‹ La circulation du sang à l'état physiologique et dans les maladies [electronic resource]Chapitre 114 sur 431 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Pouls des artères, sa cause.

§ 130. — Pendant bien des siècles, les médecins ont tâté le pouls Ij^.^ ■ des malades, sans savoir que chacun de ses battements dépendait d'une systole du cœur. Lorsque Harvey eut démontré ce premier point, il restait encore à savoir par quel mécanisme le pouls se produit : si c'est par un choc du sang contre les parois de l'artère, par un déplacement des vaisseaux, comme le voulait Bichat, par la dilatation des artères, comme l'ont cru presque tous les auteurs. On peut démontrer qu'il ne tient à aucune des causes dont nous venons de parler.

Le pouls est perçu comme une sensation de soulèvement brusque ] ^ <• éprouvée par le doigt qui palpe une artère. Le vaisseau qui se laissait déprimer devient subitement dur, à chaque fois qu'une systole du cœur élève la tension artérielle.

Pour percevoir ces changements dans la dureté du vaisseau, autrement dit ces changements de la tension artérielle, il faut que la pression du doigt se substitue à la résistance de la paroi de l'artère en la déprimant; il faut faire perdre à l'artère sa' forme cylindrique grâce à laquelle tous les points de sa paroi offraient une égale résistance à la pression intérieure exercée T par le sang. On admet aujourd'hui que si le pouls est facile à percevoir à la radiale, c'est uniquement parce que cette artère repose sur un plan osseux résistant qui permet au doigt de le déprimer aisément. L'artère fémorale au pli de l'aine, la tem- t*^~vv porale, la pédieuse, sont dans des conditions semblables et présentent également le phénomène du pouls. Si l'artère n'est pas dans le voisinage d'un plan osseux, nous n'en pouvons pas percevoir la pulsation. Tous les chirurgiens professent que dans la ligature d'une artère au milieu des parties molles, il ne faut pas espérer que le pouls révèle la présence du vaisseau; on peut le toucher sans le reconnaître \

1. Ces conditions nécessaires à la production du pouls réndcnt compte d'une impression singulière perçue par de La Mure [Recherches sur la cause de la pulsation des artères, in-8% Montpellier, 1769). En palpant l'aorte dans le ventre d'une brebis, cet auteur sentait le pouls à la face antérieure du vaisseau, mais non à sa face postérieure, quand il glissait le doigt entre l'aorte et la colonne vertébrale. De La Mure en conclut que le pouls est un soulèvement de l'aorte, qui se porte du côté de la région ventrale. Le fait que nous rapportons s'explique par la nécessité de comprimer l'aorte contre un plan résistant, pour sentir le pouls.

P. Bérard nous semble être le premier qui ait nettement formulé cette manière de comprendre la cause du pouls; il a montré que la plupart des auteurs avaient mal expliqué ce phénomène.

Si l'on se reporte à la définition que nous avons donnée de la pulsation du cœur § 92, on voit qu'une cause commune préside aux pulsations cardiaque et artérielle : c'est, de part et d'autre, le durcissement d'un organe dépressible; c'est, de part et d'autre, une variation dans la tension qui produit ce durcissement.

Du reste, le phénomène du pouls a tellement d'importance que nous en traiterons avec des développements considérables. C'est, en effet, un des rares signes qui traduisent au dehors la circulation artérielle et que le médecin puisse consulter pour juger de l'état de cette fonction.

Reproduction artificielle des changements de volume et du pouls

des artères.

g 131. — Il est à peine utile de vérifier par un contrôle expérimental les phénomènes de locomotion et de dilatation des artères, la locomotion s'explique d'elle-même; on peut, du reste, la reproduire avec toutes ses formes sur les artères d'un schéma de la circulation. Les changements de volume des artères se démontrent avec la dernière évidence au moyen des appareils à déplacement qui totalisent les changements de volume de tous les vaisseaux artériels du membre introduit dans leur intérieur. En substituant à l'une des artères du schéma un long tube de caoutchouc renfermé dans un flacon rempli d'eau, j'ai obtenu des déversements de liquide analogue à celui que Piégu a découvert sur les tissus vivants1. Reste à reproduire le phénomène du pouls qui, en raison de son importance, réclame une analyse très approfondie et ne saurait être trop bien connu. Constatons d'abord que les artères du schéma présentent le phénomène du pouls, et que si on les déprime avec le doigt, on sent qu'à chaque impulsion du cœur les tubes redeviennent cylindriques et repoussent le doigt qui les déformait. Autant que la sensibilité tactile per-

l. Marey, Recherches hydrauliques sur la circulation du sang. Afin, des sciences naturelles, 11« série, t. VIII, 1858.

CHAPITRE XIII. 207 mette d'en juger, ce pouls artificiel est identique à celui des artères véritables. ^uX^-C

g 132. — Une expérience fondamentale est la suivante, qui ^ .^^^ uirU^ montre que le pouls n'est pas le résultat du changement de vo- |^ lume des vaisseaux, mais de leur changement de consistance.

Sur le trajet d'un des tubes élastiques du schéma de la circu- iVlation, on place un tronçon d'un autre tube de même calibre formé d'un tissu de soie rendu imperméable par un enduit de caoutchouc. Ce tube est sensiblement inextensible et ne subit au-^ ^y^-'^J!^ cune dilatation appréciable sous l'influence des changements de ^ *^juiJUtension du système artériel ; le doigt appliqué sans pression contre ^ à^ff la paroi de ce tube ne perçoit aucune pulsation ; mais , vient-on à ^y^jj^ déprimer cette paroi et à déformer le tube par une compression cjl^j^^} ^ légère, aussitôt la pulsation apparaît, d'autant plus forte que le . i - " ■ 1

tube est plus déformé par le doigt. ^LSZZ^t^

L'expérience réussit également bien quand on place le tronçon de tube inextensible sur le trajet d'une artère d'animal vivant; , f>xjL^. â»~> cette démonstration est la plus probante pour montrer que le ' ^j^j^. pouls ne tient pas à la dilatation artérielle. .

Mais si le pouls ne dépend pas de la dilatation des artères, il ^ ■ } tient à la même cause que cette dilatation, car il dépend comme •elle des variations de la pression du sang. ^ (., t, fi

Moyens de saisir les caractères du pouls avec plus de précision

que par le toucher.

g 133. — Les médecins qui, par une longue pratique, ont acquis un tact assez délicat pour saisir les plus petites différences dans les caractères du pouls, s'accordent à admettre que c'est là une des qualités les plus difficiles à acquérir. Aussi, dès que les physiologistes eurent imaginé des moyens d'évaluer la pression du sang dans les artères et les variations qu'elle éprouve, chercha-t-on s'il ne serait pas possible d'appliquer aux artères de l'homme quelque appareil qui, sans exiger de mutilation, traduisit la pression artérielle.

g 134. — Sphygmomètre. — Hérisson1, en 1834, imagina d'ap-

1. Hérisson, Le spkygntomètrc, instrument qui traduit à l'œil toute l'action des

pliquer à l'étude clinique un instrument qui rendait perceptibles les pulsations de l'artère sur laquelle on l'appliquait ; il désigna cet instrument sous le nom de sphygmomètre. C'était un appareil dont la forme rappelait celle du thermomètre à mercure, mais dont la boule, ouverte largement par en bas, était fermée par une membrane de parchemin B, fig. 105. Le mercure contenu dans le réservoir et dans le tube était mis en mouvement par la pulsation artérielle de la manière suivante :

On appliquait sur une artère la face membraneuse du réservoir. Le poids du mercure contenu dans l'instrument chargait la membrane et déprimait le vaisseau, mais, à chaque pulsation, l'artère soulevait la membrane et forçait le mercure à monter dans le tube pour redescendre ensuite. L'instrument de Hérisson était assurément fort ingénieux et très simple, mais il n'arrivait qu'à transformer une sensation tactile en une impression visuelle aussi fugitive et aussi difficile à analyser dans ses détails, la durée d'une pulsation n'excédant pas , d'ordinaire, une seconde.

Le sphygmomètre n'avait pas beaucoup d'u-tilité pratique, mais le principe sur lequel il était établi a inspiré la construction de différents appareils dont plusieurs ont rendu de réels services ».

Fig. 105. Sphygmomètre de Hérisson.

§ 135. — Sphygmographe. — Les physiologistes avaient, dans l'emploi du manomètre inscripteur, un moyen bien précis d'analyser les variations de la tension artérielle d'après les courbes inscrites par cet instrument. N'était-il pas possible d'obtenir sur l'homme un mouvement qui traduisît la pulsation artérielle en l'amplifiant? Il suffirait, dès lors, d'inscrire ce

artères. Utilité de cet instrument dans V élude de toutes les maladies. (Mémoire présenté à l'Institut, 1834.)

1 L'application du principe du sphygmomèlro a été faite par le docteur Upham, de Boston à l'exploration des battements du cœur, § 96; par Buisson, § 53. Nous aurons à citer,' dans la Partie technique, les applications du même principe à la sphygmographie faites par Ozanam, VVinternitz, Keyt.

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