’oxygène, le poids de l’oxygène augmente le poids du corps qui brûle. Tous les corps doivent donc devenir plus lourds par la combustion.
Le poids seul a fourni celle preuve au génie créateur de Lavoisier; dès lors le phlogistique de Slahl, qui aurait dû rendre les corps plus légers avant la combustion, fut irrévocablement renversé.
L’opinion surannée de Slahl ne venait pas d’une erreur de la pensée, mais de l’insuffisance de l’observation. Mais cette idée d’un poids négatif qui devait succomber sous l’effort d’une observation perfectionnée, n’avait d’ailleurs aucune raison d’étre. Une matière