CHAPITRE XII
dès lors, il y aura faible tension artérielle. Si les petits vaisseaux se resserrent, le sang les traversera plus difficilement et la tension s'élèvera.
Ainsi, la tension des artères s'élève jusqu'à ce qu'elle soit suffisante pour faire passer à travers les capillaires, dans l'intervalle de deux systoles, tout le sang que le cœur envoie.
Cette supposition d'un appareil circulatoire dont le cœur arrêté se met en mouvement à un instant donné est réalisée dans certaines expériences. Ainsi , lorsqu'on arrête ou qu'on ralentit simplement le mouvement du cœur par l'excitation d'un des nerfs pneumogastriques, § 39, la tension baisse considérablement. Quand on supprime l'excitation, le cœur se remet à battre et si un manomètre inscripteur est adapté à une artère, on voit (fig. 89), que la courbe de la tension s'élève, par échelons successifs et décroissants, jusqu'à un maximum où elle s'arrête pour conserver indéfiniment son régime régulier.
Fig. 89. Rétablissement de la pression carolidienne après un ralentissement du cœur produit par l'excitation du pneumogastrique.
Les variations de la tension artérielle diminuent d'intensité à mesure que la tension constante s'élève.
g 117. —En adaptant à un cœur artificiel, du genre de ceux qui ont été décrits §§ 90 et 93, un système de tubes élastiques disposés à la faconde l'arbre vasculaire, on peut imiter la tension artérielle avec son régime régulier et ses variations. Nous aurons souvent à recourir à ces appareils schématiques pour éclairer la nature de certains phénomènes obscurs de la circulation. Dans le cas présent, une question importante se pose. A quoi tient la décroissance d'amplitude des oscillations manométriques à mesure que la tension s'élève? Le cœur diminue- t-il de force, ou bien envoie-t-il des ondées de plus en plus petites?
Nous savons déjà que le ventricule du cœur n'a pas une force 1 t illimitée et qu'en présence de résistances croissantes il finit par n'envoyer dans les vaisseaux que des ondées de très petit volume, g 48. '
L'expérience faite sur le schéma de la circulation, et môme dans des contons physiques encore plus simples S m^tre constam men une décroissance de l'amplitude des variations à mesu" que la tension s'élève. Or, cette décroissance de l'élément variable de la tension implique une diminution de volume des ondées sanguines envoyées par le cœur.
La figure 88 a montré cette relation inverse entre l'élément cousant e 1 élément variable de la pression du sang. En effet, d'après le module de( l'élasticité des artères, g 101, la pénétration, a chaqu systole du cœur, de quantités de sang égales dans ces vaisseaux devrait y produire des accroissements de plus en plus grands de la force élastique, c'est-à-dire de la tension. L'expérience montre, au contraire, que les variations deviennent de moins en moins considérables à mesure que la tension s'élève, et cela dans des conditions purement physiques où l'on n'a aucun doute sur la valeur de la force impulsive, car on la maintient constante pendant toute la durée de l'expérience. On peut donc établir la proposition suivante comme générale : Le cœur conservant sa force d'impulsion, toute influence qui élèvera la tension artérielle diminuera l'amplitude de ses variations, et réciproque-
On trouve dans les publications de différents auteurs et dans les relevés des expériences de Cl. Bernard2 la constatation fréquente de ce fait, que la pression constante s'élevant, la pression variable diminuait. Mais ces auteurs n'établissaient pas un lien de causalité entre ces deux variations de sens inverse.
Changements d'amplitude des variations de la tension quand la fréquence des systoles «lu cœur change.
§ 118. — Si le cœur ralentit son rythme, on voit baisser la tension artérielle et s'accroître l'amplitude des oscillations. La preuve expérimentale de cette proposition est facile à donner.
Quand on excite le pneumogastrique d'un animal avec des courants un peu plus faibles que ceux qui produisent l'arrêt du cœur, on ne provoque plus qu'un ralentissement du rythme car-
1. Voir, pour la description de ces expériences, Trav. du lab., t. IV, p. 207.
2. Cl. Bernard, Leçons sur les liquides de l'organisme, passim.
CHAPITRE Xlt. 187 âaqpe (Og. 90) ; les variations de la tension prennent alors une amplitude considérable; ces variations reviennent à leur valeur normale si le cœur reprend son rythme ordinaire; elles deviennent extrêmement faibles si le cœur s'accélère outre mesure.
Ces phénomènes s'obtiennent aussi bien sur les appareils circulatoires artificiels que sur les animaux vivants. Avec le schéma, il suffit de faire varier la vitesse du moteur pour que le rythme des systoles s'accélère ou se ralentisse. De sorte quo l'amplitude des variations de la tension se relie aux changements du rythme comme cela s'observe sur les animaux vivants.
On conçoit, du reste, aisément le mécanisme de ces variations d'amplitude. Avec des systoles rares, le sang a plus de temps pour s'écouler des artères aux veines, et la tension artérielle baisse nécessairement plus qu'entre deux afflux qui se suivent de près ; la période descendante de la variation sera donc plus grande.
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Fis. 90. Pression fémorale d'un chat; augmentation de l'amplitude des oscillations pendant le ralentissement des mouvements du cœur produit par une excitation faible et prolongée du pneumogastrique.
D'autre part, après cet abaissement de tension que nous venons de signaler, la systole prochaine trouvant moins de résistance enverra une ondée plus abondante et produira une plus grande élévation de la tension. Notons enfin que si ses mouvements sont rares, le cœur aura plus de temps pour se remplir pendant sa phase diastolique et pourra envoyer des ondées plus abondantes.
Appliquons ce raisonnement au cas inverse, celui où la fréquence des systoles augmente, et nous comprendrons aisément qu'il doive s'ensuivre une diminution d'amplitude des oscillations de la tension artérielle. Afin de suivre mieux encore cette influence du ralentissement du cœur pour faire baisser la pression artérielle et augmenter l'amplitude de ses oscillations, inscrivons à la fois (fig. 91) les phases de la pression avec un manomètre élastique et les pulsations du cœur avec l'explorateur précédemment
décrit. Nous verrons, par exemple, qu'un lapin dont le cœur se ralentit à la suite d'une inhalation de chloroforme présente de grandes élévations de la pression artérielle, chaque fois qu'une
Fig. 91. Pression oarotidienne PC et pulsations du cœur d'un lapin. On ralentit le cœur par une inhalation de chloroforme en E : changements consécutifs dans le rythme du cœur et dans l'amplitude des variations de la pression.
systole du cœur se produit, et que ces élévations sont suivies de chutes profondes dont l'étendue est proportionnelle à la durée de l'arrêt du cœur.
§ 119. — Abaissement de la pression chaque fois qu'une systole du cœur est avortée. — Dans certains cas, les systoles avortent, en
Fig. 92. Chutes de la pression artérielle coïncidant avec des systoles venlriculaires avortées ït'.
quelque sorte, peut-être par le reflux du sang à travers la valvule milrale passagèrement insuffisante. A chacune des systoles avor-