‹ La circulation du sang à l'état physiologique et dans les maladies [electronic resource]Chapitre 109 sur 431 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

soustraite ou rendue ; mais elle dépend aussi de la durée de l'aspiration ou de l'injection de sang, car le système artériel, s'il est distendu brusquement, élimine bientôt dans les veines l'excès de sang qu'il a reçu; inversement, si les artères ont subi une brusque soustraction de sang, elles réparent bientôt cette perte aux dépens du système veineux.

Deux éléments interviennent donc dans l'action des changements qu'on fait subir à la quantité de sang contenu dans les artères : ce sont l'importance et le plus ou moins de brusquerie du changement de volume du sang.

Les effets d'une hémorrhagie diffèrent en outre, suivant qu'elle a eu lieu par l'ouverture d'une veine ou par celle d'une artère ; l'artériotomie influence directement, et par conséquent d'une manière subite, la pression artérielle; la phlébotomie diminue la quantité de sang veineux qui doit revenir au cœur gauche après avoir traversé le poumon; son action sur la pression artérielle ' est indirecte et plus lente i.

Après toute soustraction de sang, il se produit une réparation partielle de la pression artérielle ; cette réparation tient à des causes diverses. D'une part, il se fait une nouvelle répartition de la masse du sang qui, abandonnant en partie les vaisseaux de petit calibre, passe dans les gros vaisseaux pour y rétablir l'équilibre rompu de la pression. D'autre part, les vaisseaux de différents ordres s'adaptent, par leur contractilité, à la masse de sang qu'ils contiennent. La mémorable expérience de J. Hunter a révélé cette adaptation, en montrant que l'hémorrhagie fait contracter les artères, parfois jusqu'à l'effacement de leur calibre.

L'adaptation du système vasculaire à la quantité de sang qu'il contient se fait par relâchement si la masse du sang est augmentée, par contraction si elle est diminuée. Tappeiner2 a montré

1. La ligature ou la compression d'un tronc veineux important retient dans la région d'où émane cette veine une grande quantité de sang et agit sur la circulation générale comme une hémorrhagie. C'est ainsi qu'après la ligature de la veine porte on voit survenir la mort comme après une grande hémorrhagie : tout le sang de l'animal est accumule dans les vaisseaux abdominaux. La médecine utilise les ligatures veineuses dans les mêmes conditions que les ventouses.

Quand l'oblitération d'une veine a lieu d'une manière lente, on n'observe pas au même degré la rétention du sang au-dessus de l'obstacle, car des collatérales se dilatent et livrent de nouveaux passages au cours du sang. Cela s'observe dans un erand nombre de maladies. Oré a réussi à produire sur des animaux des oblitérations gracluelles de la veine porte sans amener de trouble considérable de la circulation

2. Tappeiner, Arb. aus d. phys. Anst. ait Leipzig, B. VII, s. 193.

marey, Circulation.

sur le lapin, et Goltz1 sur la grenouille, que le système vasculaire peut recevoir une grande quantité de sang, sans que la pression artérielle soit notablement augmentée. W. Mùller2 est arrivé aux mômes conclusions. Pawlow3, Lesser4, ont étudié le mécanisme de cette adaptation des vaisseaux à leur contenu ; ils ont vu que, dans l'augmentation de la masse du sang, il se produit des dilatations des petits vaisseaux; des voies collatérales nouvelles s'ou-vrent, et le système veineux abdominal loge, en se distendant, une quantité de sang considérable. Les phénomènes inverses se produisent quand la masse du sang a subi une diminution notable.

D'une manière générale, lorsqu'on fait à un animal des saignées successives et d'égale abondance, ce sont les premières saignées qui semblent produire l'abaissement le plus considérable de la pression artérielle. Ce résultat, constaté par Vinay et Arloing5, s'accorde avec ce que l'on sait relativement au module de l'élasticité des vaisseaux.

Toutes les influences que nous venons de passer en revue peuvent s'exercer spontanément pour modifier la tension artérielle chez l'homme; la force et la fréquence du cœur varient, l'obstacle au cours du sang à travers les vaisseaux change avec le relâchement ou le resserrement des artérioles et des capillaires ; la masse du sang change suivant l'ingestion des boissons abondantes ou l'abstinence prolongée de liquides ; enfin, la respiration et les actions musculaires exercent des pressions positives ou négatives qui modifient le calibre et la perméabilité des vaisseaux. Toutes ces actions physiologiques doivent être étudiées avec détails, on les rencontrera dans la suite de cet ouvrage. Mais il nous a paru nécessaire d'exposer tout d'abord, d'une manière sommaire, les conditions qui font varier la pression du sang.

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